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La chronique de l’université populaire n°1
Quelle université populaire à Ris-Orangis ? 

Rendez-vous du 12 Janvier 2009

Un peu plus de 50 personnes étaient réunies pour ce premier rendez-vous de l’année concernant l’Université Populaire.

Max, directeur de la MJC, a tout d’abord voulu présenter l’historique et le pourquoi de la création d’une UP a la MJC de Ris-Orangis. Depuis un an nous avons travaillé à l’obtention d’un agrément Centre Social,dans ce cadre nous avons du faire des propositions à la CAF. A la lecture du diagnostic social que nous avons effectué en rencontrant les différents acteurs présents sur la ville : associations, institutions, citoyens… il nous a parut important de travailler à la création d’une université populaire.
Avec le lancement ce soir nous désirons réfléchir avec les citoyens à la création et à la définition de ce concept, nous avons donc décidé de créer un collectif de citoyens qui va réfléchir à cette idée.
Dans notre démarche nous avons désiré être accompagné par des personnes ressources extérieurs pour nous aider à réfléchir.
Jean le Bohec qui nous a déjà aidé dans le cadre de l’agrément centre social et Miguel Benasayag, vont nous accompagner dans notre démarche et même après. A partir d’aujourd’hui nous lançons la réflexion et le travail et c’est pourquoi il nous faut des personnes engagées pour que l’on puisse ensemble créer l’UP. En lançant ce projet, la MJC espère d’ici 3 ans qu’il sera entièrement porté par les citoyens.
Jean nous explique alors les 3 notions qu’il entend derrière le mot travail : plaisir, pratique de tous les jours et politique.
Plaisir : on apprend et on transmet dans le plaisir
Pratique : partage du savoir qui vient de notre pratique
Politique : organisation sous-jacente à toute action, UP c’est ce que représente.
Miguel : Philosophe, chercheur. Quelqu’un d’engagé dans des activités théoriques et pratiques dans le milieu social.
A 16 ans résistant aux dictatures en Argentine ou a connu expérience de l’UP et de l’éducation populaire car a développé une organisation populaire dans les bidonvilles. Puis a été emprisonné en tant que combattant.
Sa préoccupation centrale est comment agir ? Comment sortir du désespoir ? Comment l’émancipation peut émerger dans des situations très différentes. Va nous raconter son expérience UP à cité des 4000 avec Florence Aubenas, en Italie, au Brésil et en Argentine.
Qu’est ce qu’une UP ? Maintenant voit fleurir des UP partout. Pour lui UP pas lieu dans lequel des intellectuels viennent apprendre des choses à des gens. Les UP classiques tentent d’amener un savoir, une culture à des gens qui n’en ont pas l’accès.
Pour nous l’UP est un lieu de production de savoirs. Dans tous les lieus nous essayons de territorialiser la vie,ré enraciner la vie dans le réel car est de plus en plus dans une société ou apprend le monde par la télé. Les citoyens apprennent que les choses vont leur arriver. Le mode de domination actuelle est l’impuissance, on n’est plus les acteurs de sa propre vie.
La société occidentale a crée la plus ignare qui n’a jamais existée car jamais les habitants n’ont été plus ignorants des techniques et des relations de pourvoir qui dirige notre société.
Nous ne savons rien des techniques qui ordonnent notre quotidien,la culture a crée une forte impuissance et ignorance. Même les techniciens connaissent juste une segment. Le monde nous passe par dessus a tête mais nous n’y sommes pour rien (impuissance/ignorance).
Le principe de l’UP  est de créer un lieu dans lequel dans une place concrète on essaie de comprendre, connaître et étudier nos problèmes. Tous les grands problèmes du monde s’exprime localement, il s’agit donc de rendre concret ces mots sociologiques.
Exemple : avec Florence Aubenas, à cité des 4000 une association leur a demandé de l’aide. Désirait la création de savoir par rapport à des sujets qui les touche dans ce cas il s’agissait de l’insécurité car les journalistes venaient toujours pour montrer l’insécurité du quartier dans lequel ils vivaient. Ils ont alors formé des groupes de jeunes qui ont réalisé des enquêtes auprès des voisins, des commerçants et des différents acteurs du quartier pour connaître leur ressentit sur le phénomène. Petit a petit à partir de ces réponses ils ont commencé à construire des savoirs et ont organisé des rencontres régulières ou ils informaient de l’avancé de leur enquête. Au bout des 10 mois ont fait un bouquin et une présentation publique. La Courneuve devenait un lieu où ils se passaient quelque chose d’intéressant.
L’intérêt est d’aller ensemble au point de non savoir et voir ce que l’on peut créer à partir de ça.
2ème partie : essai/erreur. Dans chaque école un groupe test.
L’idée, le défi est ici comment on peut créer un lieu ou se dit quels sont les 2 ou 3 axes à choisir pour faire recherche théorique et pratique. Faut se dire que personne ne peut résoudre ça donc c’est à nous de jouer. Dans toutes les expériences a quelque chose de très joyeux. Idée pas de créer une chose chouette. Pense que est dans crise sociale noire. Aujourd’hui tache en tant que contemporain est comment pouvons nous un peu reconstruire lien social et corps social pour que quelque chose soit possible.
Convaincu que est dans époque ou nous devons essayer de reconstruire corps social si abimé qui fait que nous avons du mal à voir au delà de son individualité. Idéal est que experience se fasse en réseau pour pas commencer à chaque fois à zéro et au bout d’un certain temps pouvoir produire quelque chose pour que ce soit partagé et socialisé.
Michel : peur qu’on revienne à une généralité, espère que quelqu’un qui a un problème trouve un écho dans un groupe. Trouver un lien entre le côté universitaire et réponse à chacun de son problème particulier. Important de pas oublier l’individu et la question particulière.
Pas un groupe de parole,ta situation singulière doit être comprise avec un peu de distance.
UP : doit sortir de ce niveau immédiat, sommes tous dans un niveau de pensée ou seule vérité c’est ce que je ressens. C’est ni un savoir abstrait ni immédiateté. Idée est de sortir de cette dichotomie. Partir des pratiques sur thème du quotidien.
Fac evry : débat après j’ai très mal au travail reste dans le concret. Tourné à succession de témoignages avec gens ont besoin d’exprimer ce qu’ils ressentaient on reste à un niveau d’immédiateté. Trouver un équilibre entre proximité immédiate et un savoir plus global.
UP : savoir accoucher des savoirs, comment déployer et trouver des savoirs assujettis.
Savoirs qui existent mais sont écrasés, tous les gens sont porteurs de savoirs. Par rapport aux situations comment ouvrir lieu de recherche et d’hypothèses d’action.
Gil Melin : Partir des pratiques des gens et connaissance créée à partir des problèmes qu’on veux résoudre à partir des problèmes et des questions. Jardins plutot utilisé dans le plaisir, besoin épicurien de nature.Maintenant avec crise gens viennent plus pour réalité économique.
Mais a aussi d’autres thèmes que veux aborder : biodiversité/malbouffe/obésité/diabète mais ce dit que si ici pas un problème va pas l’amener.
Ce qui m’importe c’est d’aller plus loin dans les échanges. Comment un regard scientifique va permettre de poser les faits comme des problèmes ou va chercher une solution.
Remignard : reprendre problèmes évoqués dans démarche de CS. Poser un problème pour poser une dynamique.
Ripouteau : 1 élève renvoyé pour violence mais mère OK pour renvoi car fréquentait amis pas super et après le calme est revenu. Pourquoi ces violences ? Désire un dialogue entre élèves et enseignants. Peux éviter cette violence. Travailler sur un projet et le diffuser.
Miguel : Dans notre société tendance à avoir comme notion l’exclusion. Dans société pas tout le monde, ceux qui rentrent dans certaine classe. Société ce qui marche,le reste c’est pas la société. Mais faut penser que tout monde est la société. Dans une salle de classe m^me modèle que dans la société.
UP : la société est tout le monde, personne n’est hors de la société donc comment on fait avec eux ? La solution qui consiste à exclure fait partie du problème.
Dans la classe, pour professeur ceux qui travaillent et ceux qui menacent le groupe qui travaille donc les mauvais sont un problème or le problème est pourquoi cet ensemble fonctionne comme ça. La classe est un ensemble organique comme certaine partie de la société.
Notre société est en train de détruire fonction organique et société a essayé de transformer autorité en autoritarisme.
Dans UP on apprend ensemble, personne n’est un problème mais nous avons un problème. A des plaves différentes nous avons socialement un problème.
Cerisy : y a t il dégradation des liens sociaux a ris ? et quel est niveau de dégradation de ces liens sociaux  et problèmes qui en découletn ?
Miguel : a un tissu social plus serré contrairement aux autres villes urbanisées. Un élément majeur est la cassure de ce lien social, en a encore un mais décline.
Question lien social a ris : quelle est la réalité ?ou voit fissure apparaître ?Comment peut comprendre et proposer solutions pratiques ?
Recherche empirique ou théorie à épreuve immédiate de la pratique.
Grande chance de ris existence de lieus culturels importants qui peuvent expliquer le maintient du lien social.
Faut piéger gens à la réalité, prendre au concret, quel malaise ?
Pour lien social faut ni affrontement ni paix mais faut conflictualiser la chose.
Peux être intéressant confronter à d’autres communes.
Méthode de travail : schéma type
Faut un groupe d’une quinzaine absolument stable a chaque réunion de travail. Une réunion toutes les trois semaines ou va travailler les problèmes et les fondements de l’UP ( entre chaque RDV gens auront du travail).
Le groupe responsable de mener enquête,orienter enquête et produire. Faut des gens qui ont envie et ont capacité de temps de le faire c’est un vrai travail. Disponibilité et désir.
Tous mois une réunion élargie ou raconte aux citoyens ce qu’on est en train de travailler pour que gens soient informés.
Garantir que 2 ou 3 questions choisies comme question d’enquête soit approfondies.
Pendant quelque semaine auprès des gens quels sont les sujets que gens aimeraient traiter ? recueillir info et un groupe qui trie ces infos.
En septembre : quand gens au courant et que fonctionne peut lancer groupes d’enquetes sur différents sujets sur groupes plus larges.
D’ici juin une petite experience pilote.

Deux caméras ont filmé totalité de soirée, les gens ont assez vite oublié mais pas dans un climat de débat mais plutôt de grande écoute sur théories avancées par Miguel, il fallait selon moi un temps de décantation pour que la discussion s’instaure.
En sortant,gens emballés par projet,très intéressant mais beaucoup ne veulent pas s’engager dans collectif car peur de pas être personnes sures mais beaucoup aimeraient participer quand ils le peuvent.
Boite a idées à dispo a accueil  MJC ou pouvez m’envoyer mail.
1 ere journée de travail le 1er février à 14h30 accueil et à 15h début du travail

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La chronique de l’université populaire n°2

Premier rendez-vous du collectif le Samedi 7 Février 2009

Le collectif de travail de l’université populaire fraîchement crée s’est réuni pour la première fois ce samedi 7 Février.
Après un accueil convivial des participants autour d’un café et de petits gâteaux (choses très appréciées par certains…) la réunion de travail a pu commencer. Les intervenants, Miguel Benasayag et Jean Lebohec, ont tout d’abord désiré une présentation exhaustive de la part de tous les participants pour que chacun puisse faire connaissance. L’intérêt d’un tel groupe est de pouvoir avoir autour de la table des gens différents tant selon leurs professions que selon leurs convictions.
Nous rappelons que lors de ces réunions de collectif la porte restera toujours ouverte, les personnes intéressées pourront tout au long de la démarche venir écouter ce qui s’y passe.
Nous allons tenter d’apporter une vision globale de ce qu’on entend par Université populaire mais celle-ci pourra bouger, se modifier au fur et à mesure de la réflexion.
Il est enfin important de constituer un groupe de personnes qui vont prendre du plaisir à travailler ensemble et dans lequel la parole circule entre les différents participants.
La présence d’élus de la ville au sein même du collectif de travail a alors apporté un débat au sein du groupe. En effet, Denis Cerisy élu à la culture à Ris-Orangis, évoque sa réticence à faire parti d’un tel collectif car il explique que sa présence peut nuire selon lui à l’intervention des autres participants. La présence d’élu dans ce groupe de travail peut susciter une inquiétude car certains peuvent craindre une instrumentalisation de cette action au profit d’un parti.
Selon Miguel Benasayag et nous partageons son point de vue, il ne faut pas créer d’opposition entre la mairie et l’université populaire mais au contraire créer des ponts entre ces deux entités. La présence d’élus dans le collectif doit faire partie d’une caractéristique de travail et non pas se poser comme un problème à la base. Il nous donne alors l’exemple de l’université populaire qui a été créée à la Courneuve où la mairie n’a pas suivi le processus mis en place, lors de la restitution publique des travaux les représentants de la mairie sont donc venus avec une certaine agressivité car ils avaient le sentiment que les choses avaient été faites dans leur dos. Il est idiot d’arriver à une situation de la sorte. Dans une telle démarche ,les problèmes font partis du chemin, il  ne s’agit pas de les éviter mais ils doivent apparaître comme des panneaux de signalisation qui nous montrent où nous devons aller.L’université Populaire doit tenter une production de savoirs théoriques et pratiques et cette production ne doit pas rester quelque chose d’isolé. Il faut se demander comment les gens peuvent passer d’une situation où ils ne peuvent que « subir » vers une autre où ils décident alors «d’ agir ».
La production peut se décliner sous différentes formes, par exemple : un documentaire filmé, un livre retraçant la façon dont est née cette aventure pour que les gens puissent avoir un récit d’un laboratoire d’expérimentation sociale et qu’ils puissent savoir les endroits où nous avons buté et ceux où nous avons trouvé des solutions.
Il faut donc dès maintenant s’interroger sur les moyens que nous sommes prêts à mettre en oeuvre pour diffuser notre expérience.Nous sommes dans une société où les gens pensent que les problèmes du monde concernent exclusivement les techniciens ce qui mène à une société déresponsabilisée dans laquelle les gens sont honteux de vouloir être adultes. Le pari ambitieux qui est fait dans l’expérience de l’université populaire est de se dire qu’un groupe de citoyen peut dire « ça me regarde », qu’il peut se mobiliser comme un contre pourvoir et ainsi renforcer le corps social.
L’objectif de l’université populaire est de produire des savoirs sur des situations vécues localement car il est possible d’expérimenter le monde de là où nous sommes.
Les savoirs académiques existent de façon abstraite, ils surplombent la situation. Nous voulons produire des savoirs en situation dans lesquels les savoirs nobles seront un élément supplémentaire.
Miguel nous propose un exemple intéressant pour mieux comprendre les notions de savoir plein et de savoir creux. Prenons comme exemple l’étude de la circulation autoroutière.
Le savoir plein en matière de circulation routière correspond aux études, aux pourcentages et aux modèles créés sur la base des probabilités par les chercheurs qui se sont penchés sur la question.
Le savoir creux correspond aux savoirs que je tire de mon expérience : « Je ne sais pas pourquoi, mais entre telle heure et telle heure il y a des embouteillages ».
Nous sommes tous porteurs d’une multitude de savoirs creux grâce à notre expérience mais nous n’avons pas accès à ses savoirs car nous ne pouvons pas les formaliser ne les voyant que comme des problèmes. Le savoir plein en revanche est un savoir formalisé et transmissible.
Le processus de l’université populaire doit être appréhendé comme étant une micro expérience dans laquelle nous allons proposer des choses à mettre en pratique. Tout ce qui sera dit ne sera pas pris simplement comme des informations mais comme des hypothèses qui attendent une vérification avec la pratique.
L’idée est de choisir un problème, d’étudier comment il se manifeste, comment les gens en parlent et à partir de là de faire des propositions. Ce qui nous intéresse ce n’est pas ce que nous savons, mais d’arriver au point où nous ne savons pas.
Il nous faut créer une sorte de laboratoire d’expérimentation à l’intérieur duquel les participants doivent dire tout ce qui cloche dans le discours de la personne qui anime car là où il y a une incompréhension, il y a un savoir assujetti. La question n’est pas de convaincre les participants sur telles ou telles idées mais de dépasser la conviction pour atteindre la certitude qui va émerger de l’expérience.
Dans notre groupe, nous allons donc devoir choisir un thème, un problème qui sera notre sujet de recherche.
Max intervient alors sur la finalité de la démarche, il s’interroge sur les solutions que nous allons produire et sur notre façon de les présenter dans l’espace public. Il est de notre ressort d’interroger l’institution en formalisant un mécontentement et les solutions qui émaneront de cette micro expérience pourront représenter un autre possible. Ce que nous voulons faire c’est de l’éducation populaire à la hauteur de notre époque car pour être fidèle à une lutte il faut trouver les nouveaux modes d’expression en fonction du contexte.Il existe aujourd’hui trois niveaux par rapport à l’expérience :- Le niveau de micro expérience : produit des études très intéressantes mais pas extrapolables car ont une masse critique trop importantes. Les gens par l’intermédiaire de cette expérience peuvent s’éveiller et créer un espace alternatif mais qui n’aura pas pour vocation de se généraliser.- Centralisation : expérience dans laquelle tous les changements sont des mouvements horizontaux, ils viennent du haut, c’est une forme dictatoriale car c’est à la société de se battre pour donner la base.
-niveau alternatif : expérimentation au niveau d’un pays vers un autre possible par exemple la création de la COPE en Italie.D’ici à septembre, ce collectif de travail que nous sommes en train de constituer va réaliser un exercice pilote qui nous donnera le moyen de mettre en place les méthodes de travail. Nous allons dans un même temps apprendre à animer un groupe de travail et travailler sur les méthodes pour faire émerger les savoirs assujettis des participants.Pour notre prochaine réunion il est demandé aux participants de prendre connaissance du diagnostic partagé réalisé par la MJC dans le cadre de sa démarche d’agrément centre social et de réfléchir à des problématiques intéressantes pouvant être des sujets potentiels de recherche.

 

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La chronique de l’université populaire n°3

Rendez vous du collectif le 7 Mars 2009

L’accueil du groupe de travail s’est fait petit à petit à partir de 14h30 autour d’un café chaud et de quelques gâteaux. Nous étions donc ponctuels pour commencer le travail à 15h entourés de Miguel Benasayag et Jean Le Bohec.

Nous avons débuté le rendez-vous par un rapide tour de table car de nouvelles personnes nous ont rejoint dans l’aventure de l’Université Populaire. En effet comme nous l’avons dit lors du précédent rendez-vous, il était très important pour nous de constituer un noyau dur de personnes qui décident de s’investir sur la durée dans la réflexion et dans la création de l’université. Cependant nous avons décidé de garder la porte de ces réunions ouvertes, pour que chacun puisse y trouver une place et ainsi apporter de nouveaux éléments de réflexion ou simplement venir écouter ce qui se dit. Le noyau dur va devoir fournir un travail de recherche et déterminer une façon de faire pour aborder des problèmes complexes que nous voulons traiter.

Miguel a décidé de clarifier certains points concernant le déroulé de l’expérience que nous allons vivre ensemble. D’ici à septembre, l’objectif est de décider de quelques personnes de ce groupe qui pourront à leur tour mener des expériences sur la ville de Ris-Orangis et qui auront ainsi été formé sur les méthodes à mettre en oeuvre pour pouvoir « accoucher » les savoirs assujettis des participants.
Tout le monde est porteur de savoirs assujettis, qui à la différence des savoirs nobles ne sont pas détenus de façon consciente par le sujet.
Pour illustrer cela Miguel prend l’exemple des ouvriers qui travaillent à l’usine. Si les ouvriers d’une usine faisaient strictement ce que les bureaux d’étude leur prescrivent, aucune pièce ne sortirait de la chaîne de production. C’est grâce à la connaissances de leur métier et à leur expérience qu’il leur est possible de réaliser en totalité leur travail.
Nous allons donc vivre une expérience pilote avec ce collectif en choisissant un sujet à travailler. Le sujet étudié ne sera qu’une partie du travail. Il nous faut dans un même temps nous former en tant qu’animateur de l’université populaire au cours de cette expérience.
Nous pouvons penser « local ». Le local est une réduction du monde environnant. L’université populaire a comme objectif d’inciter les personnes à réfléchir avec méthode sur leur quotidien, leur faire comprendre que dans nos pratiques concrètes, le local est porteur du global. L’université populaire peut être une voie de réappropriation et d’exercice de la puissance par les citoyens.
La particularité d’une université populaire au sein d’une MJC réside dans le fait que c’est une institution forte qui porte et protège cette expérience.
Nous devons tout au long de notre réflexion nous poser la question de la transmission de notre expérience pour que notre travail ne reste pas entre nous mais serve de point de départ à d’autres qui souhaiteraient poursuivre cette recherche.

Outre la formation d’un groupe de formateurs - animateurs notre expérience doit s’accompagner d’une production qui soit diffusée pour servir à d’autres. Notre apport résidera dans le fait de donner un exemple de comment on peut agir.

L’université populaire ne s’oppose pas à l’université classique. Elle intervient en complémentarité de celle-ci. Le principe de l’université populaire est de chercher  à accoucher les savoirs dont sont porteurs les voisins et de voir ce qu’on peut faire avec ces savoirs nouvellement révélés.
L’université populaire est aussi un lieu de réflexion des nouveaux modes d’engagement. Dans nos sociétés actuelles, les lieux de rencontre physique manquent. Le virtuel ne permet qu’une seule dimension d’action car pour se mobiliser la présence physique est indispensable. Dans le virtuel il existe un formatage de l’expression dans lequel l’essence se perd.
Le but de l’université populaire est ainsi de valoriser toutes les façons de s’exprimer. L’animateur doit faire accoucher les savoirs en s’adaptant aux différentes formes d’expression des gens, « chacun dit comme il sait le dire ».
La présence d’une personne qui vient à l’occasion de toutes les réunions mais qui ne s’exprime jamais, ne doit pas être poussée à intervenir. Nous devons plutôt analyser son silence comme une forme d’expression. Nous faisons ainsi le pari que, sans formatage, il est possible de récupérer des savoirs détenus par les gens.

La question correspond à la structure que l’on met derrière nos propos. Nous voulons dire par là que nous pouvons être en présence de personnes avec un gros potentiel de savoirs, mais qui ne savent pas les formuler. Nous allons donc aborder la structure inconsciente qui nous empêche de dire les savoirs et les savoirs faire que nous détenons de façon inconsciente. C’est un sacré pari d’oser dire à la face du monde que ce que l’on fait est important. Nous abordons ici la question du schéma conceptuel référentiel opératoire. 
Le principe du schéma conceptuel référentiel tient au fait que lorsque quelqu’un émet quoique ce soit (un bruit, un son, un silence) il ne le fait jamais comme ça. Son comportement exprime toujours quelque chose dans un « schéma conceptuel ». Tout le monde est porteur d’une culture. Cela construit notre propre schéma conceptuel qui est la référence de chaque individu. Dans l’université populaire, nous ne partons pas du postulat que les gens sont incultes et qu’il faut leur apporter de la culture. Donc nous devons nous demander dans quel schéma conceptuel de référence le participant dit ce qu’il dit.

Le premier pas consiste à ne pas récupérer ce qui est de l’ordre de l’opinion. La différence entre l’opinion et quelque chose qui appartient au schéma conceptuel, c’est l’expérience.
L’université populaire ne fonctionne pas comme un groupe de parole. Ici nous ne cherchons pas l’opinion mais nous demandons une écoute active lors de laquelle les participants doivent interrompre l’animateur si ça ne fonctionne pas pour eux, si les choses expliquées leur inspirent des  anecdotes, un film, une chanson…
Notre travail est d’aider l’autre, non pas à se formater car cela le vide de substance dont il était porteur, mais à récupérer son savoir. Nous devons chercher depuis quelle expérience le participant tient ce qu’il tient.
La séparation entre opinion et savoir assujetti réside donc dans l’expérience et nous devons aider la personne à trouver où elle a expérimenté cela.  Il ne faut cependant pas tomber dans le travers de glorifier toutes les expériences car elles ne sont pas toutes positives. Nous pouvons expérimenter des choses horribles mais dans tous les cas l’expérience a un intérêt. 
Miguel nous fait partager l’expérience d’une de ses amies chiliennes. Elle expliquait son expérience de vie avec les Indiens quand elle était enfant. Elle les considérait à l’époque comme « de gentils animaux ». Cela n’était pas une opinion mais son expérience sur le sujet. Son expérience par la suite dans la lutte contre le racisme devient déterminante car cette femme avait expérimenté l’infériorité de l’autre dans un schéma particulier d’oppression. C’est parce qu’elle avait expérimenté cela qu’elle était en capacité de changer. Ce changement devient alors définitif, un changement pour toujours.
Le premier pas est donc de déterminer dans quel schéma se situe le participant lorsqu’il avance une idée.

Max rebondit sur deux anecdotes qui lui viennent à l’esprit à la lumière de cette explication. Il a fait l’expérience d’une situation similaire. Il était directeur d’une maison de quartiers à Massy et allait régulièrement se promener dans le quartier. Il avait rencontré une concierge d’une barre d’une des cités qui lui parlait « des arabes qui pissent sur les murs, qui mettent des mains au cul aux filles, qui cassent les voitures et vendent du cheat». Max, à l’époque, entreprit un beau discours moralisateur pour la convaincre du contraire et la persuader de l’immoralité de penser cela. Mais, après un certain temps, il s’est rendu compte que de sa fenêtre, du point de vue qu’elle avait, la concierge voyait réellement ce qu’elle lui avait décrit.
Il ne s’agit donc pas de nier ce qui a été vécu par les gens mais de prendre du recul par rapport à l’ expérience immédiate personnelle. 

 

Max témoigne ensuite d’une autre expérience à Torcy dans un quartier à forte population africaine. Le maire voulait rencontrer ces personnes et avait demandé à la MJC d’organiser une rencontre. Tout un travail avait été fait pour mobiliser ces personnes, préparer des questions à poser au Maire, etc. Les questions portaient essentiellement autour de l’habitat. Lors de l’entrevue, le Maire semblait dans l’impuissance totale vis-à-vis des questions posées, si bien qu’une des femmes africaine ne comprenait pas le rôle d’un maire.
C’est pourquoi, dans l’esprit de la MJC qui est le porteur de cette action, l’université populaire doit permettre aux habitants de comprendre la complexité des problèmes vécus et de participer à la résolution de ces problèmes en tant qu’acteur de la cité. Dans notre expérience, nous voulons aller jusqu’à la proposition d’actions concrètes sinon cela ne sert à rien.
Dans l’université populaire quand on propose quelque chose cela n’a pas le même force que dans un groupe de parole car nous allons expérimenter ce que nous proposons.
Nous allons ainsi chercher comment le global s’exprime dans le local et agir en laboratoire avec des hypothèses d’action que nous allons confronter à la réalité avec un aller retour de type essai/erreur.

