Courrier adressé par
Vincent Vennin, président de la MJC de Ris-Orangis le 23 mai 2012
A l’attention des Candidats aux élections législatives des 10 et 17 juin 2012 de la 9ème circonscription de l’Essonne
Ris-Orangis, le 23 mai 2012.
A l’attention des
Candidats aux élections législatives des 10 et 17 juin 2012
de la 9ème circonscription de l’Essonne
Réf : n°2012-80 - VV/ML/PB
Madame, Monsieur,
Je me permets de vous écrire au nom de notre association à la suite de notre Conseil d’Administration du 15 mai dernier. Notre instance a décidé de profiter des prochaines élections législatives pour interroger les candidat(e)s à propos du cadre juridique des relations financières entre les pouvoirs publics et les associations, au regard de la réglementation européenne relative aux aides publiques.
Comme vous le savez, la directive service de l’Union Européenne du 16 novembre 2006 veut lever le verrou des différentes réglementations, qui, selon elle, constituent des entraves injustifiées à la liberté d ‘établissement et du droit à la concurrence en Europe.
Il a été demandé pour cela à chaque État d’évaluer ses différents régimes d’autorisation ou d’agrément qui peuvent constituer des « freins injustifiés » au regard des principes de non-discrimination.
Les États ne peuvent conserver et justifier devant la commission européenne que les régimes qui sont édictés dans un but d’ordre public, de sécurité publique, de santé publique, d’environnement, et de protection des « publics fragilisés ». Cela signifie que le champ du social, du socioculturel, du sport, de la culture, de l’éducation,... en sont exclus.
Pour tous ces domaines d’activités, les aides publiques sont en principe interdites afin de ne pas fausser le libre jeu de la concurrence.
L’Union Européenne ne reconnaît pas les associations dans leur spécificité et les considère comme des entreprises marchandes à but lucratif. La circulaire Fillon du 10 janvier 2010 précise cet état de fait :
« La réglementation européenne des aides d'État s’applique également aux associations […]. Cette réglementation dite des aides d'État, s’applique à toute entreprise recevant un financement public, dès lors qu’elle exerce une activité économique d’intérêt général et ce quel que soit son statut juridique (associatif ou autre), ou la façon dont elle est financée par la collectivité publique. Ainsi, une association, sans but lucratif exerçant une activité économique d’intérêt général et sollicitant un concours financier public, sera qualifiée d’entreprise au sens communautaire et soumise à la réglementation des aides d'État pour la partie de son activité qui est économique. Cette notion d’activité économique recouvre quel que soit le secteur d’activité toute offre de biens ou de services sur un marché donné :
- Le fait que l’activité concernée puisse être de nature sociale n’est pas en soi suffisant pour faire exception à la qualification d’activité économique au sens du droit des aides d'État.
- Le fait que l’entité susceptible de bénéficier du concours public ne poursuive pas un but lucratif ne signifie pas que les activités qu’elle exerce ne sont pas de nature économique. »
Pour résumer, cela signifie, dans un délai très proche, que notre association ne pourra plus bénéficier de subventions et que nous devrons postuler, nous aussi, à des marchés publics et autres délégations de services publics.
Nous avions déjà un « avant-goût » de cet état de fait avec la suppression des subventions de fonctionnement et la mise en œuvre généralisée des subventions sur projets. Ce subventionnement, outre le fait qu’il nous précarise complètement, nous met en plus en situation de sous-traitant, de simple instrument des politiques publiques.
L’application ferme de la directive service va conduire quantité d’associations à perdre leurs financements, à licencier leurs personnels, à stopper leurs actions.
Toutefois, selon nous, aucune société, même tournée vers le marché et la recherche du profit, ne peut vivre sans un espace économique du don, de l’empathie, de la solidarité et de la fraternité. En cela les associations jouent un rôle essentiel pour assurer cette dimension de la vie sociale et du lien entre les citoyens. S’il venait à se restreindre, voire à disparaître, cet apport des associations ne serait remplacé par rien car jamais les entreprises lucratives ne pourront l’apporter. La déliquescence du lien social n’en serait que plus vive.
La construction de l’intérêt général est l’objet même de la politique. C’est pourquoi, comme association citoyenne d'Éducation Populaire, nous vous interrogeons pour connaître votre position sur cette situation par retour de courrier.
Bien évidemment nous nous engageons à faire connaître intégralement votre avis à nos adhérents par le biais d’affichage dans la MJC, et mettant également à profit notre journal et de notre site internet.
Certain que vous comprendrez le sens de notre démarche et espérant une réponse rapide de votre part, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à l’expression de nos meilleurs sentiments patriotes et républicains.
Vincent VENNIN
Président