Max désire revenir sur un concept formulé par Miguel dans l’un de ses écrits et qui mérite d’être expliqué : le concept de Minorité/Majorité.
Miguel explique que les savoirs assujettis ne sont pas nécessairement à exprimer dans le langage majoritaire, les gens doivent raconter leur expérience comme elle vient et c’est à nous ensuite de décortiquer les informations.
Max précise à nouveau notre position qui fait à mon sens la spécificité de la démarche. Nous partons de quelque part, d’une MJC qui est instituée, d’une idéologie dont nous sommes imprégnés. Nous ne pouvons pas nous contenter d’être minoritaire car en termes d’action nous n’en voyons pas l’utilité. Notre rôle de défense des valeurs laïques et républicaines ainsi que notre volonté de produire du droit institué fait que notre action ne peut rester en périphérie du pouvoir mais bien partir avec l’objectif d’être majoritaire.
Miguel explique que dans l’université populaire la question est de s’émanciper de façon minoritaire car dans l’idée de beaucoup de personnes, il faut être majoritaire pour avoir la légitimité de s’exprimer. C’est un mécanisme d’oppression qui fait que dans l’idéologie communément admise si on veut agir il faut devenir majoritaire.
Nous aborderons ce concept de façon plus détaillée lors de la prochaine séance car le temps étant limité il est important de débattre du sujet de recherche que nous allons choisir pour notre expérience.

Trois thèmes sont ensuite avancés et très vite débattus :
- un thème sur les peurs
- un thème sur la violence à l’école
- la question de la disparition du commerce de proximité sur la ville

Selon Miguel, la disparition du commerce de proximité est à très court terme un déclencheur de violence.  Cette question du commerce local renvoie à des enjeux plus globaux concernant par exemple la grande distribution, le fait que seuls les étrangers se sentent la force et le courage de créer des petits commerces...
Dans ce questionnement sur le commerce de proximité deux comportements peuvent s’opposer :
- le lien utilitariste : acheter et partir
- le lien social : venir dans le commerce entre autres pour acheter mais aussi pour discuter
Le commerce de proximité entre dans la nébuleuse de l’urbanisme et du lien social.
La disparition du commerce de proximité est la façon dont apparaît la question. Il faudrait alors commencer par une recherche sur l’urbanisme en lisant par exemple des documents de Le Corbusier. Nous pourrions par exemple socialiser quelques savoirs sur l’urbanisme avec au cœur la question du petit commerce comme analyseur de la chose et ensuite réaliser une partie enquête.
Le commerce local est une problématique de quasi toutes les villes de banlieue, qui vont chercher un cabinet d’audit pour étudier la situation. Si nous choisissons ce thème, la démarche semble intéressante du point de vue de l’institution car cela nous permet de faire la preuve de quelque chose, de mener une expertise populaire dans laquelle des savoirs et des hypothèses sont produits.
L’objectif est que, par rapport à la problématique que nous choisirons, nous proposions des hypothèses d’action à mettre en oeuvre.

L’ambiance de ce second rendez-vous du collectif était détendue, avec davantage de participation des personnes présentes. Les débats et les réactions se font naturellement sur les différents sujets de recherches avancés, on sent l’envie de la part des participants d’avancer et de commencer à réfléchir sur un sujet concret. Certaines personnes hésitent encore à prendre la parole.
Le sujet de recherche n’a pas été voté, il reste donc à délibérer.

Le prochain rendez-vous est fixé au Lundi 30 Mars à 19h à la MJC.

 

Bibliographie non exhaustive de Miguel Benasayag :
- Résister c’est créer
- Du contre pouvoir
- L’éloge du conflit
- Les passions tristes

 

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La chronique de l’université populaire n°4

Rendez-vous du 30 Mars 2009

C’est en assemblée restreinte que nous avons entamé cette soirée de travail. Plusieurs participants se sont excusés de leur absence et nous étions donc une dizaine autour de la table pour ce nouveau moment de réflexion.
Pour commencer cette entrevue nous avons fait un point par rapport au déroulé des séances précédentes. Par rapport à l’organisation du temps de travail, les séances se découpent en deux parties, l’une pratique et l’autre théorique où il est question d’avancer sur le contenu.
Compte tenu de la densité de travail qu’il nous reste à mener et du rythme très soutenu des séances, il est proposé aux participants la création de groupes intermédiaires sans interventions de Miguel et Jean. Ces groupes pourront être un moyen pour les absents de se rattraper, de réfléchir au travail à fournir ensemble et de préparer des questions pour les interventions suivantes. Cela permettra de créer une instance d’élaboration.
Les interventions de Miguel nous amènent beaucoup de contenu mais nous manquons  d’un temps pour les questions et pour que s’installe un débat. La mise en place de ces rencontres intermédiaires nous ouvre d’autres possibilités ainsi qu’un temps supplémentaire de travail. Dans la continuité, Max propose un week-end de travail au « vert » pour avancer davantage dans le travail et par la même occasion pour que les participants puissent avoir le temps d’échanger et de se connaître dans le but de constituer un noyau dur. L’objectif est de mettre les gens en situation et de travailler sur la pédagogie avec les animateurs  car le rôle qui va leur être demandé n’est pas simple. Il nous faut travailler le contenu tout autant que le contenant.

Notre groupe a pour vocation de former des animateurs qui pourront, à leur tour, prendre en charge un groupe de recherche. L’enquête que nous allons commencer à mener ensemble ne sera pas aboutie en septembre, elle devra être reprise par l’un des groupes lancé à la rentrée. Cela nous permettra de continuer à apprendre en faisant.
Une question est posée par l’un des participants concernant le périmètre d’action de l’Université Populaire. Plusieurs autres manifestations ont été organisées sous le label Université Populaire et il se demande donc quelle est l’étendue du projet.
Max explique que nous avons décidé de ne rien nous interdire dans le cadre de la création d’une Université Populaire à la MJC de Ris-Orangis. Nous désirons organiser des débats et des rencontres de toutes sortes. En revanche, nous portons une attention toute particulière au travail qui est fait au sein de ce groupe de recherche. Nous voulons mettre l’accent sur ce groupe d’expérimentation car le travail qui va être fait ensemble nous semble très riche et profond.

Miguel rebondit alors sur  une rencontre internationale des Universités Populaires à laquelle il a été convié au Canada. Dans cette rencontre, la tendance générale et la vision qui prédomine  est celle de la diffusion de savoir. L’exemple extrême étant la création d’une Université Populaire au sein de l’Université de Boston et dans laquelle il est exclusivement proposé des activités parallèles à l’université classique. Aucun des participants ne se revendique dans une démarche de production de savoir, c’est ici que se comprend toute l’originalité de notre démarche. Nous voulons conduire les gens à un point de non savoir à partir duquel nous allons produire des savoirs qui mènent à l’émancipation. Notre travail ici correspond à un laboratoire de pratiques alternatives.
Notre expérience vise à produire une expertise et une solution sur chacun de nos sujets de recherche.
Audrey illustre le propos en prenant l’exemple du groupe jardin qui est en train de se former et qui est, selon elle, un groupe de recherche en devenir. En effet, il correspond à une réalité locale et sociale, cette formation leur permettrait de les amener plus loin que le simple atelier de jardinage et de dégager des thèmes très intéressants. Dans ce collectif, nous menons une réflexion pédagogique sur la mise en place de l’Université Populaire que nous voulons.
Nous désirons que chacun puisse participer à l’Université Populaire d’une manière ou d’une autre, il faut permettre d’autres portes, d’autres ouvertures pour que toutes les personnes intéressées puissent s’investir. Cependant, dans ce groupe que nous constituons, nous avons une exigence supérieure envers les citoyens qui le compose.

À la suite de ses différentes explications, le débat vient alors sur le choix du thème de recherche. Jean-Pierre Ronco, l’un des participants, propose un thème de travail par rapport à l’endettement des ménages car avec la crise actuelle le phénomène va s’accroître. Il explique que, c’est une chose très mal vécue par les gens car c’est une situation qui amène une destruction sociale.
Miguel ressent ce thème comme un sujet très large et très intéressant. « L’homme actuel est un homme endetté, c’est une façon de discipliner la société, une sorte d’esclavage » Ce thème peut facilement être décliné.
Ce sujet nouvellement proposé, bien que très intéressant, semble moins unanimiste que la question du commerce de proximité. Le commerce de proximité touche plus de monde alors que la question de la dette est quelque chose de plus profond.
Max nous explique une idée avancée par Patrick Vivrêt : le SOL. Aujourd’hui dans nos sociétés capitalistes, la richesse part toujours du produit. Si on imagine par exemple une société où personne ne se soigne, l’économie ferait un plongeon, car lorsqu’on est malade et hospitalisé on entretient la croissance. Dans la même logique, il est plus intéressant économiquement de faire appel à des cours de soutien privé si votre enfant a des problèmes scolaires plutôt que de faire appel à une structure bénévole. On oublie la richesse de l’homme par l’homme. À l’origine, la monnaie a été créée comme un progrès d’échange entre les hommes, or maintenant nous arrivons dans une société où l’argent produit de l’argent. Le système du SOL propose quand quelqu’un vient faire des heures de bénévolat dans une MJC par exemple et qu’il produit de la richesse humaine et personnelle, de lui donner une monnaie d’échange, le SOL. Le but étant de faire entrer un maximum d’acteur au sein de ce réseau d’échange dans le but de valoriser la richesse humaine.

Le débat s’est ensuite recentré sur le choix de notre sujet de recherche. Il nous faut en effet décider de notre thème pilote pour commencer notre expérience. Plusieurs thèmes ont été proposés au cours des différentes séances : les peurs, la violence au collège, le commerce de proximité et le surendettement des ménages.
Après vote, car comme dans tout groupe de citoyens  les règles sont importantes, le sujet du commerce de proximité est adopté à la majorité. En effet, si on veut que les voisins s’intéressent à notre enquête, le commerce de proximité est davantage unanimiste. La violence au collège pourra être un groupe en septembre.

Miguel prend comme point de départ le récit que Nathalie nous a fait partager lors de la dernière séance pour expliquer la méthode à adopter pour passer de l’opinion à l’expérience. Nathalie nous a fait part d’une histoire vécue au sein de son immeuble à propos de sa cage d’escalier délabré et de la mobilisation de quelques voisins pour la repeindre. Dans notre enquête, nous allons en permanence nous retrouver avec des récits actifs ou passifs de souffrance. Les gens nous parlent d’expérience de vie immédiate. Nous devons alors nous demander comment nous pouvons faire le lien entre la micro expérience que nous vivons et le monde. Nous allons chercher comment le monde existe dans chaque quartier car la globalité n’existe que dans chaque partie.
On dit souvent qu’il faut agir local et penser global comme si le global avait une existence quelque part. Le global existe de façon distribuée dans chaque localité mais aussi dans l’infini. Dans nos sociétés  on pense le local comme éloigné du monde et le global arrive vers le local de l’extérieur. Dans les pratiques de l’Université Populaire classique le concept avancé est  qu’il faut informer le local pour que les différentes entités s’unissent pour pouvoir changer le global. La somme de toutes les formes de local forme le global.
Notre hypothèse est que le tout n’existe que dans chaque local, l’univers existe dans le local mais sous des formes niées, refoulées. Toutes les luttes féministes qui ont triomphé se sont jouées dans le local. Dans le « ici et maintenant » de la situation, il y a le « tout ».
Dans l’exemple de Nathalie, si chaque personne se prenait en main on arriverait à un tout mais en ignorant les effets de seuil, de masse critique. La masse critique est l’inverse de la réaction en chaîne, c’est la taille de l’échantillon qui va être concerné par un phénomène.
La masse critique est un phénomène restreint où, soit ça se dissout, soit cela passe à autre chose.
Il existe trois possibilités d’action:
- La dispersion :C’est le mode favorisé car il est dit aux personnes : « avalez votre impuissance et soyez gentils ». On sait qu’à notre place on ne peut pas changer les choses, on est juste quelqu’un de bien.
- La centralité : Trouver de nouveaux leaders, de nouveaux programmes et qui nous dirons ce qu’il faut faire. « Il n’y a qu’à faire »
- Le multiple : notre hypothèse

Si les actions mises en place sont soit dans la dispersion soit dans la centralité, dans les deux cas il y a isolement des personnes, alors même que dans la dispersion on est dans l’action.
Il faut réfléchir à comment dans l’expérience de Nathalie directe et concrète, on peut trouver le tout qui est induit dans le local. La totalité n’est pas la somme des parties mais ce qui structure chaque partie. Ce qui nous intéresse c’est la totalité intensive. Faire accoucher les savoirs des gens cela revient à rendre visible les dimensions structurelles dont chaque personne est porteuse mais qu’elle ignore.
Par rapport à notre thème, il faut nous demander, de quoi est porteur le petit commerçant.  Il peut être vu comme raciste ou désagréable mais il est tout de même porteur de lien social, de civilisation, de sécurité. L’intérêt est donc de chercher ce en quoi la personne est porteuse et non pas de s’arrêter à ses opinions.

Max réitère sa demande d’explication concernant le concept de savoir minoritaire que nous n’avions pas eu le temps d’aborder la séance précédente. Miguel explique alors que quelque chose est minoritaire quand c’est un sujet qui parle à tout le monde parce qu’il ne parle pas de tout le monde. Tout le monde est dans une minorité quelconque et la majorité ne représente personne.
Dans la république française, lorsqu’une personne arrive d’un pays étranger on lui demande de s’intégrer. Cette intégration républicaine prise de façon simpliste revient à dire à la personne « désintègre-toi pour que je t’intègre ». Cette méthode diffère de celle du Melting Pot où les différentes communautés vivent les unes à côté des autres sans avoir de culture commune. Cette cohabitation est d’une violence extrême. Dans le communautarisme moderne, il n’y a pas d’universel dans la totalité, on assiste à une forme d’individualisme élargit.

La tribu est une façon d’assumer le tout, c’est une singularité, cela correspond à la partie qui contient le tout. Dans le communautarisme  il s’agit encore de dispersion donc cet infini là est impossible. En effet, si la totalité équivaut à la somme des parties, la totalité est impossible. Il faut de la totalité dans toutes les parties. La totalité existe d’une certaine façon dans chaque partie. Notre hypothèse est donc la suivante : comment faire émerger de la totalité dans notre recherche?
Un énoncé minoritaire est compréhensible pour tout le monde car il ne parle pas de tout le monde mais à tout le monde. Le commerce de proximité ne parle pas de tout le monde, mais si on arrive à un noyau de participants le sujet parlera à tout le monde. Nous allons ainsi chercher en quoi la personne que nous interrogeons est porteuse de quelque chose qui va parler à tout le monde.
L’idée de l’Université Populaire réside dans le fait de faire émerger l’intensité de la vie des gens. Notre défi, ici et maintenant, c’est de dire l’humanité, c’est toi et moi.
Il existe deux bornes pour délimiter notre lieu d’expérience, elle ne doit pas s’appuyer sur ce qui est du registre du café du commerce où l’on parle de la géopolitique, elle ne doit pas non plus porter l’idée de « on fait ce qu’on peut, si je l’ai fait tout le monde peut le faire ».
En tant qu’animateur, nous devons faire attention à ne pas arriver avec ce savoir majoritaire. L’animateur en premier lieu doit se documenter car il arrive dans une réalité où il ne connaît rien. Dans le cas du commerce de proximité, nous pensons tous que c’est une bonne chose mais nous ne savons pas comment faire, comment résoudre la question.
L’animateur arrive donc avec du non savoir. Le formateur ne doit pas avoir comme objectif la personne avec qui il travaille mais le travail que lui et cette personne vont faire ensemble. Nous ne devons pas être dans l’attitude du militant qui vient libérer la personne face à lui, mais dans une attitude d’engagement dans laquelle on dit « je te propose qu’on prenne cette problématique commune à traiter ensemble ». La personne n’est pas l’objectif à modifier mais  l’hypothèse, l’objet de recherche, c’est ainsi que nous pouvons être dans le respect de l’autre.

L’animateur a donc deux missions principales:

Il doit expliquer comment la recherche va fonctionner, il ne s’agit pas d’apprendre des choses mais par rapport à la problématique, de faire des recherches théoriques et pratiques.
  1. Il doit s’informer au sujet de la problématique dans cette vision là, les recherches doivent être faites en fonction des différentes dimensions que l’animateur sent sur le sujet.

Quand nous nous préparons pour un premier cours, nous devons essayer de comprendre la problématique dans un ensemble complexe, il faut étudier la chose au delà de l’apparence immédiate.
L’animateur doit faire un travail pour trouver toutes les dimensions possibles sous-jacentes à la problématique et ouvrir les portes de réflexion qui seront explorées avec les gens. L’opinion n’est pas un contenu mais une façon d’agencer le contenu. Nous devons arriver avec les gens à un point de non savoir à partir duquel nous pouvons commencer à chercher.
Max propose alors dans un premier temps de partir de l’opinion, des représentations que nous avons sur ce thème  pour pouvoir débuter notre analyse.
La séance arrive à son terme, car malgré l’envie et l’enthousiasme des participants, l’heure tourne pendant notre réflexion. 
Le prochain rendez-vous, qui se fera sans l’intervention de Miguel et Jean, est fixé au Jeudi 16 Avril à 19h à la MJC.
Il vous est demandé pour la prochaine séance de faire une liste de tout ce qui vous vient à l’esprit (opinion, expériences, films…) sur le thème du commerce de proximité. Il faut aller chercher de l’information qui soit un questionnement, qui ouvre le maximum de portes possibles pour la réflexion.

Carole Berrebi, Chroniqueuse

 

 

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Chronique de l’université populaire n°5

Rendez vous du 11 Mai 2009 à 19h

La réunion a débuté à l’heure avec les premiers participants arrivés, mais la porte est bien évidemment restée ouverte pour permettre aux retardataires de nous rejoindre en cours de route. En guise d’introduction, Max a resitué les enjeux et la force de proposition que notre action devait amener.
Le thème du commerce de proximité choisit par le collectif pilote est un thème très intéressant car si nous arrivons à faire quelque chose nous ferons la preuve par l’expérience. Nous devons tout au long de notre recherche, travailler sur des pistes de résolutions à l’aide de petites expériences concrètes. Le premier travail que nous avons eu à réaliser avec le recensement des commerces de proximité sur la ville est une première étape intéressante. Il n’existe aucune liste exhaustive de ce type en Mairie et nous avons ainsi pu construire un outil intéressant à partager avec les différents acteurs de la ville, notamment les élus municipaux. Nous avons contacté Monsieur Rouche, élu au commerce local à la mairie de Ris-Orangis, nous lui avons expliqué notre sujet de recherche et nous l’avons invité à se joindre à notre réflexion s’il désirait nous apporter des connaissances sur le sujet ainsi que pour participer au débat.
Jean-Pierre Ronco nous livre un de ses ressentis lors de son recensement sur le marché. Le fait de déambuler dans les allées pour répertorier les différents commerçants a provoqué une curiosité voir même des inquiétudes de la part de certains commerçants. Il explique que certains ont montré une franche hostilité à ce recensement d’où la nécessité de communiquer sur notre travail et notre démarche.

Le recensement que chacun a réalisé a suscité des questionnements concernant la définition de ce que l’on appelle « commerce de proximité ». Dans le but de réaliser une classification claire des différents commerces de proximité sur la ville, nous devons nous accorder sur ce que nous entendons par commerce local. Pour certaines personnes, une petite surface rentre dans le champ du commerce de proximité alors que pour d’autres non. Ces interrogations seront à partager avec les personnes que nous interrogerons pour construire ensemble une typologie qui nous correspond.
Miguel revient sur les méthodes que nous devons mettre en place pour chercher les savoirs assujettis dont les gens sont porteurs. Tous les gens sont porteurs de savoirs sans en être conscient. Nous devons donc mettre en place des méthodes pour pouvoir récupérer ses savoirs détenus par les personnes que nous allons rencontrer pour notre étude. Nous allons faire une typologie des personnes en fonction de leurs degrés de participation.

Le premier niveau est constitué des personnes qui se mobilisent dans l’action, ce sont toutes les personnes qui participent activement aux réunions que nous menons.
Le second niveau est un niveau plus diffus. Il est composé des personnes dans notre réseau de contact qui, selon nous, ont des choses intéressantes à dire par rapport à notre recherche. Les animateurs vont donc chercher à informer et à interroger des petits groupes de voisins des différents quartiers.
Le troisième niveau est composé des personnes isolées qui sont dans l’incapacité ou dans le non désir de bouger. Les personnes appartenant au second niveau nous donnerons des pistes pour trouver et atteindre celles qui composent le troisième niveau.
Le principe de l’Université Populaire Laboratoire Social (UPLS) est de réfléchir à la façon de faire pour créer une société avec tout le monde, il s’agit de recréer du lien avec tous les acteurs de la ville.
Lors de la réunion intermédiaire précédente, nous avions fait un tour de table sur ce qui nous affectait par rapport au thème du commerce de proximité. Cette démarche nous a permis de voir la capacité de chacun à écouter les propos des autres participants, nous faisons partie d’un groupe expérimental et nous devons à chaque fois réfléchir à comment nous pourrons étendre cette expérience avec tous les habitants.
Nous devons définir clairement le champs qui nous intéresse. Nous sommes en présence de deux champs croisés, celui du lien social et celui du commerce de proximité. L’animateur aura donc comme rôle, au fur et à mesure des questionnements soulevés, de définir le sous-ensemble qui sera intéressant de traiter.

L’objectif de notre démarche consiste à réaliser une expérience de contre-pouvoir qui s’articule avec le pouvoir en place. Contrairement aux Universités Populaires classiques qui ont comme objectif pieux d’instruire les participants, la démarche de l’UPLS que nous créons repose sur une hypothèse davantage politique au sens noble du terme. Nous nous rendons compte que les personnes subissent le monde qui les entoure et sont dans une impuissance qui les empêche d’agir. La création de cette UPLS est une tentative pour développer les liens sociaux et ainsi retrouver la force d’agir. Nous cherchons à créer des structures de participation différentes des structures formelles existantes mais en articulation avec celles-ci.
Notre objectif est de créer des structures capables de récupérer les savoirs détenus par les personnes du troisième niveau de participation tout en respectant la place qu’ils occupent dans la société et la vie qu’ils mènent.

L’opération se résume donc en plusieurs mouvements :

  1. Le premier mouvement est celui de la recherche d’informations. Nous devons interroger les personnes appartenant aux trois niveaux et souligner l’expérience que chacun a par rapport à notre sujet. Nous devons étudier ce qui affecte les personnes que nous interrogeons par rapport à notre recherche.
  2. Le deuxième mouvement correspond au retour vers les trois niveaux. Après la première phase, nous aurons un tas d’informations à partir desquelles des idées vont émerger. Il s’agira donc, dans cette seconde étape, de retourner vers les habitants avec nos propositions d’actions pour voir ce qu’ils en pensent.

Dans notre démarche nous n’aurons pas modifié les niveaux, tout le monde reste à sa place mais nous aurons créer une dynamique d’action qui comprend en son sein des niveaux de participation différents.
Nous sommes pour le moment au premier niveau de la recherche avec notre groupe expérimental. Lors de la réunion précédente, nous avons recensé plusieurs pistes de réflexion par rapport à la prise de parole de chacun sur le commerce de proximité :

  1. Questionnement par rapport aux métiers, on assiste à une disparition du métier au niveau du commerce local (il existe de moins en moins de boulanger et de plus en plus de dépôt de pain)
  2. Question par rapport au prix (le supermarché coûte moins cher)
  3. Déplacement domicile/travail (quand on rentre du travail le commerce de proximité est fermé)
  4. Absence de relation marchande, certains ont le sentiment d’être mal reçu (lié à la disparition du métier ?)
  5. Proximité géographique (pour moi le commerce de proximité c’est celui qui est en bas de chez moi. Cela peut être un commerce de proximité pour la ville mais pas pour moi car il n’est pas proche de moi)
  6. Commerce ethnique qui pose le problème de la connaissance du métier (devient davantage un dépôt de viande dans lequel on cumule le type de produits vendus avec la vente de produits d’épicerie)

 

Toutes ces pistes de travail reflètent la façon dont les personnes du groupe de recherche sont affectées par le commerce de proximité.
Dans un travail de recherche comme nous le faisons, durant la phase de questionnement, nous ne devons pas avoir la moindre idée de l’hypothèse pratique que nous pourrons proposer à l’issue de notre réflexion. Nous ne lançons pas cette recherche pour prouver quelque chose, mais nous savons qu’en lançant cette dynamique par rapport au lien social nous aurons un retour positif.
Nous allons tenter de classifier les différents questionnements proposés en quatre items à savoir ce qui relève du global, du local, de l’individuel et de la culture.

Global

Local

Individuel

Culturel

 

 

 

 

Concentration des capitaux

 

 

 

 

 

 

 

 

Le métier

 

 

 

 

 

 

 

Déplacement Domicile/Travail

 

 

 

 

 

 

Question du prix

 

 

 

 

 

 

 

 

La disponibilité

 

 

 

 

 

 

 

Urbanisme

 

 

 
 
 
 

Nous devons nous intéresser aux efficacités paradoxales du commerce de proximité. La disparition du commerce de proximité laisse place à des comportements violents.
Miguel nous conseille de lire des textes du Corbusier, notamment ceux où il développe la machine à vivre dans laquelle doit être utile. L’urbanisme n’est pensé qu’en termes d’utilité ce qui amène à une concentration des lieus de plaisirs mais aussi de frustration, cela crée donc des lieus de violence. Miguel nous cite l’exemple du Brésil où les rues sont désertées au profit de lieus d’apartheid social avec d’un côté les favelas et de l’autre les enclaves riches où tout est clôturé. Lorsque, dans une ville les supermarchés laissent place au commerce de proximité cela montre la cassure du lien social.

Par rapport à la question du temps, il faut réussir à s’apercevoir que, dans cet argument on peut trouver un début de faille. En effet, dans ce questionnement il y a toute une partie subjective qui peut nous permettre de réfléchir à une action possible. Nous devons chercher les efficacités paradoxales car c’est sur celles-ci que nous pouvons agir. Le lien social est fondé à 80% sur ces efficacités paradoxales qui ne sont pas énonçables de façon utilitaire.
Pour traiter les propos que nous allons recueillir auprès des habitants, nous devons déceler dans quelles mesures ces différentes dimensions existent  dans le propos des personnes. Comment ces personnes sont affectées en prenant en considération les différentes dimensions.
Nous entrons réellement en recherche lorsque, sur un problème donné, le sens commun ne voit qu’une piste là où nous en voyons deux.Nous devons chercher de quelles constellations profondes est fait ce qui est en train de se casser.
Par exemple, par rapport à la disponibilité nous allons séparer le problème en deux questionnements, d’un côté la circulation dans l’espace et de l’autre la circulation par rapport au temps.

La problématique de l’éthnicisation soulève plusieurs autres questionnements. D’une part, l’intégration des populations en France ne doit pas se faire au prix d’une désintégration de leur culture, d’autre part, le communautarisme excessif est une voie vers l’apartheid.
La question des courses via Internet a été soulevée. Cet item est lié aux champs culturel et relationnel des individus. Les expériences par Internet ne font fonctionner qu’une partie seulement d’un individu, ses surfaces d’affectation (ceux par quoi il est affecté) s’en trouvent réduites. Cela amène une réduction des expériences vécues.

Nous pouvons constater que derrière chacun des questionnements soulevés il existe une faille nous permettant de nous attaquer à la question de façon paradoxale, l’attaque frontale n’étant d’aucun intérêt car elle nous ferait perdre la dimension du questionnement. L’intérêt est donc de trouver ses failles et de s’autoriser à agir dans les trois niveaux (global, local et individuel).

Notre expertise populaire est à socialiser, nous devons faire part de notre réflexion aux différents acteurs de la ville.

Lors de la séance prochaine avec Miguel, nous aborderons deux points théoriques nécessaires pour approfondir notre connaissance des UPLS.

  1. Les mécanismes de l’impuissance
  2. La négativité : en général tous les projets d’émancipation veulent éliminer tout ce qui est négatif. Notre question est de chercher à faire avec ce négatif, à le réincorporer organiquement dans la société.

Pour le prochain rendez-vous, il est demandé aux participants d’aller questionner certains voisins en prenant comme base d’interview les items et les questions que nous avons soulevés.

 

 

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Chronique de l’université populaire n°6

Rendez-vous du Vendredi 29 Mai 2009

La réunion de travail a débuté avec un peu de retard, Miguel et Max étant resté bloqué par des embouteillages dus aux départs massifs en cette veille de week-end prolongé.
Nous avons débuté la réunion, en attendant Miguel, par un bref récapitulatif de la séance précédente. Lors de celle-ci nous avions eu un échange intéressant concernant les interviews et les façons de faire pour mener correctement l’entretien avec une personne.
Nous avons profité de ce temps d’attente pour faire un point sur le groupe de parole que nous avons lancé au collège Albert Camus dans le cadre de l’université populaire. Ce groupe de parole a été mis en place en partenariat avec l’association des parents d’élèves depuis plusieurs semaines. Nous rencontrons une fois tous les 15 jours un groupe d’une dizaine d’élèves avec lesquels nous avons commencé un travail autour de plusieurs thèmes amenés lors des discussions : les racines, le pays d’origine, l’intégration en France et les valeurs républicaines et démocratiques de l’état français. Ce travail sera poursuivi et approfondit à la rentrée en tant que groupe de recherche de l’université populaire.
Après ce récapitulatif des actions qui voient petit à petit le jour dans le cadre de l’université populaire, nous avons entamé le travail avec Miguel. Nous sommes tout d’abord revenu sur la séance intermédiaire que nous avions eu et sur l’appréciation des différents niveaux auxquels les interrogés appartiennent.

Les trois niveaux de personnes à interroger sont :
Niveau 1 : Il est constitué par notre noyau ouvert de recherche, ce sont les gens qui participent à la démarche d’enquête de près ou de loin.
Niveau 2 : Ce sont les personnes qui participent à la vie de la commune. Les institutionnels, les élus, les travailleurs sociaux et les voisins actifs qui sont d’une façon ou d’une autre impliqués dans la ville.
Niveau 3 :  Les personnes ayant très peu de lien social avec le monde extérieur.

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Les personnes appartenant au niveau 3 semblent les plus intéressantes en termes de savoirs assujettis à faire émerger. Il est très important lors des interviews d’enregistrer les personnes et de recueillir la parole des gens, les mots clés prononcés par les personnes. Nous ne devons pas nous présenter muni d’un questionnaire, les savoirs doivent émerger lors d’une conversation avec l’interrogé. Le questionnaire amène un formatage des propos que l’on va obtenir, la personne qui prépare le questionnaire ne sait que trop bien les informations qu’elle va chercher. La personne appartenant au niveau 3 est celle qui aura le plus de conviction car elle évolue dans un environnement de savoir saturé.
Durant cet aller-retour entre les trois niveaux nous allons arriver à un moment où nous aurons accumulé un tas de savoirs tout en n’ayant aucune idée de la solution à proposer, c’est à ce moment précis que nous pourrons réfléchir aux hypothèses de résolution.
Nous devons, lors des entretiens, dépasser le « pâtir » ressentis par les personnes pour arriver à ce qui les « affecte ». Le « pâtir » représente la fatalité (c’est comme ça), c’est une situation dans laquelle on ne peut pas bouger mais simplement réagir. Lorsqu’on passe à l’affectation, à ce qui affecte une personne, cela donne la possibilité d’agir, la possibilité de commencer à comprendre le rapport entre les choses et à faire des liens entre les différentes expériences vécues. C’est le rôle des animateurs lors de l’entretien d’essayer d’amener la personne interrogée à faire des liens entre ses différentes expériences. Le pari que nous faisons est de dire que c’est en cherchant ce par quoi les personnes sont affectées que nous pourrons découvrir les savoirs assujettis qu’elles détiennent.
Notre objectif est de faire société avec tout le monde et par ce fait d’intégrer toutes les personnes y compris un raciste, un sexiste, etc. L’idéal d’une recherche dans le cadre d’une Université Populaire Laboratoire Social (UPLS) serait que chaque personne reste à son niveau de participation à la vie sociale mais que les savoirs détenus par chacun puissent servir à la reconstruction du tissu social. Nous devons être capables de mettre tout le monde au service du lien social y compris celui favorable à la rupture du lien social car il est en mesure de nous délivrer des savoirs utiles à cette reconstruction. Notre objectif est de créer une structure qui ne parie pas sur l’éducation de masse mais plutôt sur le développement d’une expérience sociale qui crée du lien. Nous devons partir de l’hypothèse suivante : « chez l’autre il y a une raison suffisante qui le fait penser comme cela »
Miguel fait sur ce point un détour théorique très important pour comprendre la philosophie défendue depuis plusieurs années. Le relativisme culturel est un courant de pensée qui part du principe que chaque peuple a sa propre culture et donc sa propre vérité. Dans ce système de pensée, l’universalisme n’était qu’une excuse ayant permis la colonisation. Cette façon de penser ne laisse la place pour aucun débat, personne n’est en mesure de juger la culture de l’autre d’après son système de référence. C’est une négation de l’humanité car on ne reconnaît alors plus d’égale dignité entre les hommes. Max rebondit sur cette explication par exemple : « Certains travailleurs sociaux disent que l’excision c’est culturel. C’est une façon d’éliminer le débat politique. »
Il existe donc une différence très claire entre le fait de reconnaître une raison suffisante dans l’énoncé d’une personne et le relativisme culturel. Dans une société qui se doit d’englober tout le monde, l’autre a une raison suffisante de penser comme il pense, mais cela ne signifie pas qu’il n’existe pas des universaux concrets qui concernent tout le monde. Notre travail est de chercher dans un contexte donné ce que signifie cet énoncé, d’où il vient et quel est le raisonnement logique que la personne a derrière ses propos.

L’universalisme abstrait

Le relativisme culturel

L’universel concret

Cette pensée se développe avec les Lumières. La théorie est de dire que tous les hommes du monde obéissent et fonctionnent de la même façon. La critique de cette théorie réside dans son caractère déterritorialisé (cf. « La question Juive » de Marx). On décrit une réalité qui n’a rien à voir avec l’homme concret. Cette idée se brise il y a un siècle avec le mythe du progrès qui ne tient plus.

Ce courant vient comme une réponse à la cassure de l’universalisme abstrait. On ne parle alors plus d’une humanité mais de cultures différentes ayant chacune sa raison d’être. Je ne peux pas au nom des principes de ma culture juger l’autre. Montre que l’universalisme abstrait est, comme son nom l’indique, beaucoup trop abstrait par rapport au monde concret. Dans cette pensée la rencontre avec l’autre est possible mais seulement sur un intérêt et non pas en partant sur un socle commun.

Cette pensée revient à dire que le global (en tant que tendances économiques, culturelles…) n’existe que sous une forme concrète dans chaque local.
Universel : nécessairement existant dans toutes situations données.
Tout ce qui est du global n’existe pas ailleurs que dans le local. L’universel c’est ce qui existe dans chaque situation sous un mode concret.
« L’universel c’est mon village sans les murs »

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L’universel concret part d’une position de non savoir qui présuppose qu’il n’existe pas de vérité préalable à la situation. Les principes de l’universel concret ne sont pas des principes pleins mais des principes de fonctionnement.

Sans transition nous avons ensuite abordé certaines questions pratiques concernant la démarche de la recherche. Tout d’abord, il est demandé à Miguel des conseils pour réussir à rencontrer les personnes faisant partie du groupe 3. Il est important dans notre recherche de réussir à interroger cette majorité silencieuse qui est de plus en plus nombreuse et de plus en plus isolée dans notre société. Le niveau 3 correspond au citoyen impuissant et isolé. Il est possible d’atteindre ces personnes grâce à des complicités créées avec des personnes du groupe 2. Nous devons associer les personnes du groupe 2 pour trouver et rencontrer les personnes du groupe 3. Lors de rencontres avec des personnes du groupe 2, nous devons avoir en permanence cette préoccupation de rencontrer le voisin du groupe 3.
A la rentrée, lorsque nous serons les animateurs des groupes de recherche nous devrons penser à la nomenclature de traitement des données contenues dans les propos recueillis. Il nous faudra trier ce qui est de l’ordre de l’individuel (moi je pense que…), du local (depuis la disparition du petit commerce, les personnes âgées de ma ville…) ou encore du global (les supermarchés dans le monde écrasent le petit commerce…). Après ce premier tour pour recueillir les savoirs des personnes nous devrons donc trier ces propos selon cette nomenclature.
Dans un second temps, nous devrons faire un complément d’enquête sans propositions d’actions à l’aide d’un questionnaire élaboré avec les propos des personnes lors de la première étape. « On nous a dit telle et telle chose, qu’en pensez-vous ? ».
À partir de ces deux phases et grâce aux données que nous aurons, nous allons essayer de trouver des propositions d’actions, d’imaginer des solutions pour les problèmes soulevés. C’est à ce moment-là que nous pourrons faire appel à des experts pour répondre à nos questions dans le cadre de réunions publiques pour faire participer les gens à notre réflexion. Lorsque nous aurons trouvé une ou deux propositions d’actions nous irons à nouveau sonder les trois types de groupe pour voir ce qu’ils en pensent.
Par exemple, si nous faisons la preuve de l’efficacité paradoxale du commerce de proximité sur la création de lien social et la diminution de la violence, nous pouvons proposer la prise en charge par la Mairie d’un café ou d’un commerce de proximité comme étant un service public ayant pour vocation le maintien du lien social et non une préoccupation purement économique de bénéfice.
À partir de là nous devrons ensuite produire un cahier des charges, un film, ou encore un documentaire adressé aux habitants, aux médias, aux élus de la ville… L’idéal serait de mettre en pratique certaines hypothèses avant de les donner aux autorités pour leur montrer une preuve concrète de notre expérience. En général, tout ce travail dure trois ans. La première année est consacrée à un travail théorique et à la formation du groupe de recherche, la seconde est un travail d’enquête et enfin la troisième année est celle reservée aux propositions théoriques et pratiques de résolution.
A la rentrée, nous devrons faire une campagne de communication auprès des habitants pour les informer de ce que nous faisons et les inciter à participer aux différents groupes de recherche.
La prochaine séance est fixée au vendredi 19 Juin à 20h30.
Il est demandé aux participants pour le prochain rendez-vous de travailler un entretien avec une personne du groupe 2 ou du 3 à partir de ce qui a été vu pendant la réunion.

Carole Berrebi, chroniqueuse.

 

 

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Chronique de l’université populaire n°7

Rendez-vous du Vendredi 19 juin 2009

Pour débuter la réunion, Max a tout d’abord rappelé les prochaines dates pour le collectif de travail avant que chacun ne se sépare pour les vacances estivales.

Le Mercredi 8 Juillet à 20h30 : Rendez-vous de travail du collectif
Le Jeudi 9 Juillet à 19h30 : Dîner de fin d’année avec les participants du collectif de travail, le rendez-vous est à la MJC et Max nous réserve une petite soirée conviviale au restaurant.
Les 15, 16 et 17 Juillet de 9h30 à 17h : Stage de formation des animateurs animé par Jean Le Bohec

Nous avons ensuite débuté la séance de travail en passant en revue les différentes interviews réalisées depuis la dernière réunion.

1er interview :
Nathalie a débuté le récit de son entretien avec le concierge de son immeuble qu’elle a réalisé avec Claire. L’interview a duré une trentaine de minutes et s’est déroulée dans la loge du gardien.

Niveau individuel : Celui-ci habite à Ris-Orangis depuis les années 1980 et exprime beaucoup d’amertume concernant l’évolution du quartier depuis plusieurs années. Il a observé une importante évolution du commerce de proximité et de la population dans son quartier. Il parle de la fermeture de la dernière boucherie traditionnelle française et évoque le nombre grandissant de commerçants qui louent des pas de portes qu’ils laissent fermé pour éviter la concurrence avec les autres commerces. Selon lui, il y a de moins en moins de choix dans le commerce de proximité. Il vit seul et il fait part de sa gène de demander des petites quantités de nourriture chez les commerçants car il se sent très vite jugé. Il insiste sur le comportement des commerçants envers une personne seule, le fait de demander une petite portion pendant ses courses peut le faire passer pour un radin. L’anonymat dans les grandes surfaces efface donc ce sentiment, il n’y a pas de sensation de jugement dans les grandes surfaces contrairement au commerce de proximité.

Niveau local : L’interviewé dit qu’il a observé un changement dans le quartier depuis la construction du tunnel en direction de Draveil. Celui-ci facilite une circulation plus rapide des automobilistes, les personnes s’arrêtent donc moins dans les commerces situés sur la rue Edmond Bonté. Le centre des commerces de la rue Edmond Bonté s’est donc déplacé plus haut, vers la place Jacques Brel.
De plus, le concierge s’étonne de la multiplication des petites et moyennes surfaces dans un même périmètre géographique. Il se demande qui s’occupe des autorisations d’ouverture sur la ville et pourquoi l’implantation des commerces n’est pas contrôlée et régulée par une instance communale.
Il parle ensuite du CAES en expliquant que les personnes fréquentant ce centre social sont ensuite restées dans le quartier. Il utilise les termes de « coupe-gorge » et « tri peau » pour décrire le sentiment qu’il a envers ces personnes.
Il trouve qu’il y a de moins en moins de choix dans les commerces et de plus en plus d’uniformité. Il critique le non-respect des saisons ce qui conduit à un goût uniforme toute l’année.
Il constate qu’il y a de moins en moins « d’artisans », et conclut en disant que pour lui le petit commerce n’existe plus.

2ème interview :
Témoignage de Justine recueilli le 18/06/09

Conditions de l’interview :
Justine : témoin présenté par « Génération Femmes », femme âgée d’origine africaine (Congo). Habitante de Ris depuis 4 ans
Interviewers : Carole (MJC), Rachida (MJC), Jean-Pierre
Lieu de la rencontre : MJC

Ambiance générale de la conversation : femme peu bavarde, un peu intimidée, consciente de son intégration limitée à la société française, soucieuse d’emblée de manifester sa satisfaction concernant les commerces de la ville.

Commerces fréquentés:
1 ou 2 fois par semaine au marché (pour l’alimentaire et les produits de ménage)
3 ou 4 fois par semaine chez Aldi ou Leader
Occasionnellement les boutiques indépendantes de quartier (Bas de Ris, quartier de la gare).
Les hypermarchés (Carrefour à Evry – Leclerc à Ris) à intervalle régulier pour des provisions de plus longue durée, mais doit se déplacer en bus ou quelques fois en voiture avec son fils.

Critères de choix des commerces : le prix, les difficultés de transport, la proximité pour le dépannage, la possibilité de trouver des produits Africains, même si les prix élevés en font des achats assez rares.
Le temps passé pour les achats n’est pas une contrainte car n’ayant pas d’activité professionnelle elle estime avoir le temps.

Pas de relations personnelles avec les commerçants. Les commerces fréquentés (Paul, Aldi...) sont tenus par des salariés qui ne sont pas présents tout au long de la journée – elle estime que sa maîtrise de la langue française est insuffisante.
Annonce qu’elle a mis du temps lors de son installation à Ris à découvrir les commerces existants.

Remarque:
Témoignage où les considérations sur le commerce de proximité sont largement dominées par la perception d’une intégration encore limitée à la société française (analphabétisme possible ?)

Témoignage de Rachida recueilli le 18/06/09

Conditions de l’interview :
Rachida : Jeune femme membre du personnel de la MJC. Habite Evry, mais fréquente assez régulièrement les commerces de Ris en raison de la proximité de son lieu de travail.
Interviewers : Carole (MJC), Jean-Pierre
Lieu de la rencontre : MJC

Ambiance générale de la conversation :
Proche du projet UP-LS, Rachida, jeune femme volubile s’exprime avec aisance sur un sujet familier.

Commerces fréquentés:
Le marché de Juvisy
Les commerces de quartier
Les magasins de chaînes (Aldi, Lidl...)
Les magasins spécialisés en produits frais (l’entrepôt...)

Critères de choix des commerces 
Le prix, la continuité de la relation avec le commerçant et la qualité de l’accueil, la propreté et l’attrait du magasin.
Evite les grandes surfaces car l’incitation à acheter est trop forte. Par ailleurs on y passe beaucoup de temps pour trouver les quelques produits dont on a besoin.
Souhaite pouvoir prendre son temps pour faire ses courses et y prendre un certain plaisir.

Déplore la concentration des commerces sur quelques quartiers de Ris (N7, gare,..) alors que les zones pavillonnaires en sont dépourvus. Maillage insuffisant du territoire en commerces.
Constate aussi la durée de vie aléatoire des magasins de quartier. Certains semblent survivre et manquent de dynamisme.
Suggestion : inciter les commerçants d’un quartier à coopérer pour assurer un service plus diversifié et sur des créneaux horaires plus étendus

3ème interview :

Date : 08/06/2009Quartier : Ris :  Domaine de l’Aunette/pavillonPersonnes interviewées : M. et Mme Ervens (actifs avec adolescents) : Interviewers : Audrey, Michèle, Josette

Comment a été abordé le sujet du commerce local ? :

Audrey a expliqué l’historique de la création de l’UP/CS au sein de la MJC ( pas de lien avec la mairie), et dans ce contexte l’un des sujets choisis par le groupe UP : « le commerce de proximité », donc : comment font t’ils leurs courses ? suivant les conseils d’Audrey qui avait déjà fait des interviews, nous avons essayé de poser peu de questions pour amener un certain naturel et une certaine confiance chez nos interlocuteurs, éviter qu’ils ne se sentent trop dirigés.

Compte-rendu de la conversation :

Le Couple avant habitait Choisy le Roi dans des HLM pendant 11ans et beaucoup de choses se sont dégradés, les commerçants français sont partis et ont laissé place aux étrangers, à Ris ce schéma commence à se reproduire, surtout sur le plateau, ils sont ici depuis 20 ans, par exemple sur le plateau, il y avait une esthéticienne, elle a été obligée de partir, et beaucoup de gens vont eux aussi partir, ils nous expliquerons au cours de la conversation que les gens qui gagnent correctement leur vie payent un sur-loyer dans les HLM et préfèrent donc partir et acheter, pavillon ou appartement, les habitants des HLM sont remplacés par des immigrés moins riches qui ne peuvent payer certains produits ou services des commerce de proximité, et donc logiquement les commerces changent aussi et s’adaptent à la nouvelle clientèle.

Eux ne vont pas dans les commerces de proximité, car ne vont pas dans les commerces hallals
ou chez les Turcs, vont essentiellement à Intermarché, font au maximum leurs courses une fois par semaine : avantage Intermarché : on y trouve l’essentiel, donc gain de temps, mais plus petit que Carrefour par exemple, donc moins de tentations, et pour eux c’est très proche de leur domicile, mais n’achètent pas les fruits et légumes à Inter, vont sur le marché extérieur(sous la halle les prix sont trop élevés) du plateau ; Madame va plutôt à Inter et Monsieur plutôt au marché, ambiance qu’il aime bien d’ailleurs.
Madame a des horaires variables (vraisemblablement dans hôtellerie) et essaye dont d’optimiser au maximum le temps passé à faire ses courses ; avant à Choisy, nous disent t’ils, ils faisaient toutes leur courses au marché et avec les changements eux aussi ont changé.

Au cours de la conversation, nous disent que ponctuellement soit pour trouver des produits spécifiques, soit pour des dépannages, soit  par ce qu’ils connaissent des commerçants depuis longtemps, et là intervient le bon accueil, la confiance, le métier, la qualité, vont ailleurs et peuvent dans certains cas aller même assez loin, et par rapport aux petits commerces de proximité autres que hallal ou turc, quand ne connaissent pas sont pas sûrs de la qualité, manquent de choix et sont souvent beaucoup trop chers et parfois pas aimables.

Mots clefs, phrases significatives, drôles etc… 

En premier : étrangers, d’ailleurs cette notion évoluera au cours de la conversation ; ne vont pas dans les petits commerces de proximité car sont soit hallal ou turc, ne sont pas leurs habitudes, disent néanmoins que la viande doit être bonne mais de l’extérieur sent très fort, dont pas attirés, à la question : ont t’ils une réticence car ne sont pas habitués : non, et M. ajoute que s’il était affamé, il n’hésiterait pas à rentrer, et rajoute aussi même chez des voisins d’ailleurs, parallèle amusant. Ne disent ne rien avoir contre les étrangers, mais ressort néanmoins une certaine méfiance, suspicion et sur l’hygiène et sur la transparence financière de certains commerces, Madame qui connaît milieu restauration/hôtellerie a remarqué dans un restaurant faisant de la cuisine italienne mais tenu par des Indiens, la cuisine, pour elle pas aux normes, lui et elle voient de nombreux petits commerces exotiques sans jamais personne à l’intérieur : comment vivent t’ils, la notion de magouille ressort. Néanmoins apparaît dans leurs propos aussi l’exploitation dans les restaurants de la main d’oeuvre étrangère. Amusant aussi de voir que Monsieur aime beaucoup l’atmosphère du marché, des camelots, il dit « je suis comme les femmes » et pourtant le marché est très marqué « marchands étrangers exotiques, l’ambiance aussi »
Nous disent ensuite qu’ils faudrait aller voir M. le Maire et lui demander pourquoi il y a autant d’étranger sur sa commune.

Ensuite lié au premiers mots clefs :

dégradation des lieux liés aux étrangers et départs deshabitant de première origine
Les nouveaux arrivants sont de conditions plus modestes, habitudes différentes, les lieux se dégradent, les petits commerçants s’en vont car les nouveaux clients ne peuvent se payer leurs produits, ils seront donc remplacés par d’autres commerçants comme vu plus haut.

Avec la dégradation des lieux surgit aussi la notion d’insécurité, peu encore dans leur résidence, mais essentiellement dans les HLM du plateau, petit à petit les premiers habitants s’en vont, et malheureusement comme dit M. c’est comme cela que se forment les ghettos.
Et où vont les gens qui s’en vont, plus loin de Paris, route à faire mais tranquillité.

 Gain de temps et Proximité :
 Si dans l’ensemble ne vont pas dans les petits commerces aiment bien avoir tout à
 Proximité (Inter très proche) et aiment bien aller à pied pour petits dépannages etc…

Prix :
Si font l’essentiel de leur courses à Inter par commodité, néanmoins, n’y achètent pas les fruits et légumes, trop chers, de même que certains petits commerçants.

Convivialité confiance,, accueil, métier :
Si au début de la conversation cet élément, surtout le manque de relations humaines qui disparaît avec la disparition des commerces de proximité, on voit que cette notion a pourtant sa place, M va toujours chez son garagiste à Choisy, par confiance, qualité mais aussi accueil chaleureux, ils vont chez un charcutier à Corbeil pour à peu près les mêmes raisons et finissent par avouer regretter le coté individualiste de notre époque, même dans leur résidence ne connaissent pas les gens, M. dit qu’il faudrait faire comme la vielle dame d’en face rester assis sur une chaise dans la partie du jardin donnant sur la rue pour faire des connaissances.

Impressions/Commentaires personnels(anecdotes citées au-dessus)

Couple finalement assez représentatif No 3, plutôt renfermés, discrets, un peu craintifs, lui plus souriant, peu même avoir des paroles drôles, elle certainement plus dépendante de la fatigue de son travail.

Finalement assez « français moyens », réticents vis à vis des étrangers et peut être de l’autre qu’il ne connaissent pas non plus, et pourtant, paradoxe, ils ont accepté de nous recevoir, assez longuement même, ont parlé sans difficulté, nous étions pourtant trois, ce qui est déjà un nombre important, ils ont aussi accepté d’être enregistrés.

S’ils n’iront pas d’eux même vers des pôles de convivialité, ils seraient peut être contents qu’on les prennent un peu en main et que l’on viennent les chercher sont nostalgique d’une certaine convivialité d’une période plus ancienne.

4ème interview :
Sophie a réalisé deux interviews de deux couples de personnes âgées habitant sur le bas de la ville (quartier bas de ris/Gare de ris)

1er couple : Elle nous fait part de sa difficulté à entrer en contact avec les personnes qu’elle souhaitait interroger. Ses voisins sont les premières personnes qu’elle ait réussi à interroger mais de façon très brève car ils coupaient court à toute discussion. Ils commencent en disant qu’il n’y a plus rien dans le quartier en termes de commerce de proximité, mais que ça ne les dérange pas. Ils fréquentent le supermarché Intermarché et en sont satisfaits « c’est bien, il y a tout et on a besoin de parler à personne. »
Selon eux, la disparition des commerces de proximité dans leur quartier est due à l’élargissement de la Nationale 7.

2ème couple : La femme était beaucoup plus bavarde que l’homme et elle n’avait pas besoin d’avoir de questions posées pour s’exprimer librement sur le sujet. C’est un couple de vieux Rissois qui habitaient auparavant à Paris et qui sont nostalgiques de la vie des commerces qu’ils ont quitté en quittant la capitale. La femme s’est exprimée sur la fermeture du boucher traditionnel à la gare. « C’était un lieu où l’on rencontrait tous les voisins, son départ génère une vraie souffrance pour les habitants car c’était la dernière boucherie française sur la ville. Il y a même une femme du quartier qui fait une dépression depuis la fermeture du commerce. C’était le seul lieu où l’on communiquait entre voisin, un vrai lieu de vie dans le quartier. »

Les commentaires des interviews :

Dans une UPLS, le côté Laboratoire Social est très important. Les paroles des personnes interrogées vont servir de matériel de recherche et d’analyse. Il faut donc faire attention lors de la restitution des interviews à ne pas faire de commentaires parallèles qui peuvent vite se mélanger aux paroles des habitants interrogés. Nous devons donc apprendre à écouter et à noter ce que nous avons à dire ultérieurement pour ne pas entraver le bon déroulement de la restitution des interviews.
Nous partons de l’hypothèse suivante : dans notre monde les gens souffrent et aucune révolution ne viendra changer radicalement cela. Une révolution ou une élection ne conduira pas à la fin de la souffrance.
Nous cherchons, pour notre part, des nouveaux modes d’émancipation et de création de lien social. En réalisant une expérience de laboratoire, nous cherchons ce que nous pouvons mettre en place pour aider à la reconstruction du lien social.
Les personnes interrogées s’expriment en prenant comme appui leur vie immédiate et concrète. Si nous écoutons avec empathie la souffrance d’une personne qui trouve des choses réelles qui le conduisent à être raciste, nous pouvons comprendre à partir de quel système il réfléchit.
La disparition de la dernière boucherie traditionnelle apparaît comme la goutte d’eau qui fait basculer les personnes dans une autre réalité. La boucherie tenait comme un nœud de vie, sa fermeture amène un basculement : ce ne sont plus les étrangers qui sont chez nous mais nous sommes chez les étrangers.
Il faut toujours recueillir les dimensions paradoxales des phénomènes, tout ce qui se passe autour du commerce (lieu où les voisins se rencontrent…). Les personnes appartenant au niveau 3 ont beaucoup de savoirs assujettis.
Les interviews étaient très intéressantes. Les personnes interrogées se sentent heureuses de parler de leur quartier et des pratiques qu’ils ont. Ils parlent de choses que, mise à part eux, personne ne peut voir. Dans les interviews, très peu de personnes étaient dans le fantasme ou l’opinion, ils exprimaient ce par quoi ils étaient affectés. Le regard de l’enquêteur va alors permettre de passer du « pâtir » à « je suis affecté ».
Nous donnons la possibilité à un quartier d’avoir une structure qui récupère les savoirs des habitants pour créer d’autres savoirs ayant pour but la restructuration du lien social. Les personnes appartenant au niveau 3 sont des membres organiques de la collectivité et nous cherchons comment cette collectivité peut avoir davantage de puissance d’agir. Tout en restant ce qu’ils sont, les personnes peuvent participer au changement de la communauté sans pour autant que leurs opinions ne changent ou que leur tristesse disparaisse. La tristesse est à comprendre comme la diminution de sa puissance d’action.
L’homme est viable comme il est, il s’agit donc de créer des structures qui, en intégrant les hommes comme ils sont, leur permettent de participer à la création de davantage de puissance organique.

Par rapport aux propos recueillis lors des interviews, Miguel revient sur l’analyse de ce matériel.
- On observe dans le discours de certain, une déterritorialisation des pays occidentaux par rapport aux odeurs, au toucher… Dans la culture occidentale on constate de plus en plus un excès de stérilisation, un univers non microbien qui amène une déterritorialisation d’avec son propre corps. Pour remédier à cela il faut chercher des pratiques qui permettent aux gens de renouer avec des odeurs, des saveurs. L’organisation de repas de quartiers peut par exemple donner un accès à d’autres cultures.
- La question de la valise sous le cercueil : Les commerçants blancs laissent place aux commerçants étrangers car ils se sentent menacés. Cette idée se réfère à un inconscient Français en rapport à la colonisation. Les Français ont le sentiment d’avoir été viré d’Algérie et maintenant on veut les virer de la France.
- Déterritorialisation de la vie : les personnes ont un désir d’invisibilité, d’anonymat. La circulation rapide du supermarché permet aux personnes d’être invisibles.

Nous allons vous proposer un début de questionnaire pour que vous puissiez retourner vers des habitants et le leur soumettre. Nous verrons donc, lors de la dernière séance, les réponses que vous aurez reçu par rapport au questionnaire et nous travaillerons dans un second temps à la construction d’une hypothèse.

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

 

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Chronique de l’université populaire n°8

Rendez-vous du Mercredi 8 juillet 2009

Nous étions une douzaine de personnes réunies ce soir pour le dernier rendez-vous de la saison avec Miguel Benasayag. Miguel a débuté la séance en nous expliquant sa visite d’une UPLS en construction à Lucca, au Nord de l’Italie. L’UPLS qui se crée dans cette région se construit en collaboration avec les autorités publiques de la région. Le thème que la région demande de traiter est celui de l’éducation. En Italie, il n’y a pas de problèmes clairement observables à l’école car la famille et le lien social sont encore fortement présents et ancrés dans les pratiques. Cependant, comme au Brésil ou à la Courneuve, on parle là-bas d’insécurité ou d’échec scolaire par exemple. Cette constatation montre l’influence idéologique de ces phénomènes, objectivement aucun problème n’est constaté mais l’idéologie ne permet plus de voir convenablement la réalité. Il sera donc intéressant dans le travail avec eux d’échanger sur ce thème et d’observer de quelle manière ils vont travailler un sujet commun dans une réalité différente.

Nous avons ensuite lu et travaillé sur le texte du manifeste que nous soumettons aux participants du collectif.(le document vous sera envoyé par mail après quelques modifications)

Notre objectif est de créer à Ris-Orangis un centre ressource de formation et d’échange entre les UPLS. Ce texte est donc le manifeste de création d’un centre de formation en partenariat avec deux autres UPLS en construction (celle de Fortaleza au Brésil et celle de Lucca en Italie). Ce texte doit tout autant s’adresser à un intellectuel que à des personnes appartenant au groupe 1 qui ont envie d’un changement dans leur quartier ou leur ville, c’est pourquoi il doit avoir le plus large angle possible. C’est un texte technique pour les chercheurs des UPLS car nous voulons à Ris-Orangis former le centre des chercheurs sociaux. Ce texte sera publié sur le site que les Brésiliens lancent à la fin Juillet et deviendra donc la charte du réseau. A la fin du texte, la méthode de travail est une partie très accessible pour les personnes du groupe 1, elle expose de manière simple les outils et les méthodes à mettre en place pour construire une UPLS.
Après une brève discussion sur certains termes utilisés dans le texte le groupe décide de laisser Jean-Pierre travailler sur la première partie qui explique le contexte pour arriver à la version finale qui vous sera ensuite envoyée.

Sans transition, nous allons aborder un concept technique qu’il est important de définir, il s’agit du fantasme. En effet, lorsque les personnes s’expriment lors des interviews, elles ne sont pas habituées à un raisonnement ordonné et formulent donc de nombreuses opinions contradictoires.

Les personnes sont dans l’opinion, pour nous ils sont « affectés » par quelque chose mais pour eux ils « pâtissent ». Grâce aux propos des gens nous apprenons comment les personnes sont affectées par les choses alors qu’elles nous parlent de ce qu’elles subissent, de leur « pâtir ». Notre objectif est donc de transformer ce pâtir en une certaine connaissance à dégager.
Le système d’émancipation que nous proposons dans l’UPLS consiste à récupérer les savoirs là où les personnes pâtissent pour proposer une modification qui va inclure toutes les personnes.

Lorsque nous allons interroger des personnes qui sont dans l’opinion sans rigueur de pensée, le risque c’est que celles-ci vont être dans un récit en lien avec leur fantasme. Le fantasme correspond à un scénario présent dans notre esprit et qui définit la façon que nous avons de nous percevoir. Par exemple, lorsque quelqu’un raconte :  moi depuis tout petit je fais des efforts mais mes parents ne le voient pas, … , dans mon travail je fais beaucoup d’efforts mais mon patron ne le voit jamais, … Le fantasme correspond alors à une structure qui est dans toutes les situations la même et qui se décline selon les différentes situations. L’enquêteur doit faire attention lorsqu’il récupère les savoirs des gens à veiller à ce que les personnes donnent des informations et non des fantasmes. L’enquêteur doit s’appuyer sur des faits pour contourner la structure fantasmatique de la communication. Notre objectif est d’instaurer entre nous et les personnes interrogées un rapport d’objet, tout le monde reste dans son fantasme mais une partie de leur énergie est dégagée pour alimenter ce rapport d’objet.

L’objectif est donc de ne pas communiquer aux autres notre fantasme, donc de rester dans un rapport d’objet avec les autres. La vie commence lorsqu’on sort du personnel et que l’on investit objectivement les choses.
Un des problèmes de notre époque est que les personnes vivent dans le récit comme si ils étaient dans un film, le monde est de plus en plus virtuel. Il faut donc chercher à récupérer les savoirs des gens au delà de leur fantasme, au delà de cette virtualité. Les animateurs doivent donc faire une effort, ils doivent recueillir les propos des personnes malgré ces comportements. L’idéal pour cela est de ramener la personne à la description pour pouvoir contourner ce type de comportements. 

Nous avons ensuite abordé un point épistémologique sur les hypothèses. Il faut tout d’abord savoir que comme nous voulons faire notre recherche, nous ne partons jamais de la réalité mais bien d’un cadre d’hypothèses par rapport à cette réalité. Nous ne pouvons pas partir de la réalité car il existe un trop grand nombre de dimensions différentes. L’ensemble de nos hypothèses ne va donc pas confirmer ou infirmer la réalité mais va confirmer ou infirmer le système que nous aurons crée à partir de ces hypothèses. En sciences, il n’existe pas de niveau 0, nous sommes toujours dans un niveau 1 de connaissance. (cf site internet scientifique automate intelligent)

Nous devons donc créer un cadre d’hypothèses à partir duquel et dans lequel nous allons effectuer nos recherches du type essai/erreur. Une hypothèse est une représentation du réel dans un cadre. Dans chaque réalité, la structure prendra des formes locales différentes.
Si nous voulons réaliser un travail sérieux, chaque hypothèse prouvée devra être éprouvée.
Nous avons ensuite discuté des propositions de résolution que nous avions soumis aux participants pour interroger de nouveaux les habitants.

Ces propositions étaient les suivantes :
- un pôle d'animation commerciale créateur de lien social
- La journée "Non Hallal " chez le boucher hallal
- Un marché spécialisé "produits locaux" en bas de Ris
Ces idées de propositions sont juste là pour montrer que, à partir des enquêtes effectuées avec les habitants, nous pouvons imaginer des idées de résolution des problèmes. Il est de plus très intéressant de voir ce que disent les habitants lorsqu’on retourne vers eux avec des propositions.

Nathalie et Claire ont ainsi recueilli les impressions de deux couples par rapport aux trois propositions :

1er couple : Un couple jeune avec deux enfants en bas âge. Couple mixte la femme est française et le mari est d’origine marocaine. Elle fait souvent de la cuisine traditionnelle française avec de la viande Hallal et quand elle invite des amis à dîner ils ne s’aperçoivent pas d’une différence. Ils sont favorables à l’organisation d’animation autour du commerce de proximité et sont aussi très intéressés par l’aide aux personnes âgées pour faire les courses. Ils sortent très peu et ont peu de communication avec leurs voisins. Ils ont peu de moyens et ne se rendent pas chez leur boucher voisin car il ne vend pas de petites quantités.
Nous voyons bien qu’à chaque interview beaucoup d’idées de résolution apparaissent. Il est possible de construire une expertise populaire, même dans un temps extrêmement réduit, à partir des structures que nous créons avec les UPLS.
Grâce aux informations que nous récoltons nous trouvons des idées sur des sujets auxquels nous n’avions jamais pensé auparavant.

2ème couple : un couple de retraités. Ils disent que les commerçants ont trop exagérés avec les prix. Ils sont intéressés par la proposition du petit marché et ne sont pas réticents à l’alternance Hallal/boucher traditionnel. Ils sont à la retraite et n’hésitent pas à aller à pied au marché sur le haut de la ville.

A la rentrée il sera important d’inviter le Maire ainsi que les élus à la réunion publique tout en continuant notre chemin avec la recherche. Nous devons lancer des expériences pour faire la démonstration de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas, nous pourrons ensuite aller vers la mairie pour leur montrer cette expérience. Nous devons avoir à l’esprit le lien d’informations avec la mairie pour la tenir au courant au fur et à mesure de l’avancé de notre recherche.

Nous devons lever les incompréhensions avec la mairie, leur montrer que nous allons aller jusqu’à l’expérience car nous avons la possibilité d’agir avec davantage de réactivité que la commune qui est un organe beaucoup plus institutionnel. Cette démarche va permettre d’être dans un rapport d’objet avec la Mairie et non pas dans une communication frontale.
Il existe un fantasme individuel mais aussi un fantasme institutionnel, un fantasme ne se démonte pas avec des raisons car le fantasme n’est pas rationnel. Il faut essayer des choses qu’on proposera ensuite à la municipalité pour qu’elles soient reprises.
Nous avons donc pendant ces quelques mois réalisés un cycle complet de recherche d’une UPLS. Avec la création de cette UPLS nous allons essayer au niveau local une nouvelle hypothèse d’émancipation sociale. Nous devrons rendre compte très précisément de ce que l’on fait, comment on le fait, ce que l’on essaie, ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas…

La séance se termine donc par un récapitulatif des dates à retenir pour cet été et pour la rentrée :

Formations animateurs avec Jean Le Bohec à la MJC les :

Mercredi 15 Juillet 14h/17h
Jeudi 16 Juillet 9h30/17h
Vendredi 17 Juillet 9h30/17h

Les journées de formation se dérouleront à la MJC et un déjeuner est prévu sur le temps du midi.

Les portes ouvertes de la MJC le Samedi 5 Septembre de 10h à 23h : il est très important que les personnes participant à l’UPLS soient présentes lors de cette journée pour expliquer aux habitants le travail accompli lors de cette année et le travail à fournir pour l’année prochaine !

La fête des associations de Ris-Orangis : le dimanche 13 septembre sur le parking de la piscine du moulin à vent.

Le 25 septembre à 20h à la MJC : Réunion publique de lancement des trois groupes de recherche de l’UPLS.

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Carole Berrebi, chroniqueuse.

 

 

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La chronique de l’université populaire n°9

Formation animateur avec Jean Le Bohec les 15, 16 et 17 Juillet

1er jour :

Les futurs animateurs du collectif se sont donc retrouvés durant ces trois journées pour découvrir ensemble les méthodes d’animation de groupe. À partir du mois de septembre, plusieurs d’entre nous auront en charge l’animation d’un groupe de recherche. Nous augmentons au fur et à mesure notre trousse à outils en abordant maintenant par l’intermédiaire de cette formation la dynamique de groupe.

Quand on anime un groupe il faut lire ce qui se voit mais aussi ce qui ne se voit pas. Un groupe est une articulation entre ce qui est de l’ordre de l’affectif et ce qui est de l’ordre de l’opérationnel. Jean nous explique qu’en lisant les chroniques des rendez-vous précédents il constate que nous avons fait preuve d’une rigueur d’esprit, nous ne sommes pas restés au niveau de l’opinion. Nous avons aussi fait preuve d’une rigueur méthodologique en partant de la description et en utilisant un raisonnement structuré. Nous devons en revanche faire attention aux personnes que nous avons face à nous, nous devons prendre en compte l’autre, la culture de l’autre (ses symboles, ses valeurs…), nous devons comprendre ce qui tourne autour de cet affecte qui n’est pas forcément visible.

Nous devons entrer dans une écoute flottante : nous devons écouter les personnes sans catégoriser tout de suite ce qu’ils sont.
Il est très important pour nous d’avoir une rigueur dans notre démarche, tout fait est intéressant à restituer et il faut restituer la description dans la situation dans laquelle elle est née, dans son contexte.

La dynamique de groupe correspond donc à une notion différente de celle de l’animation de groupe. L’animation de groupe est une façon de diffuser du savoir alors que lorsqu’on parle de dynamique de groupe il s’agit de lire ce qu’on ne voit pas au premier coup d’œil, d’articuler ce qui est visible et ce qui l’est moins.
Pour illustrer l’importance de prendre en compte ce qui n’est pas visible, Jean nous explique le travail de Lewin qui est un psychosociologue américain qui a étudié le comportement comme une fonction de la personnalité et de l’environnement. En prenant comme départ de l’analyse les méthodes de travail développées par Taylor sur l’organisation scientifique du travail, il montre l’importance de l’étude des relations humaines pour expliquer son efficacité sur le produit final.

Jean revient ensuite sur la notion de réalité, la réalité ce n’est que la partie que l’on voit à travers ses lunettes (son héritage social, sa trajectoire sociale). L’étude de la structure derrière les paroles d’une personne nous pousse à observer à quel point celle-ci est libre.
Nous passons ensuite à un tour de table pour que chacun se présente. Jean nous fait remarquer à la fin de la présentation que nous nous sommes tous présentés sous l’angle de l’université populaire (pourquoi je fais partie de l’UP ? Ce que cela m’apporte ?...). La première personne à s’être présenté à ainsi créer la norme du groupe et tout le monde a ensuite suivi cette norme fraîchement décidée.

Un groupe, c’est plus que l’ensemble des participants grâce à la synergie entre les personnes, mais aussi moins que l’ensemble des participants car chacun ne développe pas tout son potentiel.
Jean, en partant de la présentation que chacun a fait de lui même, va nous aider à repérer ce qui s’est passé dans notre groupe. Lorsqu’on veut faire partie d’un groupe, on fait attention à ne pas être étranger au groupe, on rentre dans la norme imposée par le groupe. Celui qui parle en premier risque de mettre la norme en place, par la suite les autres vont alors se normaliser. Toute norme est la traduction concrète d’une valeur.

La norme : c’est une contrainte qui amène une uniformisation, on rentre dans la conformité.
Lorsqu’une personne s’exprime, il faut donc étudier dans quel système de norme il est pris.
Au cours de la présentation, une personne peut rompre la norme mais dans ce cas là elle va ensuite mettre une autre norme en place. La norme va dicter le comportement du groupe pendant tout le travail. L’animateur prend alors un pouvoir par rapport aux autres, si un des participants prend la parole et rompt la norme il faut la passer en débat pour que le groupe puisse rediscuter la nouvelle norme.
« On s’émancipe aussi en acceptant la soumission, le tout est d’en être conscient. »

De plus, Jean met en lumière le fait que toutes les personnes du groupe lors de leur présentation utilisent le pronom « je ». Cette utilisation montre l’implication de la personne qui s’exprime, cela montre une certaine maturité du groupe. Le groupe se connaît et il assume ce qu’il fait.

Il est important de savoir lire un groupe, de savoir lire ce qui se passe dans un groupe. Face à un groupe qui se met à rire pendant dix minutes il faut repérer que le groupe était dans l’opératoire et que le rire permet de supprimer la tension. En effet, si un groupe est trop longtemps dans l’opératoire les personnes sont dans la tension et non plus dans l’attention. Aucun groupe ne peut être continuellement dans l’opératoire, pour qu’un groupe fonctionne il faut une partie d’affecte.
Un groupe ne fonctionne pas sans leader, mais il ne faut pas que le leader soit tout le temps le même car sinon il devient leader affectif et non un leader opérationnel.
Pendant que l’on observe un groupe, il faut repérer en même temps le contenu du propos pour pouvoir reprendre les termes des uns et des autres. Il faut aussi repérer tout ce qui n’est pas dit : le gestuels, les regards… À partir de ces observations, l’animateur peut alors poser des hypothèses sur les relations entre les personnes ou encore sur les attitudes de chacun.
Le côté jouissif du travail en groupe est très important car il permet de conscientiser le côté non jouissif. Cela permet de prendre conscience de ce que l’on fait et de prendre le temps pour pouvoir agir sur ce que l’on doit produire.

Jean propose alors une mise en situation autour d’une discussion du groupe concernant le manifeste des UPLS proposé par Miguel. Deux personnes du groupe se placent alors en position d’observateur pour analyser les comportements du groupe selon un outil d’observation fourni par Jean.
Les deux observateurs ont ensuite fait un retour pour l’ensemble du groupe :

  1. l’observation est difficile lorsqu’on est impliqué dans la discussion
  2. il est difficile d’observer ce qui se dit et les attitudes des personnes
  3. la distribution de la parole est codifiée
  4. l’animateur doit savoir détecter les désaccords et poser les problèmes
  5. selon les précautions prises la parole est plus ou moins libres
  6. la prise de parole constitue à elle seule un jeu de pouvoir et d’autorité

C’est sur cette mise en situation que le groupe s’est quitté pour cette première journée de formation. Tous ont hâte de se retrouver le lendemain pour poursuivre le travail et pour accumuler d’autres billes qui les aideront dans l’animation de groupes.

2ème jour :

Les participants du collectif de l’UPLS se sont retrouvés de bonne heure pour poursuivre le début de travail entreprit la veille. Pour réveiller doucement les esprits de chacun, Jean propose un « quoi de neuf » pour entrer doucement dans la réflexion. « Le quoi de neuf » est une discussion non gérée en groupe qui permet de partir du concret, des anecdotes du quotidien, pour ensuite entrer plus facilement dans le vif du sujet. Jean utilise cette méthode pour nous expliquer certain concept comme par exemple la différence entre l’attitude, composée de la gestuelle et du mental, par rapport au comportement qui lui se base seulement sur le physique (stimuli/réponse). Ces concepts nous aident petit à petit à observer les personnes d’un groupe pour agir au mieux en fonction de ce que nous ressentons.

Le médecin psychiatre américain Berne a fondé l’analyse transactionnelle qui donne des clés types pour permettre d’analyser une personne. La méthode entend fournir une meilleure connaissance de soi et des autres, en prenant conscience de « ce qui se joue ici et maintenant » dans les relations personnelles et professionnelles, entre deux personnes et dans les groupes.  Il propose des grilles de lecture pour la compréhension des problèmes relationnels, et des modalités d’intervention pour résoudre ces problèmes. Il explique par exemple le lien entre une animation patriarcale qui provoque une attitude d’enfants des participants.

L’animateur se doit d’être pédagogue avec le groupe, historiquement le pédagogue était l’esclave qui amenait l’enfant chez le précepteur. C’est celui qui accompagne sur le chemin du savoir. Dans la pédagogie institutionnelle par exemple le pédagogue doit accompagner jusqu’à bouger l’institution en place. (cf la sociologie des institutions de Philippe Bernoux)

Nous sommes passés en quelques années dans une société d’experts, les experts sont au centre et la population se sent démunie par rapport à ces experts. Il faut agir dans le local mais à la condition que nous allions jusqu’à bouger l’institution, que les institutions se réinterrogent en fonction des problèmes que nous allons identifier.

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Une institution est en permanence traversée par de l’institué et de l’instituant. La démocratie est sans cesse traversée de conflits.
Toute institution veut être au centre, il y a ainsi conflit entre les différentes institutions. On analyse un territoire en étudiant ses marqueurs à travers les institutions qui s’y trouvent.

La dynamique de groupe correspond à admettre que quelqu’un peut tirer le groupe sans posséder toute la connaissance.

Jean nous propose une seconde mise en situation avec un animateur et un observateur. Le sujet est décidé par le groupe et l’animateur doit ensuite animer une réunion de discussion avec le groupe.
Cet exercice est très compliqué car l’animateur doit avoir plusieurs rôles : il doit placer les situations, respecter le temps donné, éviter les apartés. Il peut reformuler de temps en temps et synthétiser les propos quand cela est nécessaire. L’animateur doit laisser la place, il ne doit pas être au centre, il doit poser des questions et relancer des situations. Il doit laisser le groupe aller à son allure. L’animateur doit ensuite faire des choix concernant la distribution de la parole car il ne doit pas devenir un simple régulateur de parole. Il peut préférer donner la parole aux personnes qui ont envie d’intervenir sur le sujet du moment sans forcément prendre en compte l’ordre des participants. L’animateur peut décider de laisser le conflit car cela amène du mouvement à la discussion, les participants ne doivent pas nécessairement finir en accord mais il s’agit que chacun ait pu s’entendre.

Il existe différents types de réunion dans lesquelles l’animateur aura un rôle différent à jouer :

  1. réunion d’information : l’animateur informe, il développe les idées, il donne ses opinions.
  2. Réunion de travail : A partir des informations l’animateur doit faire émerger le débat, mettre du conflit, du désaccord pour créer le débat entre les gens.
  3. Réunion de décision : Le but de la réunion est de décider de quelque chose.

Lorsqu’une réunion est assez mouvementée, l’outil « ça va/ça va pas » permet de ne laisser personne partir en souffrance. On peut ainsi proposer un petit tour de table avec cette question pour que les dernières impressions de chacun puissent s’exprimer.
Il est important que l’animateur mette en place les situations qui vont permettre de créer un climat de confiance.

Quand une personne est mise en situation d’observation il faut faire attention lors du retour à rester dans la description. Il ne faut pas amener de jugement sur les personnes observées mais plutôt poser des hypothèses par rapport à leur comportement.

Après une pause déjeuner bien méritée au vue du travail abattu, nous avons repris la formation avec Jean en débutant par un petit jeu en groupe. Nous étions divisé en deux groupes de quatre personnes et deux personnes ont été choisis pour observer le comportement de chacun dans le groupe. Chacun avait en sa possession des bouts de papier numérotés de 0 à 9, Jean nous donnait un chiffre et nous devions réussir à former ce chiffre en coopération avec les personnes de notre groupe. Il fallait donc définir d’une méthode entre nous car la parole était interdite pendant l’énonciation des chiffres. Les deux observateurs devaient quant à eux repérer le comportement de chacun dans le groupe, observer si des leaders émergeaient du groupe et analyser comment le groupe réussissait à avancer ensemble.

Tout groupe génère ses leaders, qui peuvent être de deux types, affectifs ou opérationnels. Dans un groupe, en tant qu’animateur, il faut repérer des appuis, des personnes qui pourront être un soutien pour l’animateur.
La disposition de la salle, du groupe, a une très grande importance en fonction du climat que l’on veut créer.

La dynamique de groupe : Le psychisme du groupe fonctionne avec le psychisme individuel. Lorsqu’on arrive dans un groupe, les personnes peuvent avoir peur de cet effet de groupe, de se confronter aux autres, à de nouvelles règles. Les premiers pas dans un groupe se font avec beaucoup de prudence, la personne a peur du rejet et cherche donc à être présentable tout en restant elle-même. Si une personne arrive en cours de route dans un groupe, celle-ci se doit de prendre le rythme du groupe et de l’animateur. Au fur et à mesure lors de la création d’un groupe, un climat de sécurité va s’instaurer et cela va permettre aux participants s’oser proposer des choses.
La confiance : faire l’hypothèse que l’autre ne me trompe pas. C’est une hypothèse sur un comportement futur.

Le projet, l’objet, qui anime les personnes faisant partie d’un groupe représente le tiers entre les personnes et ce tiers permet aux participants d’être en désaccord.

Dans la dynamique de groupe il y a toujours interaction entre ce qui est du domaine de l’affectif et ce qui est du domaine de l’opérationnel. Il faut toujours veiller à conserver un équilibre entre ces deux aspects pour ne pas arriver à une dérive fusionnelle (le groupe part dans l’affecte et n’est plus du tout dans l’opérationnel) ou à l’inverse à une dérive opérationnelle (ne s’occupe que du projet et plus de l’autre, de la relation avec l’autre).

Lorsqu’on étudie la dynamique de groupe on définit différentes phases en fonction de la « maturité » du groupe :

  1. L’adolescence du groupe : c’est une phase où les participants s’engagent, s’impliquent dans les différentes tâches à réaliser. Les personnes n’hésitent pas à donner leur point de vue, à apporter des contradictions. Les conflits ne se ramènent pas à du relationnel, mais portent sur l’objet commun du groupe. Le groupe représente la société composée des différentes classes sociales. L’engagement est de plus en plus opérationnel tout en gardant des relations entre les participants. Chacun a à peu près une place dans le groupe, et à l’adolescence les participants sont capables d’en changer.
  2. L’age adulte du groupe : Lors de cette maturité du groupe, les participants peuvent se dire des choses désagréables tout en conservant le plaisir d’être ensemble.

Le groupe est une interaction entre le social (les interactions entre les gens) et le culturel (l’ensemble de l’appareil symbolique composé des valeurs, des idéologies, des convictions et des connaissances).
Dans le groupe, la structure instaure la stabilité dont tout le monde a besoin (les valeurs, les normes et le rôle de chacun), le but du jeu est que chacun puisse changer de rôle.

3ème jour :

Le groupe s’est retrouvé de bon matin pour entamer la dernière journée de formation autour de Jean. Nous avons débuté la séance par un « quoi de neuf » le temps de se remettre à réfléchir sur le sujet qui nous intéresse. Au fil de la discussion nous avons commencé à aborder certains concepts que nous avions vu avec Miguel et sur lesquels il était intéressant de revenir (savoirs assujettis, relativisme culturel,etc).
Jean, par rapport à ces sujets, nous explique quelques concepts sociologiques qui seront intéressants pour notre travail.

Pour changer les pratiques, il faut changer les représentations de chacun. Un individu est fait de son héritage culturel et de sa trajectoire sociale, ces deux composants forment les représentations de chacun.

L’héritage social se compose de :

  1. La socialisation primaire : il n’y a qu’un monde, celui de mes parents. C’est l’éducation par imprégnation des valeurs et des symboles.
  2. La socialisation secondaire : il y a des mondes dans lesquels je me suis éprouvé (le quartier, l’école, le travail)

La trajectoire sociale :  j’ai hérité de quelque chose et je vais le transformer.

La trajectoire est une énergie, l’héritage relève de ce qui est assujetti.
En regardant les choses avec mes représentations je ne vois qu’une partie de la réalité. Instaurer un climat de confiance revient à accepter d’aller dans le monde d’autrui. Pour agir ensemble il faut donc que chacun fasse un pas de côté face à ses évidences.
Le rôle de l’animateur est d’arriver à la réussite de l’objet tout en gardant la diversité du groupe. Il n’a pas pour rôle de faire l’unité mais d’amener à une décision collective sur un objet en conservant la diversité du groupe.

Lorsqu’on est dans un groupe ou lors d’une interview, il faut aussi soi-même se mettre en danger. Audrey réagit par rapport aux interviews que nous avons réalisé et elle fait part de son sentiment d’avoir utilisé les personnes que nous sommes aller interviewer.
Il y a un côté cynique à cette situation, nous créons un climat de confiance pour que les gens soient à l’aise et nous donnent des renseignements grâce à cette confiance que nous aurons installé. Le fait d’aller voir les gens peut leur permettre de dire des choses qu’ils ne diraient pas sinon, nous prenons alors la place de porte parole pour ces personnes. Nous leur permettons de prendre la parole et d’être sur une place publique pour dire des choses qu’ils n’oseraient pas dire, on est alors utilisé par la personne pour lui permettre de s’exprimer. Le cynisme s’annule car chacun trouve un intérêt à la situation, chacun peut en retirer quelque chose.

Le groupe n°3 est un analyseur du système. Si on ne peut pas remettre en cause ces catégories instituées cela montre un immobilisme de notre système d’analyse.
L’analyseur interroge l’institué, il ouvre la voie vers un autre possible jusque-là refoulé. Il révèle les non-dits de l’institution et met à jour les contradictions jusqu’alors enfouies. L’analyseur est un marqueur de la tension entre institué et instituant. Il pose crise à l’institué, mais révèle aussi le sens de l’institution. Ce qui peut paraître un détail est peut-être un analyseur, c’est un objet qui analyse l’institution en place et va révéler le fonctionnement même de l’institution et la place du pouvoir.

Jean nous propose une dernière mise en situation avec une personne dans le rôle d’animateur et deux observateurs. Le groupe choisit alors un sujet de discussion (dans ce cas le manifeste rédigé par Miguel et la place que nous décidons de donner à ce manifeste) et l’animateur  devra essayer de mettre en place trois temps de réunion à savoir un temps de discussion, un temps de discussion et un dernier temps de décision.

Après la mise en situation, Jean revient sur certaines observations concernant le rôle de l’animateur.
L’animateur doit connaître le sujet et le comprendre. Il doit privilégier la parole dans le sens d’une construction de l’ossature du discours plutôt que de privilégier une prise de parole égale pour tous les participants. L’important est de construire quelque chose ensemble et là est la responsabilité de l’animateur. La personne est au cœur de l’animation mais l’objet est indispensable. Il est intéressant d’observer si le climat lors de la réunion est plutôt affectif ou opératoire et comment les deux d’alternent.  Il peut y avoir un problème d’affecte lors d’une réunion et le fait d’aller vers l’opératoire peut permettre de contourner cette difficulté. Si des participants avec de fortes personnalités s’opposent il faut se tourner vers l’objet pour pouvoir travailler et transcender cette difficulté.
L’idéal est de trouver un équilibre entre l’affectif et l’opératoire dans un groupe.

Pour finir nos trois journées  de formation, Jean nous a diffusé un extrait du film « I comme Icare ». Cet extrait s’inspire du travail de Milgrane sur les rapports de pouvoir, l’autorité et la soumission.

Ces trois jours de formation ont été très bénéfiques pour le collectif de l’UPLS. Nous avons eu l’occasion d’aborder beaucoup de notions essentielles de l’animation de groupe. Nous avons de plus pu nous réinterroger sur certaines de nos pratiques et sur le fonctionnement de notre groupe de recherche.

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

Référence bibliographique :

  1. Lewin : le comportement comme fonction de la personnalité et de l’environnement
  2. Berne : analyse transactionnel
  3. Philippe Bernoux : la sociologie des organisations
  4. Serge Paugam : La disqualification sociale
  5. Olivier Schwartz : Le monde privé des ouvriers du Nord

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Réunion de l’université populaire laboratoire social le 16 octobre 2009

 

Nous étions en comité restreint pour ce rendez-vous des animateurs de l’université populaire. Après un début difficile dû à une mauvaise information sur le lieu de la réunion (les réunions de l’UPLS se tiendront toujours à la MJC sauf information contraire de ma part) nous avons commencé le rendez-vous avec Miguel et les animateurs.

Nous avons tout d’abord fait un point sur la soirée du 25 septembre pour que chacun puisse s’exprimer par rapport à la soirée. Le peu de monde présent dans la salle montre le souci que nous avons par rapport à la communication de notre activité. Nous n’avons pour le moment aucune action concrète à expliquer à nos interlocuteurs, il est donc difficile de persuader les gens de l’intérêt de participer à notre démarche alors même que nous commençons tout juste à nous familiariser avec le concept d’UPLS.

Michèle nous fait remarquer que nous avons omis d’inviter les quelques personnes que nous avions interrogées durant notre « micro recherche ». Cet oubli doit être pris en compte pour ne pas se renouveler, nous devons faire attention durant les enquêtes de prendre les coordonnées des personnes interrogées et de les inviter à toutes les restitutions pour les intégrer au maximum dans notre recherche.

Pour revenir à la communication de notre projet, certains prennent la parole pour expliquer que trop d’activités sont développées sous le « label » Université Populaire. Il faut donc clarifier nos actions pour communiquer de façon plus efficace. L’université populaire regroupe différents projets, le laboratoire social que nous formons, le collectif jardin, l’école de la république et le Réseau d’échange réciproque de savoir. Lorsque nous parlons de notre action il faut donc utiliser le terme de Université Populaire Laboratoire Social.

Nous lançons donc à partir de maintenant deux ou trois groupes de recherche (en fonction de l’intérêt manifesté par les personnes) dont les thèmes sont les suivants :

    1. un sujet sur l’inter génération et le lien social
    2. un sujet portant sur école et exclusion
    3. un sujet sur le rôle social du commerce de proximité
 
 
 
 

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Tous les sujets sont à traiter sous l’angle du lien social. Il y aura donc trois groupes d’animateurs issus de notre groupe pour traiter chacun l’un des sujets énoncés.
Chaque groupe sera un laboratoire social avec comme objectif de traiter l’un des sujets à l’aide des méthodes que nous avons apprises depuis le début de l’année dans l’université populaire.
Les thèmes avancés devront être au fur et à mesure précisé et mis sous la forme d’une question, quelque chose qui pose problème.

Les animateurs qui vont animer les groupes doivent prendre de l’avance en se renseignant sur le thème, en faisant des recherches et en réfléchissant aux différentes pistes possibles en fonction de chacun des thèmes.

Nous devons commencer à réfléchir à des techniques d’approche vers les différents niveaux de personnes, comme nous les avons définis précédemment. Miguel propose donc une première phase de rencontres avec les habitants pour leur parler des sujets que nous avons choisis, les informer et si possible trouver de nouvelles personnes désireuses de s’investir dans l’un des groupes.

Le « Moulin du monde » qui est le nouveau lieu ouvert par la MJC sur le haut de la ville peut être un relais pour rencontrer des habitants et leur parler de notre démarche. Il nous faut prendre le temps d’expliquer aux personnes que l’on va rencontrer notre démarche, que nous lançons les sujets précédemment énoncés et que nous désirons récupérer leurs savoirs car tous les gens ont des savoirs.
Nous désirons que les gens nous parlent de ce qu’ils vivent pour que nous puissions récupérer du savoir.

Notre objectif est de construire un système de lien social dans lequel nous allons tenter de résoudre les problèmes du quotidien sans pour autant avoir pour ambition première de changer les gens mais davantage de changer les rapports entre les personnes.

Les personnes du collectif que nous formons devront donc se répartir dans les trois groupes de recherche.

Miguel nous donne ensuite des exemples par rapport aux trois thèmes en nous expliquant dans quel sens ils peuvent être traités.

Par rapport au thème sur l’inter génération, il faut peut-être étudié le lien avec la technique. En effet, dans une société où tout ce qui est vieux en technologie est bon à jeter, comment respecter les personnes âgées dans notre société.
D’autre part, le passage d’une société de la promesse à une société de la menace est une rupture importante à prendre en considération en fonction des différentes générations.

En ce qui concerne le sujet sur l’éducation, à l’école on met de plus en plus en avant une pédagogie des compétences. On éduque plus les enfants dans un système généraliste où ils trouveront les sujets qu’ils affectionnent au fur et à mesure de leur scolarité, l’objectif dorénavant  est de donner aux enfants des compétences dans le but de les rendre employable.
Il faut aussi réfléchir avec ce sujet à un autre axe, celui de l’intolérance (médicaments pour les enfants turbulents, signale à 12 ans des enfants comme des futurs délinquants..) La classe n’est plus pensée comme un ensemble organique composé de violents, de dociles, de dissipés…or c’est bien dans la classe que les enfants apprennent à vivre dans la société de demain. L’école opère donc un lissage, l’école crée elle-même une certaine forme de déscolarisation.

Pour la prochaine réunion, il est demandé aux animateurs de :

    1. Se documenter sur les trois sujets évoqués
    2. Aller au « Moulin du monde » pour commencer à rencontrer des gens et leur poser des questions par rapport à nos sujets
    3. Réfléchir à des hypothèses fondamentales sur chacun des sujets
 
 
 
 

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Les horaires d’ouverture du « Moulin du monde » sont pour le moment :
Le mercredi de 9h à 12h30 et de 14h à 18h
Le jeudi et le vendredi de 14h à 18h

Le prochain rendez-vous est fixé au Vendredi 6 Novembre à 20h30 à la MJC de Ris-Orangis.

 

 

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Chronique de l’université populaire n°10


Réunion de l’université populaire laboratoire social le 16 octobre 2009

Nous étions en comité restreint pour ce rendez-vous des animateurs de l’université populaire. Après un début difficile dû à une mauvaise information sur le lieu de la réunion (les réunions de l’UPLS se tiendront toujours à la MJC sauf information contraire de ma part) nous avons commencé le rendez-vous avec Miguel et les animateurs.

Nous avons tout d’abord fait un point sur la soirée du 25 septembre pour que chacun puisse s’exprimer par rapport à la soirée. Le peu de monde présent dans la salle montre le souci que nous avons par rapport à la communication de notre activité. Nous n’avons pour le moment aucune action concrète à expliquer à nos interlocuteurs, il est donc difficile de persuader les gens de l’intérêt de participer à notre démarche alors même que nous commençons tout juste à nous familiariser avec le concept d’UPLS.

Michèle nous fait remarquer que nous avons omis d’inviter les quelques personnes que nous avions interrogées durant notre « micro recherche ». Cet oubli doit être pris en compte pour ne pas se renouveler, nous devons faire attention durant les enquêtes de prendre les coordonnées des personnes interrogées et de les inviter à toutes les restitutions pour les intégrer au maximum dans notre recherche.

Pour revenir à la communication de notre projet, certains prennent la parole pour expliquer que trop d’activités sont développées sous le « label » Université Populaire. Il faut donc clarifier nos actions pour communiquer de façon plus efficace. L’université populaire regroupe différents projets, le laboratoire social que nous formons, le collectif jardin, l’école de la république et le Réseau d’échange réciproque de savoir. Lorsque nous parlons de notre action il faut donc utiliser le terme de Université Populaire Laboratoire Social.

Nous lançons donc à partir de maintenant deux ou trois groupes de recherche (en fonction de l’intérêt manifesté par les personnes) dont les thèmes sont les suivants :

    1. un sujet sur l’inter génération et le lien social
    2. un sujet portant sur école et exclusion
    3. un sujet sur le rôle social du commerce de proximité
 
 
 
 

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Tous les sujets sont à traiter sous l’angle du lien social. Il y aura donc trois groupes d’animateurs issus de notre groupe pour traiter chacun l’un des sujets énoncés.
Chaque groupe sera un laboratoire social avec comme objectif de traiter l’un des sujets à l’aide des méthodes que nous avons apprises depuis le début de l’année dans l’université populaire.
Les thèmes avancés devront être au fur et à mesure précisé et mis sous la forme d’une question, quelque chose qui pose problème.

Les animateurs qui vont animer les groupes doivent prendre de l’avance en se renseignant sur le thème, en faisant des recherches et en réfléchissant aux différentes pistes possibles en fonction de chacun des thèmes.

Nous devons commencer à réfléchir à des techniques d’approche vers les différents niveaux de personnes, comme nous les avons définis précédemment. Miguel propose donc une première phase de rencontres avec les habitants pour leur parler des sujets que nous avons choisis, les informer et si possible trouver de nouvelles personnes désireuses de s’investir dans l’un des groupes.

Le « Moulin du monde » qui est le nouveau lieu ouvert par la MJC sur le haut de la ville peut être un relais pour rencontrer des habitants et leur parler de notre démarche. Il nous faut prendre le temps d’expliquer aux personnes que l’on va rencontrer notre démarche, que nous lançons les sujets précédemment énoncés et que nous désirons récupérer leurs savoirs car tous les gens ont des savoirs.
Nous désirons que les gens nous parlent de ce qu’ils vivent pour que nous puissions récupérer du savoir.

Notre objectif est de construire un système de lien social dans lequel nous allons tenter de résoudre les problèmes du quotidien sans pour autant avoir pour ambition première de changer les gens mais davantage de changer les rapports entre les personnes.

Les personnes du collectif que nous formons devront donc se répartir dans les trois groupes de recherche.

Miguel nous donne ensuite des exemples par rapport aux trois thèmes en nous expliquant dans quel sens ils peuvent être traités.

Par rapport au thème sur l’inter génération, il faut peut-être étudié le lien avec la technique. En effet, dans une société où tout ce qui est vieux en technologie est bon à jeter, comment respecter les personnes âgées dans notre société.
D’autre part, le passage d’une société de la promesse à une société de la menace est une rupture importante à prendre en considération en fonction des différentes générations.

En ce qui concerne le sujet sur l’éducation, à l’école on met de plus en plus en avant une pédagogie des compétences. On éduque plus les enfants dans un système généraliste où ils trouveront les sujets qu’ils affectionnent au fur et à mesure de leur scolarité, l’objectif dorénavant  est de donner aux enfants des compétences dans le but de les rendre employable.
Il faut aussi réfléchir avec ce sujet à un autre axe, celui de l’intolérance (médicaments pour les enfants turbulents, signale à 12 ans des enfants comme des futurs délinquants..) La classe n’est plus pensée comme un ensemble organique composé de violents, de dociles, de dissipés…or c’est bien dans la classe que les enfants apprennent à vivre dans la société de demain. L’école opère donc un lissage, l’école crée elle-même une certaine forme de déscolarisation.

Pour la prochaine réunion, il est demandé aux animateurs de :

    1. Se documenter sur les trois sujets évoqués
    2. Aller au « Moulin du monde » pour commencer à rencontrer des gens et leur poser des questions par rapport à nos sujets
    3. Réfléchir à des hypothèses fondamentales sur chacun des sujets
 
 
 
 

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Les horaires d’ouverture du « Moulin du monde » sont pour le moment :
Le mercredi de 9h à 12h30 et de 14h à 18h
Le jeudi et le vendredi de 14h à 18h

Le prochain rendez-vous est fixé au Vendredi 6 Novembre à 20h30 à la MJC de Ris-Orangis.

 

 

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Chronique de l’université populaire n°11 :


Réunion UPLS du 6 Novembre 2009 à 20h30

Les animateurs se sont réunis autour de Miguel lors de cette réunion pour préparer les premiers rendez-vous des différents groupes de recherche.

Il est important dans chacun des groupes de constituer un noyau de personnes qui va s’emparer de la recherche et qui va commencer les enquêtes auprès des habitants.
La première étape est donc de réunir quelques personnes, leur expliquer la particularité de la démarche que nous adoptons et de les inciter à rencontrer des gens pour leur parler du sujet choisi.

Les groupes constitués vont devoir aller à la récolte d’information. Il est primordial d’utiliser le local de la MJC au Moulin à Vent pour rencontrer les habitants du quartier et pour discuter avec eux des thèmes des groupes. Ce nouveau lieu ouvert par la MJC est très intéressant, c’est un lieu où les gens rentrent sans savoir pourquoi, sans savoir ce qu’ils vont y faire. Ce lieu crée, de fait, du dysfonctionnement.
C’est un lieu inutile dans un monde utilitariste à outrance. Ce local va devenir au fur et à mesure le lieu de l’Université Populaire Laboratoire Social.
Les personnes des groupes de recherche doivent passer le plus fréquemment possible au Moulin, s’imprégner de l’atmosphère et y faire des enquêtes avec les gens qui fréquentent le lieu. Il faut faire de ce lieu un attracteur.

Dans chacun des groupes de recherche, l’objectif est de réaliser quelques interviews pour pouvoir identifier de manière plus précise le thème du groupe. Il est important de répertorier au fur et à mesure les coordonnées des personnes interrogées et de les centraliser pour pouvoir les convier par la suite aux restitutions publiques qui seront organisées.

Dans un souci de simplicité et de compréhension lors des interviews, il faut se présenter aux personnes comme étant un groupe de voisins auto organisé qui décide de réfléchir autour d’un sujet. Ce groupe est auto mandaté et parle en son nom propre.
Lors des interviews, il faut prendre un temps avec les personnes interrogées pour leur expliquer notre travail. Nous ne promettons rien, nous n’avons pas de recette miracle pour régler les problèmes mais nous pensons que collectivement nous pouvons réfléchir sur certains problèmes et dégager ensemble des pistes possibles de résolution.
Notre idée est qu’il faut sortir de la plainte pour aller vers la compréhension.  C’est en essayant de comprendre les problèmes que nous pourrons tenter de changer les choses. 

Nous adoptons dans notre travail une démarche de recherche, le chercheur en situation de travail doit se coltiner la réalité telle qu’elle est. Lors de nos enquêtes, nous ne devons pas être choqués par les propos tenus par les habitants, nous devons recueillir leur parole de la façon la plus précise possible car c’est dans leurs mots que nous découvrirons leur savoir.
Il est donc préférable si possible d’enregistrer la totalité des interviews pour coller au plus près à la réalité observée.

Notre objectif dans cette première phase du travail n’est pas de recueillir les opinions des personnes mais leur expérience sur les sujets. Il faut chercher systématiquement l’expérience qui fait parler la personne. « Pourquoi dites vous ça ? Quelle est votre expérience par rapport à ce problème ? »
C’est à partir de ces expériences que nous pourrons créer une expertise populaire.

La prochaine réunion avec Miguel et les animateurs est fixée au Lundi 30 Novembre à 19h au local du Moulin à Vent.

Pour la prochaine rencontre il est donc demandé aux animateurs :

    1. de réunir chacun des groupes
    2. d’amener les personnes du groupe à aller au local du Moulin à Vent
    3. de commencer les interviews chez les habitants et au « Moulin du Monde »
 
 
 
 

Les dates des premières réunions de chacun des groupes sont les suivantes :

    • Groupe commerce de proximité avec Jean-Pierre : Lundi 16 Novembre à 19h à la MJC 10 Place Jacques Brel
    • Groupe école et exclusion avec Carole : Mardi 24 Novembre à 19h au Moulin du Monde place du Moulin à Vent
    • Groupe intergénération avec Max : Mercredi 25 Novembre à 19h au Moulin du Monde place du Moulin à Vent.
 
 
 
 

 

 

 

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Chronique de l’université populaire n°12 


Réunion des animateurs de l’UPLS le 30 Novembre 2009 à 19h

Nous nous sommes réunis en groupe élargit pour cette réunion avec Miguel et les animateurs. Nous avons décidé d’organiser une réunion des animateurs de groupe une fois par mois pour que chacun puisse expliquer l’avancé du travail dans son groupe respectif et permettre à Miguel d’orienter ou de recadrer le travail.
Tous les groupes de recherche se sont réunis une fois depuis la dernière réunion donc Max propose un tour de table pour que les participants et les animateurs puissent s’exprimer sur ce début de travail.
Cette réunion avec Miguel est toujours ouverte mais elle s’oriente en priorité vers les animateurs. L’objectif étant de former au fur et à mesure des animateurs supplémentaires pour lancer à terme d’autres groupes de recherche.

Les trois groupes crées sont donc :

    1. Un groupe sur la disparition du commerce de proximité 
    2. Un groupe sur l’école et l’exclusion
    3. Un groupe sur l’inter génération
 
 
 
 

Anna, groupe inter génération : Nous sommes 7 dans notre groupe. Nous avons évoqué le manque de solidarité entre les générations et l’importance de la communication entre les uns et les autres. Nous avons décidé de partir faire des interviews rapidement. Nous voulons aussi interroger des jeunes sur le sujet pour enrichir notre réflexion. En effet, nous ne parlons de l’intergénérationnel que entre adultes ou retraités, ça ne peut pas fonctionner, nous ne traitons le problème qu’à moitié en interrogeant qu’une partie des gens. Pour la prochaine réunion du groupe il nous a été demandé d’interroger des habitants en fonction de la nomenclature définie (type 1,2 et 3). La question de notre groupe est la suivante : Nous constatons une rupture dans le dialogue, la solidarité et la transmission entre les générations donc nous voulons chercher comment renouer ce lien.

A la lumière de ce témoignage, Miguel explique qu’il est très important, avant de partir en interviews, de construire un guide d’entretien pour avoir un questionnement précis à formuler auprès des habitants et pour éviter de rester dans l’opinion.
Il va, de plus, donner des axes de travail pour chacun des thèmes pour certifier que notre démarche relève bien d’une recherche.
Dans la recherche, si nous savons ce que nous allons chercher nous n’allons pas vraiment le chercher. Nous restons dans l’idéologie. Nous n’allons chercher que des confirmations de notre idée. La conclusion ordonne l’expérience. Cependant si nous ne savons pas du tout ce que l’on cherche, on ne peut pas le chercher non plus.
Il faut cibler le champ de recherche ainsi que les hypothèses de départ mais ne pas savoir par avance les conclusions que nous cherchons à obtenir.
Le champ de recherche n’est pas un carcan fixe à ne pas dépasser mais cela nous donne un corpus minimal pour faire notre recherche quitte à contester plus tard le champ lui-même.

Sandana, groupe inter génération et école : Je constate moins de communication entre les générations, avec tous les moyens de communication possibles, on ne trouve pas le temps de se préoccuper des autres générations. Je suis aussi dans le groupe sur l’école et l’exclusion, et je suis content d’être bien entouré. C’est important de se sentir bien dans une action qui fonctionne.

Claire, groupe inter génération : J’ai des contacts avec des jeunes de la Tour de Babel, qui est un projet de la MJC, et je comptais leur poser des questions sur le sujet. C’est un projet mêlant du théâtre et du cinéma, en partant d’un groupe de parole où une problématique sociale est dégagée le groupe va jusqu’à une production artistique. Ce groupe a pour objectif le dialogue entre un groupe de jeunes et un groupe de retraités. Le principe est de mettre des personnes ensembles, de les faire réfléchir et lorsqu’un sujet qui les intéresse est trouvé ils font une création artistique.

Nathalie, groupe inter génération : Je suis intéressée par tout ce qui concerne les métiers auprès des personnes âgées et la transmission de l’expérience de vie. Quel projet commun et comment trouver un terrain commun entre les générations ? Il y avait une force de vie qui se transmettait réciproquement lorsque les générations étaient en relation les une avec les autres.

Lors de la première réunion du groupe de recherche sur l’inter génération, Max a demandé aux participants ce qui les affecte par rapport à ce thème, il résume les différentes positions de chacun :

    1. Comment passer mon expérience associative à des plus jeunes ?
    2. Une réflexion autour des métiers d’accompagnement des personnes âgées.
    3. Créer des lieus et des temps pour initier un dialogue entre les générations
    4. La transmission de la force de vie par l’intermédiaire de ces échanges
    5. Problème de solidarité entre les générations et une réflexion par rapport aux outils de communication entre les générations
 
 
 
 

La question soulevée dans le groupe est donc :
Comment lutter contre la rupture de lien, de transmission et de solidarité entre les jeunes et les vieux ?
Il est nécessaire pour chacun des groupes d’établir un petit guide d’entretien avant d’aller à la rencontre des habitants.

Miguel revient ensuite sur une anecdote racontée par l’un des participants, il prend comme exemple cette anecdote pour nous amener à réfléchir à la façon dont nous devons traiter ces anecdotes. Il nous faut sans cesse nous demander : « par rapport à notre recherche, qu’est ce que me dit cette personne ? » Nous devons chercher en quoi cette anecdote se relie à notre sujet, il faut aller jusqu’à la structure du propos pour saisir de quoi la personne nous parle vraiment.

Le travail de recherche commence lorsque la chair de l’anecdote laisse place à la structure de se révéler. La matière première pour les animateurs c’est le récit des personnes, les gens nous racontent des choses mais nous devons faire attention car si nous ne canalisons pas le vécu des personnes pour le rendre exploitable en tant qu’expérience nous risquons de ne pas avancer dans la recherche.
Il faut laisser les gens s’exprimer en ayant toujours dans la tête le sujet et le guide d’entretien auquel il faut se référer.
Dans le guide d’entretien qu’il faut préparer, nous n’allons sélectionner que deux ou trois éléments à travailler, certains vont donc être mis de côté. Au bout de six mois de travail, il se peut que nous constations que certains éléments reviennent dans les paroles des habitants mais que nous ne les avions pas prévu dans notre guide d’entretien. Nous avons alors tout intérêt à réajuster la grille de recherche pour prendre en considération « ce bruit » que nous n’avions pas décodé et qui se trouve être persistant.

Les animateurs des groupes doivent se construire autour d’eux un « environnement de contact » constitué par des personnes ressources. Par exemple, Madame Dupont qui connaît tous les gens de cet immeuble va nous permettre de rencontrer tout le monde. Ces personnes sont appelées des personnes « vecteur », elles nous permettent d’aller vers d’autres personnes sans pour autant participer activement à la recherche (ni animateur, ni dans le groupe de recherche). Ces personnes, nous pouvons les repérer en flânant, en observant la circulation des personnes. Il est très important de trouver ces personnes « vecteur », ces personnes qui font du lien.

Sans transition, Miguel va ensuite analyser le groupe sur l’intergénération pour donner aux animateurs des pistes de recherche.
Dans ce groupe de recherche, il est question de l’apartheid générationnel dans notre société, celle-ci même qui a cassé ce rapport organique qui existait entre les générations. La société part de l’idée que « tout ce qui ne sert à rien, ne sert à rien » (les vieux, les chômeurs…). Les vieux ne servent plus à rien car les générations de plus de 40 ans symbolisent l’échec d’un modèle de société qui s’est totalement effondré. L’avenir qui était pour eux une promesse est devenu une menace. Les générations antérieures ont échoué. Cette idée casse le lien anthropologique antériorité/autorité, auparavant l’accumulation de savoirs des « vieux » leur donnait autorité. Les anciennes générations pensaient maîtriser le monde et vivaient dans un optimisme de la modernité qui s’est transformé de nos jours en pessimisme de la post-modernité. « Les vieux ont tout loupé, ils n’ont rien compris. Ils nous ont laissé ce monde difficile. ».

Il existe deux types de société, les sociétés divines et les sociétés de l’homme.
La société divine est la société du sacré, le moteur des actes de l’homme provient de l’extérieur. L’homme est une marionnette d’une autre volonté, de la volonté divine.
La société de l’homme correspond à une société dans laquelle l’homme va se sentir le sujet d’un monde objet. Le moteur c’est l’homme lui-même, le libre arbitre.

De nos jours, l’époque de l’homme est finie, il y a un épuisement de la promesse de l’homme. On va dire « il y a l’économie, l’écologie… qui me gouverne ». L’homme n’est plus le moteur de ses actions. Dans l’UPLS, notre objectif est de renouer avec cette puissance d’agir. Mais qui est le sujet dans ce nouveau modèle de société ? Qui gouverne ? Qui agit ?
C’est un hybride entre le vivant et la technique, dans une société où la technique devient un foyer de production de normes. La technique produit des normes sociales. Tout ce que la technique rend possible devient obligatoire à court terme. Le travail technique en avançant produit à lui seul de la norme sans pour autant que ce soit une volonté des hommes.
Par exemple, le téléphone portable opère un changement social entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’espace public et l’espace privé. Cela crée une confusion qui estompe les limites entre ces deux espaces. L’avancée de la technique rend possible la création du téléphone portable, mais il n’y a pas de réflexion faite autour de la disparition du lien social et d’une certaine forme de communication que cette avancée technique engage. Le rôle de la technique fait que pour l’homme d’aujourd’hui tout ce qui est nouveau est bon, cette idée produit un monde sans histoire et rompt au fur et à mesure le lien entre les générations. Chaque nouveauté efface l’antérieur dans une apologie de ce qui vient de sortir. Tout ce qui existait hier n’est que caduc.

Le « tout est possible » du monde technique est un « tout est possible » décontextualisé, ce que je trouve ce n’est pas ce que je cherchais. Avec la technique on sait ce qu’on gagne mais on ignore ce qu’on perd.
Si nous parlons de l’intergénération, nous ne pouvons comprendre la rupture du lien que si nous comprenons que dans notre monde on considère que tout ce qui est vieux est périmé.
Nous devons partir de l’idée que  les vieux en tant que vieux n’ont rien à nous apprendre tant qu’on ne les envisage que comme cela. Dans l’intergénération, dans cette société de séparation et d’apartheid, il faut trouver des socles communs dans lesquels on ne parle plus de jeunes ou de vieux. Notre angle d’attaque ne doit pas être « comment mettre des jeunes et des vieux ensemble ? » car cela signifie que nous mettons des catégories avec des étiquettes ensemble mais qui seront dans tous les cas séparées. Il y a une différence très importante entre le fait d’être ensemble et le fait de trouver un socle commun. Notre objectif est de trouver et d’expérimenter des lieux créant des socles communs.

Quand nous allons  interroger les personnes, il faut leur demander comment elles vivent cet apartheid, comment cette cassure du lien agit sur leur quotidien. Il faut écouter ce que les gens disent des autres générations, leur demander à quel moment dans leur expérience il n’était ni des vieux ni des jeunes, à quel moment l’age ne comptait pas.
Cette proposition d’hypothèse de départ pour le groupe de recherche permet de définir un cadre qui pourra, au fur et à mesure du travail, être à nouveau réfléchit.
 
Après une petite pause pour dîner, Miguel revient sur le concept de l’étiquette et de la normalisation sociale.

L’étiquette rend transparent l’autre. La normalisation sociale correspond à l’extraction d’un élément qui sera visible (un vieux, un jeune, un noir, un arabe…) par les autres mais qui rend l’individu invisible car il estompe la personne en ne désignant que l’étiquette. Lorsqu’on dit « Monsieur X est noir », l’élément « noir » en devenant l’étiquette métonymique met le tout entre parenthèses. Je vois uniquement l’étiquette ce qui éclipse la globalité de la personne. On va jusqu’à produire des savoirs sur ces étiquetages « les noirs sont comme ça… », cette étiquette prend la place de la complexité multiple de la personne qui est derrière. On s’adresse alors à une personne par l’élément qu’on a étiqueté en elle et non à l’individu complexe qu’il y a derrière.
La norme sociale définit des étiquetages qui se trouvent plus ou moins proches de la norme, être normal signifie donc être transparent, ce qui est normal c’est tout ce qui ne se voit pas.
Les savoirs liés à une étiquette sont toujours des savoirs qui articulent des éléments statistiques vérifiés et du pur imaginaire.
Chercher le socle commun entre les personnes est à ce titre totalement différent de mettre ensemble des personnes en fonction de leur étiquette.

Par rapport au groupe sur l’école et l’exclusion, il faut dégager une des problématiques qu’il nous parait intéressante de traiter sur le sujet de l’école. Miguel développe alors le formatage néo libéral de l’éducation dans la vision de la pédagogie des compétences.
Dans nos sociétés néo libérales, on éduque plus dans le sens de permettre aux gens de s’incorporer dans une société organique, ce qu’on a en tête de nos jours c’est : « mais à quoi peut servir ce jeune la ».
Lorsqu’on donne des compétences aux individus on fait comme si il n’avait pas de racines ni d’affinités électives, on traite un homme flexible et mobile.

La pédagogie des compétences a comme base, non pas le fait d’apprendre quelque chose par la transmission, mais d’apprendre à apprendre. On n’apprend pas par désir mais on forme une génération qui doit apprendre pour apprendre. Les élèves doivent apprendre sans réfléchir et sans développer leurs affinités électives.
La pédagogie des compétences connaît des débuts confus mais aujourd’hui elle correspond à la production d’un homme sans qualités. Il faut toute sa vie apprendre à s’adapter aux exigences d’une société.

A travers la pédagogie des compétences, l’école est éclatée, ce n’est plus qu’un moment dans la vie d’une personne où on doit apprendre à apprendre à être employable.

Nous sommes dans une société de l’intolérance totale. S’occuper de l’école c’est réfléchir sur toute la société, ce qui fait problème à l’école est un symptôme de la société.
L’école était auparavant organisée comme une structure organique, le 1er de la classe, le timide, le violent, l’agité, le calme, tout cela constituait un ensemble organique. L’enfant violent était utile car à son contact l’enfant timide faisait un apprentissage qui lui servirait plus tard dans sa vie adulte. Cet ensemble organique était un ensemble typique de transmission pédagogique. Transmettre c’est permettre que la société perdure à elle-même.
Or, la classe est devenue une surface lisse dans laquelle on acquiert des compétences. On ne peut pas s’occuper de l’école sans voir que ce lieu comme il existait il y a trente ans n’existe plus.

L’axe à avoir, dans le groupe sur l’éducation, est donc le suivant : par rapport à la violence faite contre les enfants, comment les enfants et les familles vivent cette violence ? En effet dans certaines écoles on n’est plus dans l’enseignement mais dans la discipline. La victoire des méthodes de pédagogie des compétences a supprimé la transmission à l’école et a crée davantage de violence.
Comment l’exclusion, l’intégration, les problèmes de scolarisation s’articulent et deviennent lisibles à partir de la question des compétences. Les parents sont les premiers alliés de cette pédagogie des compétences. Si le professeur est dans la transmission il met en danger les enfants car ils ne trouveront pas de travail. L’école des compétences avance, les professeurs sont maintenant formés à ça.
L’hypothèse de base de la recherche est à trouver autour de la tendance à la formation de l’homme sans compétences, il faut chercher comment la société a démoli les murs de l’école qui, bien que mal, donnait un lieu privilégié à l’enfant. Ce qu’on croit être le problème de l’école est en fait le problème de la société.
Face à l’école des compétences il faut une résistance en groupe pour contrer ce système (parents/élèves/professeurs). Pour que les affinités électives soient à nouveau prises en compte il faut organiser une résistance face au modèle proposé. Quand un enfant trouve une affinité élective, si on lui permet de la développer, de se découvrir, d’éduquer l’enfant, il aura un rapport enraciné avec le monde. C’est uniquement par la singularité de l’enfant qu’on peut arriver à l’universel.

Miguel nous a donc donné des pistes de travail pour les deux « nouveaux » groupes de recherche (école et intergénération). Le groupe du commerce de proximité quant à lui reprend les thèmes qui avaient été développés pendant la précédente phase de travail.

Les prochaines réunions des différents groupes sont les suivantes :

    1. groupe sur école et exclusion : Lundi 7 décembre à 19h à la MJC
    2. groupe sur le commerce de proximité : Lundi 14 décembre à 19h à la MJC
    3. groupe sur l’intergénération : Vendredi 18 décembre à 19h à la MJC
 
 
 
 

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

 

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Chronique de L’UPLS n°13 :

Rendez-vous du Lundi 18 janvier 2010

Ce premier rendez-vous de l’année 2010 a plusieurs objectifs, en effet il est temps pour chacun des groupes d’entrer dans le vif du sujet en commençant à travailler sur les questionnaires. Nous verrons donc pendant la réunion les façons de mener les interviews et nous aborderons ensuite la manière de traiter les informations recueillies.
Nous devons donner un coup d’accélérateur à notre travail car il nous fout multiplier les entretiens pour avoir le maximum de matériel à utiliser dans notre recherche. Pour recueillir davantage de matière, Miguel propose aussi d’organiser des entretiens avec des groupes de voisins et non pas de rester seulement en entretien individuel. Les informations que nous allons recueillir auprès des personnes vont nous servir dans notre réflexion pour commencer à imaginer des propositions d’action sur les différents thèmes.

Miguel propose de revenir, avec les différents groupes, sur ce que l’on cherche vraiment et comment nous allons pouvoir recueillir les savoirs assujettis des personnes. Nous sommes dans un moment délicat car chaque groupe doit se lancer dans la démarche et se dynamiser. Certaines personnes de l’assemblée parlent de leurs difficultés à entrer en contact avec des personnes de niveau 3, il faut du temps pour trouver les gens.

Claire, du groupe sur l’intergénération, nous fait part d’une interview qu’elle a réalisé avec deux jeunes en service civil à la MJC. Kevin et Johanna, qui ont tous les deux 20 ans répondent aux questions sur le thème de l’intergénération. Kevin dit qu’il a de bons contacts avec les personnes âgées mais qu’il ne sait pas aller directement vers elles. Ses grands-parents habitent aux Comores et il fait rarement la démarche seul de les appeler. Aux Comores, il est de coutume que le jeune se déplace pour rendre visite ou pour saluer les personnes plus âgées alors qu’un France ça ne se passe pas comme ça. Claire a le sentiment qu’au début de l’entretien il parle vraiment de lui-même mais qu’au fur et à mesure ce sont les enquêteurs qui mobilisent trop la parole. Elle a eu le sentiment d’un discours un peu trop poli sur les personnes âgées, mais à la fin de l’entretien elle sent que le discours du jeune devient de plus en plus libre et sincère. « Ici, on vit souvent de façon isolé, les enfants n’ont pas le temps de s’occuper de leurs grands-parents alors qu’aux Comores je trouve qu’il y a davantage de solidarité. J’ai besoin d’une personne pour faire le lien avec les personnes âgées. »
Johanna : « Moi au contraire, je fais le pas. J’ai deux personnes âgées qui vivent sur le même palier que moi et chaque matin je passe leur dire bonjour pour voir comment elles vont. Pour Noël j’ai même invité l’une d’entre-elles à dîner avec ma famille. Je n’ai jamais de problèmes avec les personnes âgées, sauf avec ma gardienne. »
Kevin dit avoir des contacts avec les personnes âgées par l’intermédiaire des enfants donc ils s’occupent dans un club de sport, ces relations l’intéressent beaucoup.

Miguel explique, à la lumière de cet entretien, l’importance de chercher les plaintes des gens « en quoi les vieux te font chier ? ».Il y a un grand mépris de la part des vieux envers les jeunes, on est dans une sorte de plainte en miroir : les vieux se plaignent car les jeunes sont trop bruyants, irrespectueux… et les jeunes se plaignent car les vieux ne les comprennent pas, sont trop strictes… L’orientation à prendre c’est la mixité pour cette barrière entre les gens en fonction de l’âge soit abattue. Cet apartheid entre les générations est vécu comme un pâtir.  Si on veut chercher par quoi sont affectées les gens, il faut les interroger en terme d’apartheid « en quoi l’adulte est irrespectueux ?en quoi l’adulte est chiant ? ». Dans les entretiens il faut recueillir des situations de conflit. Il faut questionner les images les plus chocs, les plus dures, il faut chercher les images qui, dans la société, ordonnent nos rapports. Dans notre société, vieillir est horrible, il n’y a aucune puissance dans la vieillesse, la seule puissance est dans la jeunesse.
Il faut chercher comment les gens vivent les déterminations d’apartheid qui ordonnent notre société.

Les savoirs assujettis des gens : les gens sont affectées par le monde mais ils ne capitalisent pas cela comme quelque chose qui les affecte mais comme quelque chose qu’ils pâtissent. Le fait de pâtir signifie que la personne est passive, qu’elle n’est pas dans l’action mais qu’elle subit les choses autour d’elle.
Notre interrogation doit donc aller vers ce qui affecte la personne, à un jeune de 20 ans il faut par exemple lui demander « Est-ce que tu te sens puissant à 20 ans ? Comment tu es affecté par ces choses là ? »

Miguel nous fait alors un schéma par rapport à la surface d’affectation d’un individu. Par exemple un jeune de 20 ans est affecté par les choses à 80% en tant que jeune et il est affecté par les choses à 20% de façon qui n’a pas à voir avec sa jeunesse (le violon, sa culture…). Les gens ne sont jamais affectés à 100% par rapport à leur âge. Une société qui ne voit que par la jeunesse oblige les jeunes à renier toute une partie de ce qui les affecte. Notre société n’accepte qu’une seule façon d’être affecté.
La technique ordonne notre rapport au monde, dans la technique tout ce qui est vieux est périmé. La technique n’a pas une histoire dans laquelle elle est enracinée.

Dans le groupe sur l’intergénération, il faut chercher ce qui se passe avec cette réalité qui fait que d’un point de vue social les jeunes peuvent être à 80% dans la nouveauté et les vieux à 80% dans l’histoire. Si tout le monde, vieux comme jeune, est ébahi par la nouveauté, cette société est en danger, elle a besoin d’un contrepoids. Il faut analyser comment les jeunes vivent ce manque de personnes matures à leur côté. On vieillit en pure perte et c’est dangereux.
Il faut chercher ce qui cloche entre les générations et chercher ce qui cloche avec les grandes images de la société.
Claire repère dans son entretien que l’un des jeunes explique que les vieux et les jeunes ne se rencontrent pas, ils n’ont pas les mêmes horaires ni les mêmes chemins de circulation dans la ville.

La détermination de notre comportement par l’âge est une détermination disciplinaire. Cette détermination oblige les jeunes et les vieux à se comporter comme des archétypes avec une vraie discipline. Comment sortir de cet archétype pour aller vers la multiplicité ? Chacun a des affinités électives qui ne correspondent pas à la détermination de l’âge or ces lieux non disciplinaires où l’on se rejoint par affinité élective disparaissent de plus en plus.
Il faut chercher chez les gens la multiplicité des tendances, les affinités qui ne sont pas disciplinées par l’âge.

Max rebondit alors sur la difficulté des personnes qui vont faire les interviews, il est important pour elles de ne pas oublier ce qui les anime, le pourquoi de leur présence lorsqu’elles vont interroger les habitants.

Dans chacun des groupes, il faut maîtriser un minimum le sujet car si on ne sait pas quoi chercher ou si on ne sait que trop ce que l’on cherche, dans les deux cas on ne pourra rien trouver.
Lorsqu’on part en interview, il est important d’avoir en tête une certaine trajectoire de réflexion, une trame pour identifier ce qui, dans le propos de la personne, va nous intéresser.
Les jeunes répondent à nos questions par rapport à des idéaux, ils réfléchissent par rapport à la case à laquelle ils appartiennent. Ce que nous cherchons à faire c’est casser cette case pour découvrir les affinités électives qui les animent au-delà de leur âge.
Nous devons comprendre les mécanismes par lesquels les gens sont piégés dans des cases disciplinaires, en l’occurrence la case de l’âge.
Ce qui affecte l’enquêteur est aussi fondamental par rapport à celui que l’on va interroger, dire ce qui nous touche peut aussi aider à libérer la parole de la personne. Nos points de vue et nos affectations sont aussi du matériel à interroger.

Il faut chercher comment les gens sont coincés, emmerdés, piégés par cette question de l’âge.
Max rebondit là-dessus en expliquant que selon lui, aujourd’hui on est vieux de plus en plus vite dans les représentations des jeunes. Il faut chercher quelles sont les images disciplinaires dans la tête des jeunes et des vieux, il lui semble qu’il existe de plus en plus d’images disciplinaires en fonction de l’âge, de la couleur, du quartier où l’on réside…

De nos jours, on constate que la crise sociale fait que la période que l’on appelle adolescence se prolonge indéfiniment car cette crise n’offre pas d’autre rive, il faut que les gens soient flexibles. L’adolescence, caractérisée par le passage d’une rive à l’autre, d’un état à un autre, se prolonge puisque la société n’offre plus la possibilité d’atteindre cette autre rive.
Les gens se sentent jeunes jusqu’à 40 ans car ils ne se sentent plus territorialisés, ce « tout est possible » de la flexibilité fait que les gens stagnent dans une période adolescente n’ayant plus cette « deuxième rive » vers laquelle aller.

La flexibilité a des côtés positifs, par exemple le fait de ne pas être coincé à une place, mais la flexibilité totale est autophage.
Il y a tout un champ de possible que la destruction de l’ancien monde ouvre ce qui peut être positif pour ceux qui ont des repères, mais cette flexibilité dont certains peuvent profiter est en réalité un désastre.

Dans tous les groupes il faut chercher les points de conflit, chercher comment chacun parle de sa case disciplinaire et comment on voit l’autre dans sa case disciplinaire.

Par rapport au groupe sur l’école, le terrain de recherche doit être, comme pour les autres groupes, les personnes affectées par le problème.
La pédagogie des compétences est un bon biais pour comprendre le problème car l’école forme de plus en plus aux ressources humaines et non plus à l’organisation du social.
Les comportements violents ne sont qu’une des conséquences de ce modèle d’école utilitariste. Il faut trouver des pistes par rapport à la pression utilitariste qui détruit l’école et sa fonction sociale.

Les terrains d’action pour ce groupe sont très étendus car très peu utilisés. La résistance à ce système d’école est énorme simplement par le fait que personne ne pense qu’il est possible d’y résister.

Il faut repérer dans les interviews comment les gens parlent de cette peur, de ce manque de temps (il ne faut pas perdre une année), de cette peur du faux pas… Il faut comprendre quel est ce rouleau compresseur qui est en train de passer sur l’éducation nationale.
L’école de nos jours forme les enfants, non plus à apprendre quelque chose lié à une culture, mais elle apprend à apprendre. « On apprend ce qui va plaire au maître ». Cette pédagogie amène à l’émergence d’un homme sans qualité.

Max cite le directeur d’une école à Torcy qui met en place une autre pédagogie « la seule promesse que peut tenir l’école c’est de changer le regard sur l’école ». Cela signifie que même si je ne réussis pas à l’école, je peux comprendre ce qui s’y joue, ce qui s’y passe, ce que j’y apprends…

On vide le contenu, la substance au profit de la compétence. La violence n’est alors qu’une conséquence du vide de l’école en matière de transmission de l’organisation de la société.
Les enquêtes doivent faire émerger comment les gens peuvent témoigner du fait d’être pris dans l’utilitarisme, dans le « on a pas le temps », dans le formatage des compétences et dans la flexibilité.

On est en train de former des jeunes à cette société, apprendre à apprendre, être utile, être déraciné… Ce vidage de substance dans l’éducation nationale pose le problème de l’éducation qui provoque de la violence. Il faut chercher comment les gens parlent de cela, comment ils parlent de cette folie de « perte du temps », de cette folie utilitariste…

Pour le groupe qui travaille sur le commerce de proximité, il faut multiplier les profils des personnes interrogées. L’intérêt est d’écouter le maximum de personnes sur le sujet. Il faut une bonne quantité de témoignage pour chercher comment la disparition du commerce de proximité affecte le lien social.

La conclusion de cette soirée est qu’il est important de dynamiser chacun des groupes et de partir faire des entretiens avec les habitants. Nous devons aller interroger le maximum de personnes pour trouver de la substance et du matériel à traiter par la suite. La prochaine réunion avec Miguel est annulée pour laisser davantage de temps aux groupes pour faire des interviews.
Les groupes vont donc faire une première réunion dans la semaine qui suit pour établir un guide d’entretien et ainsi partie en interview. Il y aura par la suite une réunion avec les groupes intermédiaires pour dépouiller ces entretiens avant de revoir à nouveau Miguel.

Nous proposons donc pour le 8 Mars, date de la prochaine réunion avec Miguel, d’arriver avec les questionnaires travaillés pour qu’il puisse à la lumière de ces entretiens dégager pour chacun des groupes des pistes de réflexion. Lorsque nous aurons ces pistes de recherche nous pourrons ensuite faire appel à des experts pour répondre à nos questions et ensuite commencer à réfléchir aux productions que nous envisageons.

 
 
 
 

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Prochaines réunions :

Groupe intergénération :

Vendredi 22 Janvier à 19h à la MJC
Mercredi 17 Février à 19h à la MJC

Groupe école :

Mercredi 20 Janvier à 19h à la MJC
Vendredi 19 Février à 19h à la MJC

Groupe commerce de proximité :

Lundi 25 Janvier à 19h à la MJC
Lundi 15 Février à 19h à la MJC

Prochaine réunion avec Miguel le Lundi 8 Mars à 19h au Moulin du Monde

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

 

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Chronique de l’Université Populaire n°14

rendez-vous du 8 Mars 2010

Nous nous sommes réunis cette fois ci autour de Max qui a animé la réunion, Miguel étant là en tant qu’observateur et pour répondre aux éventuelles questions lors de la réunion.

Max propose lors de ce rendez-vous l’ordre du jour suivant :

un point sur chaque groupe concernant le travail effectué et les difficultés rencontrées par les différents groupes.

  1. Un point par rapport au rôle des professionnels et des non professionnels dans le projet, point demandé précédemment par Jean-Pierre, ce qui permettra de parler ensuite des difficultés rencontrées dans le travail entre la MJC et les participants.

Nous avons été heureux lors de cette soirée d’accueillir Paolo, un ami italien de Miguel, qui est intéressé par notre démarche. Il aimerait travailler à Turin selon cette méthode de travail, il vient donc nous rencontrer pour s’inspirer du travail que nous entamons ensemble.

Le groupe commerce de proximité :

C’est un groupe un peu à part qui bénéficie des entretiens effectués lors de l’expérience pilote de l’année dernière. Le groupe a donc effectué 8 entretiens. C’est un petit groupe de trois personnes, il y avait auparavant deux autres participants qui étaient élus de la ville mais ils ont quitté le groupe récemment pour des questions de manque de disponibilité.

Le groupe évoque différentes difficultés dans son travail de recherche:

  1. le nombre restreint de participants au groupe ce qui est un frein à l’avancé du travail
  2. la notion de commerce de proximité qui est une notion ambiguë et qui n’est pas comprise de la même façon par tout le monde.

La notion de commerce de proximité est souvent prise en terme de situation géographique, le commerce de proximité correspond à ce qui se trouve proche du lieu d’habitation ce qui inclut donc les magasins de chaîne type petites et moyennes surfaces.
Les services (banque, coiffeur…) sont rarement évoqués par les habitants quand on leur parle de commerce de proximité.
A la lumière des entretiens réalisés, le groupe entrevoit quelques axes de réflexion, à savoir :
Le facteur d’évolution du commerce de proximité est lié à l’évolution de la population en terme socio-économique et culturel, la population immigrée amène l’apparition d’un commerce ethnique et la disparition du commerce chère qui ne parle plus à la population vivant sur le territoire. La population « d’origine » se sent marginalisée et éprouve même de l’insécurité.

Beaucoup de personnes interrogées se posent des questions quant à la régulation de l’installation de commerces sur la ville, les gens disent ne pas avoir le commerce dont ils ont besoin et se demandent donc dans quelle mesure la puissance publique peut décider de l’ouverture ou non de commerce.

Selon les personnes interrogées, le commerce participait au lien social, à l’image et à l’animation du quartier mais ce n’est plus le cas et tous regrettent cette époque.
Les gens sont dans une nostalgie et ont donc un fantasme de ce qui était pratiqué auparavant.
Le groupe explique qu’il a constaté beaucoup de paradoxes, de contradictions, dans les propos de habitants : « on voudrait du commerce de proximité/mais peu m’importe de toute façon je n’y vais pas ».
Le groupe a donc pour le moment fait une synthèse rapide des entretiens effectués mais n’a pas encore ordonné les propos des gens.
Il faut que le questionnement sur le commerce de proximité se popularise auprès des habitants, mais aussi des élus, de la chambre de commerce…

Les réunions publiques à venir seront un temps très important pour pousser les habitants à s’emparer du projet, c’est un temps à ne pas louper pour la communication sur la ville et l’implication des habitants sur les questions posées.

Les difficultés du groupe sont pour le moment :

  1. le seuil critique, un groupe avec trop peu de participants
  2. le thème du commerce de proximité ne semble pas être quelque chose qui « affecte » suffisamment les gens
  3. besoins de soutien technique pour les hypothèses à lancer (rencontre d’élus pour comprendre la marge de manœuvre de la Mairie en terme de commerce de proximité, organisation de réunions publique…)
  4. des difficultés pour atteindre les personnes du niveau 3, pas assez de complices dans des catégories sociales diversifiées

Le groupe sur l’inter génération :

Les membres du groupe ont tout d’abord détaillé le travail effectué lors des différentes réunions. Le premier rendez-vous a permit au groupe de définir de manière plus précise le sujet et de cerner « l’affectation » de chacun par rapport au sujet. Lors de la seconde réunion le groupe a retravaillé les méthodes de travail en prenant appui sur un entretien.
Le groupe évoque quelques réticences à aller interroger les personnes sur ce sujet, ils ont l’impression de traiter de questions trop intimes.

La principale difficulté réside dans la façon de mener un entretien, ils ont l’impression de ne pas détenir les méthodes leur permettant de mener correctement un entretien. Il n’est pas évident pour eux d’interroger les personnes sur ce qu’elles vivent, de rester tout le temps à ce niveau d’implication en évitant au maximum ce qui est de l’ordre de l’opinion.
Les interviews effectuées sont très différentes les unes des autres et sont toutes très intéressantes.
Il est très important d’avoir en tête ce que l’on cherche lorsqu’on part en interview, dans ce groupe il s’agit d’entendre les difficultés de chacun à être jeune ou à être vieux.

Le groupe à un panel très diversifié d’entretiens pour le moment avec des gens, des vies, des expériences et des discours très différents.
Il est encore trop tôt pour pouvoir dégager des hypothèses de travail, il faut davantage de temps pour analyser les enquêtes.
Max, qui anime ce groupe, réussit à dégager la substance dans les interviews alors que le groupe a des difficultés à la lecture profonde des entretiens.
Le groupe n’a pas encore réalisé de synthèse de tous les entretiens.
Max se dit très satisfait du travail réalisé par rapport aux entretiens, il pense qu’à la lumière des interviews il faut commencer à tirer des choses pour les propositions qui seront à émettre.

Miguel intervient alors par rapport à la masse critique et à l’importance des interviews. Dans chacun des groupes il est important d’avoir un maximum de personnes de type 3 car plus la personne est socialisée, plus sa parole est formalisée ce qui est moins le cas avec les personnes de type 3. Il faut arriver à réaliser environ 50 interviews dans chacun des groupes lors de cette première phase. La courbe de Gauss est un bon indicateur pour estimer la masse critique.

 
 
 
 

b


Lorsqu’on arrive à ce type de courbe avec les entretiens nous sommes en présence d’une courbe saine. Les parties de chaque côté sont égales et il y a une concentration des réponses autour de la médiane. La médiane représente les invariantes de chaque thème, ceux sur quoi les personnes ont insisté en majorité.
De part et d’autre de la médiane, là où il y a moins de concentration des réponses c’est ce qui correspond aux propos ponctuels, à ce qui revient peu dans les interviews.
Lorsqu’on part en interview, il faut avoir les hypothèses en tête et l’entretien sert alors à vérifier ou à contredire cette même hypothèse.
Dans chacun des groupes il est important de trouver ces invariantes, ces paroles qui reviennent le plus souvent dans les propos des gens.
Miguel revient sur l’importance de ce travail de chercheur, recueillir les savoirs contenus dans les paroles des gens signifie tout d’abord avoir certaines hypothèses en tête par rapport au sujet.
Il faut faire davantage d’entretiens collectifs pour recueillir les propos d’un maximum de personnes.

Le Groupe sur l’éducation :

Le groupe s’est réunit trois fois en tout et pour tout. La principale difficulté est le manque d’interview. Le groupe n’est composé que de quatre personnes et il est donc difficile d’avoir un grand nombre d’entretiens.
Le groupe partage les difficultés relevées par les deux autres groupes.

Max rebondit alors, par rapport aux difficultés dont chaque groupe nous a fait part, sur le problème soulevé par Jean-Pierre quelques semaines plus tôt. Jean-Pierre évoquait le problème de bon nombre d’institutions qui sont conduites par des permanents mais qui font aussi appel à des bénévoles. Cette problématique illustre une relation perverse entre professionnels et bénévoles. Les professionnels considèrent les bénévoles comme des gens dont on essaie d’obtenir des choses mais qu’on ne consulte pas. La majorité des bénévoles se contentent de cette situation. C’est une relation bizarre, très asymétrique, et d’autant plus bizarre que certaines associations se donnent comme objectif l’émancipation.
Si on collabore ensemble, si on est dans un partenariat, il est important de consulter les bénévoles même si chacun à ses propres responsabilités.
Jean-Pierre explique que dans l’université populaire certaines choses l’ont choqué, pendant plusieurs mois Miguel a expliqué des choses au groupe mais il n’y a jamais eu de débat entre nous. Il aurait été intéressant de discuter pendant la formation pour identifier nos accords mais aussi nos désaccords entre nous. Lors de la formation avec Jean, les personnes du groupe ont osé prendre la parole et s’exprimer sur les hypothèses fondamentales du projet. Jean-Pierre met en cause le mode de relations entre professionnels et bénévoles. « Dans l’UPLS on demande un fort engagement des bénévoles et je trouve dommage que nous n’ayons pas pris un temps entre nous pour débattre des hypothèses de base du travail et pour que nous puissions adhérer pleinement aux concepts il est important d’avoir des discussions sur ces hypothèses. »

Max explique alors la position de la MJC. Ce projet est expérimental, la MJC est dans une expérimentation sociale et culturelle, on tâtonne et on prend des risques avec ce projet. C’est une des actions qu’on lance dans le cadre de l’agrément centre social.
Le fait de vouloir travailler avec Miguel c’est quelque chose qui réclame une forte implication des personnes, c’est un processus de production dans lequel on demande du travail aux volontaires, là se pose un premier problème qui émane de l’exigence de Miguel dont Max fait sienne. Il y a un problème de seuil critique car nous n’avons pas réussi à avoir suffisamment de monde. Ce problème est notre responsabilité à nous les salariés, nous devons communiquer davantage pour donner envie aux habitants de nous rejoindre.

Nous demandons beaucoup de travail aux personnes qui s’investissent dans l’aventure, il y a une grande exigence de notre part, il nous faut donc plus de temps pour atteindre l’exigence de Miguel car il y a un processus de compréhension important qui met du temps. Il faut prendre en compte notre singularité, nous avons besoin de plus de temps pour notre recherche tout en faisant attention de ne pas perdre la dynamique de travail. Notre responsabilité dans ce projet est aussi, dans un même temps, de construire ensemble la méthode de travail et le fonctionnement de l’UPLS. Cette année est encore une période expérimentale. Comment on forme des chercheurs sociaux engagés ? Comment faire une école pilote pour cette formation ? Est-ce que notre exigence est compatible avec l’engagement des personnes ?
Notre idée est de créer un système : former des animateurs, que ces animateurs fassent une recherche et qu’ils créent des groupes. Nous avons l’ambition qu’à un certain horizon les citoyens prennent la responsabilité totale de l’UPLS et que la MJC se désengage.
Max pense, de plus, que nous manquons de personnes réellement affectées par les problèmes, il est possible que les personnes ne trouvent pas ce qu’elles cherchent, ni un groupe de parole, ni des conférences.

Notre principal problème est un problème structurel, il nous faut davantage de personnes dans les groupes de recherche car nous avons besoin de plus d’entretiens. Il faut une dynamique de groupe et le peu de personnes dans les groupes ne nous permet pas de mettre en place cette dynamique de groupe.
Notre objectif est de comprendre une situation, des difficultés, et d’amener des points de progrès.

Nous devons donc continuer les entretiens ainsi que les dépouillements mais aussi essayer d’agréger au fur et à mesure d’autres personnes pour augmenter cette masse critique.
Nous pouvons imaginer l’organisation de réunions tangentielles, sur des thèmes liés à chacun des groupes, pour trouver de nouvelles personnes désireuses de s’investir.
Max prend l’exemple du groupe sur le commerce de proximité, il pense que ce problème n’affecte pas les habitants. Dans l’ensemble des groupes il faut peut être reformuler des questions qui affectent réellement les personnes.
« Un chercheur doit avoir des yeux extraordinaires pour regarder l’ordinaire. » La formation d’un chercheur est donc la formation d’un regard extraordinaire sur l’ordinaire.
Pour la prochaine réunion il faut donc, dans chacun des groupes, continuer le travail autour des entretiens mais aussi réfléchir à des méthodes de popularisation de l’UPLS (petits déjeuners de l’UPLS au Moulin, conférences sur les thèmes des groupes…)

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

 

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Chronique de l’université populaire n° 15 

rendez-vous du Lundi 29 Mars 2010

Ce rendez-vous animé par Max était un peu spécial car beaucoup de nouvelles personnes étaient présentes à cette réunion, nous leur avons donc expliqué rapidement notre démarche et nous avons fait un tour de table pour que chacun puisse se présenter.

Nous avons ensuite eu le plaisir d’accueillir Catherine Régula qui est venue nous expliquer sa façon de travailler à la MJC. Catherine s’occupe du théâtre depuis de nombreuses années. Le théâtre à la MJC avait comme objectif premier l’accessibilité, l’idée de départ étant de faire du théâtre une pratique ouverte à tous. Ce postulat est très important car comme d’autres pratiques, le théâtre souffre trop souvent d’élitisme.

Cette philosophie a rayonné sur tout le travail du théâtre que ce soit dans l’enseignement, la création ou la diffusion. L’objectif n’est pas que l’art soit réservé à une élite, or le constat que Catherine faisait était le suivant : « il y a toute une partie de la population qui ne vient pas faire du théâtre, la fracture sociale était visible. Il y avait une jeunesse que je ne connaissais pas et je voulais savoir pourquoi.»

A la suite de ce constat, nous avons décidé, en partenariat avec des élus de la ville de mettre en place une action socioculturelle qui s’est appelée « l’œil du cyclone ».
Le désir premier était de se dire qu’on sent la jeunesse en souffrance et que nous devons les attirer dans ce projet pour faire un travail avec eux. Nous n’avions pas de partenaires de terrain à l’époque et nous sommes donc allé cherché les jeunes dans la rue, là ou ils traînaient, nous avons ainsi remplis un camion avec les jeunes que nous voulions cibler, ceux qui n’étaient pas inscrits dans des activités.
Le public arrivé, nous avons pris plusieurs semaines à les regrouper, à faire connaissance avec eux, une étape de découverte lors de laquelle cette alchimie particulière qui va former le groupe se dégage.

Une direction de travail est ensuite choisie à l’intérieur du groupe, l’adulte se positionnant davantage comme un maître et non comme un professeur. Le groupe forme un cercle et le maître est à l’intérieur de ce cercle. Le premier travail est donc de dégager la question commune qui se pose aux élèves mais aussi au maître. Nous avions face à nous des jeunes très déstructurés ayant beaucoup de comportements violents. Nous avons essayé de juguler cette violence et très vite un binôme se crée entre un éducateur et un artiste. L’artistique a permit de dépersonnaliser la question pour arriver à l’universel. Nous sortons alors du trop personnel pour rendre le questionnement universel et intemporel pour que le collectif puisse s’emparer de la question. C’est un processus long, il y a toujours une raison à la violence, il faut donc remonter à la source de cette violence pour sortir le jeune de la tourmente.

La première année d’existence du projet nous avons dégagé une petite question dans un spectacle d’une vingtaine de minutes. Tout était très brouillon mais ce n’était pas grave, l’important c’était d’arriver à un aboutissement pour sortir du fantasme de l’échec.
Les autres années, au fur et à mesure, la question est devenue de plus en plus importante et les spectacles toujours de plus en plus fort par rapport au message qui était porté sur scène. Une fois que le groupe avait trouvé une stabilité, nous avons arrêté de faire de la discipline pour se concentrer sur l’éducatif.
Les questions chaque année tournaient toujours autour de la vie des jeunes, ils ont tout de suite adhéré à l’idée de créer un spectacle qui parle d’eux, de leur vécue et qu’ils avaient envie de délivrer en terme de message sur le plateau.
Notre travail a été de donner la parole, susciter la parole, accepter leur silence et mettre des mots sur ces silences.

Le projet que nous menons depuis maintenant deux ans qui s’appelle « la tour de babel » a été la suite de  « l’œil du cyclone ». Nous avons voulu dé stratifier les groupes en mélangeant les jeunes et les vieux pour créer un groupe d’humains qui se rencontrent.
La « tour de babel » fait le même travail, chaque lundi nous appliquons ce même principe.
Dans ces projets, l’objet artistique est un moteur, il nous permet de poser une passerelle entre l’acteur et le public. Le spectacle n’est pas une finalité en soi, l’expérience continue au-delà de la prestation scénique.

Max demande ensuite à Catherine de nous expliquer comment elle fait pour trouver ce qui est saillant dans le discours des jeunes car nous dans notre travail d’enquête nous menons une discussion avec les gens et nous essayons de trouver les savoirs assujettis dont les personnes sont porteuses mais c’est assez compliqué. Comment fait elle pour voir ce qui est important et pertinent de traiter à l’intérieur du discours des jeunes ?

Catherine explique alors qu’elle retient dans le discours des jeunes tout ce qui casse leur processus de libération et d’émancipation, quand elle sent un processus qui les empêche de respirer.
Dans « Place des Mythos », qui est le dernier spectacle du projet nous traitons la rumeur et la réputation car j’ai sentis que la rumeur était vraiment un mécanisme qui les empêchait de respirer.

Miguel reprend alors la parole pour comparer le travail de Catherine avec le travail que nous mettons en place dans l’université populaire. Il explique que selon lui le travail de Catherine peut servir aux animateurs pour imaginer une production sur les différents thèmes abordés.
Nous avons dans les groupes un problème par rapport aux enquêtes pour passer du pâtir des gens à ce qui les affectent.

Dans notre travail, tout comme dans celui que Catherine met en place nous partons de l’hypothèse suivante : les gens sont porteurs de savoirs, derrière l’opinion nous avons la possibilité de découvrir des informations. Les gens ne le savent pas mais ils sont affectés d’une certaine manière par les problèmes qui les entourent notre rôle est de faire un pas supplémentaire pour atteindre leur savoir.

Pour pouvoir identifier un problème il faut avoir un œil extraordinaire sur un discours ordinaire. Il faut avoir une grille ouverte mais constante pour que nous puissions tirer un fil par rapport à ce que les gens nous disent.
Notre idée est de trouver comment on peut récupérer la puissance des gens même si ceux-ci sont dans des circuits de désocialisation. Il faut chercher comment une personne désocialisé peut nous donner ce dont il est porteur et nous dire si notre expérience changera un peu son quotidien.

La démarche de Catherine et la notre sont différentes mais complémentaires, notre objectif aujourd’hui est de chercher les savoirs dont les gens sont porteurs.

Nous avons donc listé plusieurs difficultés que les groupes ont rencontré ces derniers temps :

  • difficulté pour certain à aller vers les gens pour le travail d’enquête et à lancer ou relancer la discussion pendant l’entretien
  • difficulté à interpréter les réponses des personnes interrogées
  • difficulté pour réunir les différents entretiens et réaliser un diagnostic

La grande question réside dans l’utilisation du matériel que l’on aura récolté. Les entretiens ne se déroulent pas dans un cadre précis, c’est une discussion entre l’enquêteur et l’enquêté,ce cadre très large peut être inconfortable par rapport au tri des données récupérées.
Il faut dégager au long de la discussion le fond de la pensée de la personne derrière l’opinion dont elle nous fait part.  

Il faut chercher, derrière l’opinion des gens, ce par quoi ils sont affectés. Nous devons trouver quelle régularité, quelle rationalité nous détectons derrière leur propos même si nous ne sommes pas du tout en accord avec ce qu’ils disent. Nous devons dégager dans chacun interview les choses qui se réfèrent à ce que nous cherchons. Il nous faut apprendre à décortiquer les réponses, trouver les éléments communs et les éléments marginaux dans chacun des discours.

Nous ne pensons pas que la simple transmission de savoir va permettre de transformer les gens, c’est l’expérience, qu’elle soit artistique ou dans notre cas scientifique, qui va transformer les choses.
Il est difficile dans les interviews de dégager ce qui est saillant, ce qui est révélateur, les groupes expriment leur besoin d’être formé pour analyser les entretiens.

Dans l’expérience théâtrale expliquée par Catherine, l’intervenant est dans le cercle, il se met lui aussi en jeu alors que dans le cadre de nos enquêtes nous ne pouvons pas agir de la sorte. Notre problème réside donc dans l’interprétation des données.

Lors des entretiens nous devons faire attention à la projection, nous sommes ici en tant que chercheur et nous ne savons pas comment la personne est affectée sur tel ou tel sujet, nous devons donc faire attention à ne pas projeter ce que nous pourrions ressentir. Nous ne devons pas penser que ce qui nous traverse est universel.

L’artiste travaille sur une singularité intensive et l’universel de l’art se trouve dans cette singularité.

Dans l’université populaire nous cherchons à objectiver au maximum les traits communs d’un problème du quotidien.
L’université populaire crée du lien social, la démarche crée aussi un lien particulier entre les enquêteurs et les personnes interrogées. Notre rôle n’est pas de créer des statistiques sur un problème mais de traiter ce problème de façon beaucoup plus profonde, en analysant le ressentit des personnes.

Nous ne voulons pas produire une croyance alternative mais nous voulons, à l’aide des savoirs assujettis dont les personnes sont porteuses, créer de nouveaux savoirs locaux.

Les tâches à réaliser d’ici le mois de juin sont donc les suivantes :

    • continuer les enquêtes auprès de la population
    • produire des méthodes théoriques pour réaliser ces enquêtes
    • populariser le travail de chacun des groupes (conférences publiques sur chacun des thèmes, des temps de rencontre et d’échange avec les petits déjeuners de l’UP au Moulin du monde…)
 
 
 
 

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Carole Berrebi, chroniqueuse

 

 

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Chronique de l’université populaire n° 16

 rendez-vous du 17 Mai 2010

Nous étions une petite vingtaine de personnes autour de Max et Miguel pour travailler sur la phase de dépouillement des entretiens.

Max débute la réunion en expliquant que nous nous formons tous pour apprendre comment travailler sur les dépouillements, cette phase est très importante car nous allons voir tout l’intérêt de ce que les gens nous disent. Il propose alors que nous fassions ensemble l’exercice de lecture, de dépouillement et de classification d’un entretien.

Plusieurs institutions, notamment la caisse d’allocations familiales, sont très intéressées par notre démarche d’expertise populaire. Cette expérience pilote que nous menons doit être creusée et modélisée pour essayer de la mettre en place dans d’autres lieux. Pour rester sur le rythme que nous nous étions fixé notre objectif est d’arriver en Juin 2011 à une expérimentation et à une production.

Exercice de dépouillement :

Nous prenons donc deux entretiens pour faire l’exercice de dépouillement et d’analyse en groupe. Les deux entretiens ont été réalisés par Christiane du groupe école, le premier lors du petit déjeuner de l’UP au Moulin et le second est une connaissance de Christiane. Après lectures tout le monde s’accorde à dire que les entretiens sont très riches et qu’ils contiennent beaucoup de matériel à exploiter.

Miguel explique que dans notre travail le quantitatif a une importance, si nous n’avons pas assez d’entretien le risque est de ne pas atteindre une masse critique et ainsi de projeter sur les paroles des gens ce que nous voulons trouver. La consigne de base lors du dépouillement est toujours de savoir ce que l’on cherche sans trop le savoir non plus.
Dans les deux entretiens, Miguel voit quelques choses à ajuster, en effet le sujet qui nous intéresse c’est comment l’antériorité constitue l’autorité. Notre hypothèse de recherche de départ est de dire que nous constatons quelque chose de casser dans le rapport générationnel, avec la technique il n’y a plus de différenciation entre les générations, nous arrivons à un modèle unique. Nous voulons donc chercher les failles qui créaient une rupture d’autorité légitime dans notre société qui ne prend plus le temps de transmettre mais qui se contente de former, de donner des compétences utiles aux gens.

Nous devons chercher ce que ces femmes pâtissent  pour trouver leur savoir en creux, nous allons chercher par quoi elles sont affectées. Les personnes qui ne peuvent pas structurer leurs propos expriment leurs savoirs par de la souffrance. Dans les entretiens on voit bien que les personnes sont dans le pâtir et dans cette souffrance. Les deux personnes nous parlent d’exigence, une exigence brutale par rapport à laquelle je ne peux pas agir, dans un cadre dans lequel je ne peux pas agir. Le fait de souffrir dans un cadre dans lequel on ne peut pas agir amène un redoublement de la souffrance. On sent dans les propos des deux personnes qu’elles sont en accord avec cette institution mais que le système est en train de les tuer. Les deux personnes évoquent le problème du stress, de la temporalité insuffisante, notre lecture de l’école des compétences est tout à fait adéquate, le système s’oppose à cette transmission par affinité qui était organique.
Pour qu’un enfant se structure il faut qu’il se développe par rapport à sa propre singularité, ses affinités électives, son bio rythme vont le structurer.
Les deux mères interrogées ont totalement intégré la compétition et la vision utilitariste de l’école. Elles nous disent de façon implicite « on est plus pour rien dans l’éducation de nos enfants, on ne peut que courir après l’institution ». Elles se posent comme des auxiliaires de l’école. Est-ce que nous observons se développer une recherche d’extrême flexibilité  pour que les parents se coulent dans le moule du stress qui commence à l’école ?
Dans les entretiens, quand un problème a l’école est évoqué il faut chercher l’intergénérationnel et demander si ce problème apparaît aussi au travail par exemple. Il faut repérer si nous avons des structures de même forme qui se répètent partout. Il faut étendre le sujet pour voir comment le même phénomène prend forme à d’autres niveaux.
Les personnes interrogées parlent de la rupture de lien, de solitude, d’une sensation d’isolement. Une personne peut se sentir isolée même si elle n’est pas seule. Les gens se plaignent de certaines choses mais ne vont pas vers l’institution censée travailler à résoudre les problèmes.

Il est très intéressant de poser les questions par rapport à d’autres générations, on trouve les mêmes structures à des niveaux différents car si on éduque d’après la pédagogie des compétences cela ne se retrouve pas uniquement à l’école mais dans toute la société.
Notre travail en tant que chercheur est de voir, par rapport à ce que les gens pâtissent, les informations que l’on trouve dans ces interviews.
Pour les parents, pour les pédagogues il y a aujourd’hui une sorte de défi : est ce que nous sommes prêts à prendre le risque de laisser la singularité de la personne s’épanouir alors que ce comportement ne la fait pas entrer dans le système ?
Il faut chercher le côté générique de l’information qui nous ai donnée, est ce que cela se passe comme ça à 40 ans, à 50 ans…
Il est aussi très important de noter les réponses marginales, ce qui est non significatif.

On sent dans ces entretiens une confusion entre la culpabilité et la responsabilité, dans notre système la forme organisationnelle confère une forte culpabilité à chacun. On voit dans les entretiens à quel point la charge individuelle est lourde. Une des mères parle même de l’intériorisation de la sanction par l’enfant.  
La question de la sécurité apparaît aussi dans ces entretiens, cela renvoie à l’infantilisation des gens « nous sommes menacés, nous sommes des enfants et il peut nous arriver des choses ». La femme interprète un accident comme un exemple de manque de sécurité.
Lors du dépouillement il faut faire attention de ne pas être trop dans l’interprétation mais il faut repérer les grands thèmes qui sont abordés.

On peut repérer que les personnes interrogées sont passives dans la mesure où elles ne critiquent pas l’école, on repère une réelle soumission à l’institution.
Il faut chercher le dénominateur commun de ce stress décrit qui émane de personnes très différentes (polytechniciens interrogés, enfant du CM2, femme dans son boulot…)
Si nous trouvons beaucoup de données marginales nous devons voir comment les lier à la masse critique.

Par rapport au thème de l’école, ce qui se joue à l’école ne peut pas être compris si on se cible uniquement sur cet environnement, ce qu’on observe à l’école se joue socialement partout en effet, la pédagogie de l’école relève de l’époque.
Il faut dégager des points qui nous semblent être importants et avec le nombre de questionnaires observer leur occurrence pour vérifier si nos hypothèses reflètent les réponses des personnes interrogées.
Une fois que nous aurons récolté le matériel et commencé ce premier tri nous pourrons ensuite effectuer le classement dans les items individuel/local/global/culturel.
Au cours des entretiens nous devons donc vérifier si les personnes sont affectées par les différents thèmes que nous aurons relevés.

 

Carole Berrebi, chronique

 

 

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Chronique de l’université populaire n°17


Rendez-vous du lundi 14 Juin

Nous nous sommes réunis en comité restreint pour ce dernier rendez-vous de l’été avec Miguel.

Max a rapidement évoqué les différents points à aborder :

    1. un bilan de l’année écoulée
    2. envisager la rentrée de l’université populaire
    3. travailler le décryptage d’un entretien pour apprendre les méthodes
 
 
 
 

Pour la rentrée, il faut que les groupes de travail continuent les enquêtes et commencent à expérimenter les hypothèses. Dans un même temps nous souhaiterions lancer un nouveau groupe de formation d’animateurs de l’université populaire sous la même forme que nous l’avons fait il y a maintenant deux ans. Il est très difficile pour des nouvelles personnes intéressées par l’université populaire d’intégrer les groupes de recherche à ce stade du travail. Il parait dont intéressant d’ouvrir un nouveau groupe de formation d’animateurs pour que des personnes se forment aux concepts de l’université populaire pendant que d’autres continuent la recherche.

Nous envisageons donc deux unités pour l’année prochaine :

    1. une unité d’expérimentation avec les trois groupes de recherche qui vont mettre en pratique les hypothèses de travail
    2. une unité de formation pour commencer à former des nouvelles personnes en tant qu’animateur de l’université populaire
 
 
 
 

 

Nous voulons en permanence continuer à former des animateurs pour développer l’expérience et faire que celle-ci perdure dans le temps. L’idéal serait de lancer tous les ans un groupe pour former les animateurs, ces personnes pouvant au fur et à mesure enrichir les groupes de recherche existant ou créer un nouveau groupe de recherche sur des sujets qui les affectent. La MJC veut être un centre pilote de formation des animateurs de l’UP mais cela n’empêche en aucun cas la circulation entre les groupes. Il n’y a pas de cloison entre les groupes, les personnes des groupes de recherche peuvent aller témoigner de leur expérience dans le groupe de formation et les gens en formation peuvent aller faire un tour dans les groupes de recherche pour observer la mise en pratique.

Nous proposons donc d’organiser une réunion publique à la rentrée pour présenter le travail effectué et proposer ce groupe aux personnes intéressées. Ce nouveau groupe crée se réunira toutes les trois semaines  autour de Miguel pour être formé et les personnes pourront observer le travail d’expérimentation effectué par les groupes de recherche.
Le lancement de ce nouveau groupe va permettre de redonner du souffle et de la circulation dans l’université populaire.

Les participants des groupes de recherche peuvent, si ils le désirent, retourner parfois en formation pour retravailler certains apports théoriques ou même venir en formation pour intervenir sur un sujet qui les intéresse.

 

Dans un an, en septembre 2011 nous aurons donc plusieurs entités :

    1. un groupe de formation d’animateurs
    2. les trois groupes de recherche
    3. la création d’un nouveau groupe de recherche issu de la formation d’une année
 
 
 
 

Suite à cette présentation de l’année à venir, Max décide de prendre à nouveau un entretien pour faire ensemble un exercice de dépouillage d’interview. Nous avons donc travaillé un entretien sur le thème de l’inter génération pour avoir un second exemple d’analyse.
Nous avons travaillé un entretien effectué par Yvette Afchain qu’elle a réalisé en date du 8 avril 2010. C’est une interview de deux de ses amies qui sont toutes deux retraitées de l’éducation nationale.

A la lecture de cet entretien, Miguel explique que les propos sont très représentatifs de la pensée générale sur l’inter génération, les personnes restent dans une vision sociologique qui classe les personnes en fonction de leur age. Dans le groupe sur l’inter génération il faut s’attaquer au noyau du sens commun qui va de soit. Par exemple, dans l’esprit des gens il y a l’idée que « c’est bien si il y a des jeunes ».Il faut donc se questionner « mais pourquoi est-ce si bien qu’il y ait des jeunes ? » Il faut interroger cette question qui va de soi, pourquoi est-ce important qu’il y ait des jeunes, quel est l’intérêt de leur présence ? Nous sommes dans une société qui adore le jeunisme mais qui écrase les jeunes (pas d’emplois, mauvaise image des jeunes…)

L’étiquette sociologique qu’on attribue à une personne masque ou écrase la multiplicité de la personne. On voit que les personnes interrogées acceptent ce classement par étiquette, elles proposent des actions qui mélangent les personnes en conservant leur étiquette. Si on se mélange ce doit être par affinité élective et non pas en fonction des étiquettes de chacun. Il faut que chacun enjambe son étiquette pour se réunir sur un socle commun d’affinité.
Max ressent dans cette interview que les deux personnes, bien que anciennement membres de l’éducation nationale, abordent l’inter génération d’un point de vue « télévisuel », c’est un gadget. Elles ne voient pas du tout leur relation privilégiée de transmission en tant que professeur comme un passage de relais entre les générations.
La phrase « les jeunes sont tournés vers la vie » est très forte, cela montre leur vision de la vie en une seule dimension. Elles fantasment l’image d’un jeunisme qui n’existe pas, ce qu’on nomme jeune dans notre société n’existe à aucun âge. Il y a construction d’une image sociale « du jeune », pour les jeunes cette image est aussi contraignante et dictatorial que pour les vieux. Il faut chercher comment cette construction sociale et historique d’une image qu’on appelle jeune existe mais qui ne correspond à aucun âge. Statistiquement les jeunes d’âge qui font ce que fait « un jeune » sont minoritaires.

Nous voyons dans l’entretien que la seule chose qui fait sortir la personne de son idéologie c’est lorsqu’elle parle de son expérience de vie concrète (anecdote du vide grenier).
Le jeune ne correspond pas à un âge biologique mais à un modèle dominant, c’est une construction sociale.

On ne peut pas construire une image socio-historique qui n’a aucune connexion avec la réalité, un préjugé social a toujours une intersection d’ensemble avec la réalité.
Notre travail est donc le suivant : comment cette construction historique et sociale ne correspond à aucun époque de la vie.

 

Les hypothèses du groupe inter génération sont donc les suivantes :

    1. pourquoi être jeune c’est bien dans l’idéologie collective
    2. la question de l’étiquette sociale
    3. il existe une construction socio-historique qu’on appelle jeune
 
 
 
 

Pour transmettre, il faut transmettre au-delà de l’étiquette. Il faut créer des lieux de résistance qui vont servir à interroger ces étiquettes. Quand on s’adresse à l’étiquette d’une personne on peut apprendre des compétences mais il n’y a pas de réelle transmission.

L’étiquette est une réduction de l’autre, c’est une métonymie sociale. Au sens étymologique, la métonymie est une figure de style qui correspond au fait de prendre un élément pour le tout (je vois une voile à l’horizon = comprendre un bateau arrive).
La métonymie sociale correspond à l’extraction d’un élément d’une personne et à l’écrasement du reste. « Tous les chinois se ressemblent » c’est une perception normalisée, la culture formate aussi les organes de perception au point où on ne voit pas le reste des choses. La perception normalisée estompe l’autre.

L’étiquette c’est la prison de la personne. D’un point de vue psychologique, dans le monde occidental les gens préfèrent avoir une étiquette, même repoussante, car celle-ci masque la multiplicité de la personne qui fait peur. L’étiquette est une cage qu’on ne désire pas quitter car on a finit par être cette cage.
Nous devons créer des foyers par affinité qui seront des foyers de résistance car le fait d’avoir un projet commun déplace les étiquettes.

Notre société ne fait que réunir les séparés en tant que séparés, il n’y a pas de socle commun. Notre objectif est de réunir au-delà de l’étiquette.
Il faut développer des activités intéressantes qui attirent les personnes au-delà de la séparation générationnelle.

La réunion s’est terminée dans une très bonne ambiance, autour d’un gâteau d’anniversaire pour fêter l’anniversaire de Miguel et le remercier pour son accompagnement de cette année.

Nous donnons donc rendez-vous à tout le monde à la rentrée pour continuer notre travail, en attendant n’hésitez pas à continuer les entretiens et les dépouillements avant de nous retrouver pour continuer la recherche.

Carole Berrebi, chronique

 

 

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Chronique de l’université populaire n°18



Formation avec Jean Le Bohec les 7, 8 et 9 Juillet 2010

Mercredi 7 Juillet :

Ces trois journées de formation autour des dépouillements des entretiens ont permis aux membres de l’université populaire de faire davantage connaissance et de se familiariser aux techniques de dépouillement proposées par Jean.
Dans un premier temps Jean s’est présenté de façon succincte pour ceux qui ne connaissaient pas encore notre célèbre breton. Jean était en effet présent à la création de l’université populaire en Janvier 2009, il était venu l’été dernier pour former le groupe sur l’animation et la dynamique de groupe. Cet été, nous avons proposé à Jean de venir travailler avec nous sur le dépouillement des entretiens car nous avons compris que ce travail n’est pas simple et que nous avons besoin de nous exercer avec des méthodes différentes mais complémentaires. Ces trois jours seront donc l’occasion de dépouiller un maximum d’entretiens pour qu’à la rentrée nous puissions aller vers l’expérimentation avec proposition d’hypothèses et mise en pratique de celles-ci.

Jean nous explique son plaisir d’être parmi nous, entouré de personnes désireuses de redevenir acteur de leur vie, de leur quotidien.
Jean commence son explication en partant de l’entretien en lui-même, quelle posture nous adoptons lorsque nous réalisons un entretien ?

    • on écoute l’autre tout en catégorisant dans notre tête les propos de la personne
    • on se centre sur la personne en oubliant son environnement
 
 
 
 

Nous avons chacun des structures dans nos têtes qui sont en grande partie dues à notre héritage social. Il est donc difficile d’écouter une personne car on écoute souvent de l’autre ce qu’on est capable de comprendre de lui.
Il faut donc toujours essayer d’écouter sans catégoriser trop rapidement, c’est pourquoi il est important de prendre les phrases des personnes telles qu’elles sont dites. Il faut prendre de la distance avec la personne interrogée tout en étant impliqué dans l’échange.
Deux choses sont à réaliser :

    • on écoute la personne, ce quo n’est pas simple car la subjectivité de chacun rentre en jeu
    • on essaie de comprendre ce qui est dit, à partir de l’écoute on va essayer d’analyser les propos, d’interpréter ce que la personne nous dit.
 
 
 
 

Il faut donc passer par un processus d’objectivation de la subjectivité.

Mais aujourd’hui quelle est notre légitimité à aller interroger et analyser les propos des personnes ? Qu’est ce qui fait la légitimité du citoyen lambda ?
Tant que ces questions restent dans nos esprits, tant que nous ne nous sentons pas légitimes, il nous est impossible d’interpréter. Jean est donc là pour nous aider à nous sentir légitime de questionner et d’analyser les propos des personnes, pour savoir comment réaliser un entretien et avoir des techniques de dépouillement.

Jean fait ensuite un petit tour de table pour connaître les difficultés que chacun a pu éprouver depuis le début de la démarche. La question de la mise en pratique est alors évoquée, quelles actions mettre en place pour changer un peu les choses ? Que faire des différents entretiens et comment déboucher sur des propositions constructives pour les choses changent ?

Jean explique alors que lorsque l’on interview quelqu’un, il se peut que des idées de solutions surviennent dans notre tête, il faut les noter en marge de l’entretien pour que ces pensées ne viennent pas perturber l’interview.
La perturbation est quelque chose que l’on peut utiliser dans un entretien. La relation entre les deux personnes va être perturbée par le sujet de l’interview, en allant interviewer quelqu’un je le bouge dans ce qu’il est.
La perturbation peut être un objet de connaissance, il ne faut pas la rejeter car elle peut permettre à certaines personnes de dire des choses sur la place publique par notre intermédiaire.
Il ne faut pas forcément dans l’interview essayer d’apaiser les choses, ce climat perturbé peut amener des savoirs intéressants détenus par les gens.
Il faut se demander personnellement, qu’est ce qui me perturbe ? Qu’est ce qui m’affecte ? Si on n’est pas perturbé on va raisonner a priori, on va expliquer les choses avant de les comprendre.

Il y trois courants en sociologie qui permettent d’analyser la position de l’enquêteur et de l’enquêté :

    • Démarche compréhensive (Weber) : créer un lien de confiance avec l’interviewé pour avoir un maximum d’informations mais cette posture implique que les deux personnes se laissent perturber.
    • Démarche explicative (Durkheim) : permet d’expliquer ce que la personne est et représente
    • Démarche interactionniste (école de Chicago) : permet de prendre de la distance avec l’environnement de la personne tout en recontextualisant les propos de la personne.
 
 
 
 

Lorsqu’on mène un entretien il faut savoir que l’intervieweur est par nature subjectif, l’interviewé est lui aussi subjectif mais que cette perturbation va amener des connaissances.
Personne ne peut éviter l’interprétation, personne n’est capable de se dire totalement objectif. Nous avons tous un cadre de référence et parce qu’on travaille avec et sur l’humain il nous est impossible d’être parfaitement objectif. C’est pourquoi il est intéressant de travailler de façon collective pour objectiver la parole subjective, chacun ayant des analyses et des interprétations différentes, le processus d’objectivation à plusieurs permet de mettre en lumière des analyses différentes des propos.

Le climat de confiance instauré lors de l’interview est très important car il permet à l’interviewé d’oser dire ce qui ne va pas, il faut cependant faire attention que ce climat n’étouffe pas non plus la parole de l’autre. C’est ce climat de confiance qui permet de perturber la personne, d’oser approfondir des choses plus difficiles.
En réalisant une interview on apprend à se connaître en tant qu’intervieweur « ça je ne peux pas lui dire » cela permet de connaître ses propres limites.

 

Toute personne est issue de :

 

Héritage culturel (sociologique, économique…)
Les valeurs, les règles de vie…

                                        
c                                            

Trajectoire

interaction entre « mon   déterminisme » et mes expériences de vie (école, travail, quartier…)

Ces deux entités construisent mon point de vue, ma subjectivité.
Lors d’un entretien il ne faut pas oublier que intervieweur et interviewé arrivent chacun avec leur subjectivité.

Le processus d’objectivation : on croise les subjectivités, les points de vue de plusieurs personnes pour entrer dans l’objectivation.

Le fait d’aller interviewer l’autre me permet de m’émanciper, de développer mon imaginaire et de m’aider à trouver des hypothèses de résolution.
En tant qu’intervieweur nous devons avoir une éthique, lors d’en entretien nous prenons quelque chose à la personne qu’il nous faut redonner lors de temps de restitution par exemple.

Après relecture les personnes peuvent changer quelque peu leurs propos, il faut alors essayer de trouver pourquoi elles font ce changement. Certaines personnes peuvent utiliser l’intervieweur pour dire ce qu’elles n’ont jamais osé dire à leur entourage. Sous l’anonymat les choses peuvent se dire plus facilement, il faut dans tous les cas que la personne se sente en confiance et à l’aise car on vient lui prendre quelque chose.
L’université populaire touche à la question de la démocratie, on parle beaucoup d’autocensure, de quel droit on s’autorise à… Le travail d’émancipation permet justement aux gens de s’autoriser à exercer leur pouvoir citoyen.
La démocratie c’est s’autoriser à penser et le dire dans l’espace public. Les questions de la démocratie et de la citoyenneté sont au cœur de notre travail.

Montesquieu disait : « est citoyen celui dont la volonté produit du droit », la responsabilité est législative, la citoyenneté c’est la délibération. Dans notre travail nous nous autorisons un point de vue sur notre société, le développement d’un autre imaginaire et de proposer des hypothèses pour travailler sur notre réalité.
Il faut oser, ne pas avoir peur du « de quel droit je peux interviewer… », Ce mécanisme d’autocensure.

Le problème du dépouillement est double, d’une part il y a la difficulté liée aux techniques de dépouillement et d’autre part la place que la personne qui analyse a de fait dans le système, de quel droit je m’autorise à donner mon avis sur les propos des gens.
Les mots des personnes sont porteurs de leur cadre de vie, il est important de récupérer les mots des gens car c’est grâce à cela que l’on peut ressentir l’enfermement de la personne. Il faut aussi noter l’intonation, les gestes de la personne car cela peut nous aider à décrire son comportement et ainsi être au plus proche de sa parole pour découvrir l’enfermement et l’imaginaire de la personne.

Il faut bien préparer par avance les interviews, plus je prépare mon entretien et plus l’angoisse du vide face à la personne s’efface, je sais où je vais peu importe le chemin emprunté.
Ce sont les gens eux-mêmes qui vont légitimer la reformulation que je fais de leurs propos, on est légitimé par le processus d’objectivation que l’on met en place.

L’objectif de ces trois jours est donc de croiser les points de vue sur les différents entretiens pour mettre en place le processus d’objectivation. A la rentrée nous retournerons vers les gens avec les quelques thèmes forts que nous aurons relevé dans le but d’être légitimé par eux et de créer une dynamique autour de ces retours.

Nous ne sommes pas dans un schéma de délégation, nous ne faisons pas ce que les gens nous demandent, nous allons développer notre imaginaire en imaginant des hypothèses de résolution par rapport à la connaissance que les personnes interrogées nous donnent.
Nous allons écouter ce que les personnes nous disent pour découvrir leurs représentations, leurs expériences de vie, ce n’est pas une logique de délégation.
Le principe de l’interview c’est de redonner une place aux gens grâce à la parole qu’ils nous confient.

Après une pause déjeuner agréable et rafraîchissante Jean demande à chacun de donner un ou deux mots pour exprimer ce que chacun a retenu de la matinée et pour accueillir les quelques personnes qui nous ont rejoins en ce début d’après-midi. Encore une technique d’animation de groupe à ne pas oublier !

Dans la phase de dépouillement, notre travail est d’aller vers un propos plus objectif grâce aux différents points de vue de chacun. Dans notre réalité sociale il y a un ensemble de paramètres en mouvance à prendre en compte qu’on ne peut que difficilement isoler les uns des autres. Dans un laboratoire de physique par exemple il est possible de distinguer, d’isoler certains paramètres et de travailler sur une seule chose précise. Ce processus ne peut pas être mis en place lorsqu’on travaille avec l’humain car par exemple le simple fait d’être dans une situation où on est observé va modifier le comportement de la personne

Il ne faut pas isoler le contexte mais plutôt l’analyser, « la pensée complexe » (Edgar Morin). On distingue les choses sans les isoler, on objective pour comprendre davantage.
Le croisement de données, de points de vue va nous permettre de lire de différentes manières les choses, d’entrer petit à petit dans ce processus d’objectivation.

Comment passer de « l’apprenti sorcier » (opinion, spontanéité des propos…) au « bricoleur raisonné » (raisonne à l’aide d’outils conceptuels et de données universelles).
Le bricoleur raisonné ne doit pas attendre sa légitimité de l’ingénieur, de l’expert qui lui crée des outils et qui conceptualise. Si on attend ce type de légitimation on reste soumis et non pas dans un processus d’émancipation comme on le voulait.

Pour comprendre la singularité (de la personne, de la situation) nous avons besoin de l’universalité de la théorie qui traverse les singularités, nous arrivons ainsi à la particularité (les savoirs que nous construisons sont particuliers). Cette particularité pourra devenir à l’avenir une nouvelle universalité.

L’objectif de notre démarche est de prendre en compte la pluralité des points de vue et d’en faire une unité de discours, nous construisons de nouveaux savoirs, une intelligence collective.
 « Savoir que l’on sait c’est plus que savoir car on peut agir dessus » (conscientisation)

Les différentes étapes de notre démarche :

    • subjectivité
    • objectivité
    • légitimation
    • transposition
    • préconisation / mise en œuvre des actions
 
 
 
 

Notre imaginaire se forme à travers ce processus, avec les différentes étapes le nouvel imaginaire se met en route. Les propos des gens nous donnent de la matière pour développer notre imaginaire.

Marx : l’humanité ne se pose que des problèmes qu’elle est en capacité de résoudre. »

Jean nous met ensuite en exercice pour travailler sur le dépouillement des entretiens en petits groupes selon la fiche suivante :

    • Entretien retranscription par fiche
 
 
 
 

1) Repérage des mots clés, phrases clés
2) Repérage des manques, des potentiels
3) Problèmes repérés

    • Croisement des fiches
 
 
 
 

1) Invariants communs
2) Thèmes secondaires et porteurs d’intérêt
3) Thèmes après croisement et hypothèses
4) Reformulation

    • Interpréter les actions en comprenant de quelle logique sociale elles relèvent et avec quels outils les acteurs interviewés les interprètent.
 
 
 
 

 

La première journée s’est achevée sur la lecture des différents entretiens par les groupes pour se mettre au travail de bonne heure le lendemain !

Jeudi 8 Juillet :

Jean commence cette seconde journée de formation avec un Quoi de Neuf. Tout groupe fonctionne sur l’affecte et sur la raison, lorsqu’on arrive à une réunion on oriente le groupe vers la raison (ordre du jour, objectifs de la réunion…) et on oublie souvent l’affecte. Il faut sans cesse alterner entre la raison et l’affecte car le fait de rester uniquement dans l’opérationnel démotive les gens. Le Quoi de Neuf se situe dans un intermédiaire entre l’affecte et la raison, les personnes du groupe peuvent ainsi s’exprimer librement et l’animateur peut rebondir en fonction de ce que disent les gens pour amener du contenu. Cet outil vient de la pédagogie institutionnelle, il est intéressant de débuter la séance par quelque chose qui n’est pas institué.

Lorsqu’une personne voit le jour elle arrive dans un monde déjà construit, ce qui nous parait normal est une construction sociale réalisée par d’autres. Il y a des personnes autour de moi qui vont m’aider tout au long de ma socialisation à construire mon ingénieur interne (ma conceptualisation du monde), cette pensée qui m’est propre je la dois à des ingénieurs externes. Le problème c’est quand l’ingénieur externe devient le planificateur de mon ingénieur interne. Il est donc très important de poser une réflexion sur ce qu’on nous impose pour ne pas être assujetti.

Dans toutes les interviews il est important de connaître l’interprétation de celui qui est interviewé, il faut recueillir les propos de la personne mais aussi l’interprétation que la personne fait de ses propos. Il est important de retourner vers les personnes interviewées pour leur redonner du pouvoir. Il faut organiser des temps conviviaux de restitution publique avec les personnes interrogées pour qu’elles puissent donner leur propre interprétation des propos.

Nous nous sommes ensuite séparé en deux groupes pour travailler sur les questionnaires des groupes sur l’école et sur l’inter génération. La seconde journée de formation s’est donc achevée sur ce travail qui sera mis en commun le lendemain.

Vendredi 9 Juillet :

Jean débute cette dernière journée de formation avec quelques points théoriques faisant référence à des questionnements qui ont émergé lors de discussions de la veille.

La culture : ensemble de valeurs et de normes possédés par les gens.

La culture légitimiste :
Logique d’accomplissement
- individualisation des attentes
            *distinction
            *prétention
            *privation
Limite :
Culture considérée que par sa légitimité
Dérive :
Vers le misérabilisme
Sous-estimation des rapports sociaux

La culture relativiste :
Logique d’affiliation
-comportement groupal, attitude en fusion avec celle du groupe
            *particularité
            *sociabilité
            *communauté
Limite :
Culture considérée que par la singularité
Dérive :
Peut aller vers le populisme
Surestimation des rapports sociaux

L’éducation populaire est sans arrêt en interaction entre ces deux conceptions de la culture.

La culture légitimiste est dominante en ce moment. On s’adresse aux individus par l’éducation et c’est cette culture qui va me légitimer.
Pour observer et analyser la société il faut regarder les institutions qui la compose car ce sont des marqueurs intéressants. C’est l’institution qui va reconnaître, valider et légitimer la personne.

Il existe trois grandes familles en sociologie :

    • démarche explicative : (Durkheim/Bourdieu) L’individu est déterminé par le contexte et l’environnement dans lequel il est. La socialisation primaire a une énorme importance dans sa vie. On est déterminé par notre lieu de naissance
    • démarche compréhensive : (Weber) C’est en premier lieu l’acteur qui est au centre, il est important de comprendre avant tout la stratégie de l’acteur.
    • interactionnisme : (Simmel/Goffman/école de Chicago) Interaction entre les deux démarches
 
 
 
 

 

Il est très important de maintenir un débat permanent entre ces deux conceptions de la culture pour que l’action reste vivante et dynamique.

Toute personne qui construit son identité a besoin :

    • accréditation sociale : l’individu est accrédité par la société selon le système en place (diplôme, élection par les citoyens…)
    • autrui significatif : des personnes autour de l’individu qui ont une confiance inconditionnelle en lui
 
 
 
 

Le pouvoir a toujours peur de la puissance. Le pouvoir est quelque chose qui s’est institué, il peut donc lutter contre un autre pouvoir institué mais face à la puissance non instituée le pouvoir risque de perdre.

Après une pause déjeuner bien méritée nous avons repris le travail en groupe sur les entretiens. Ce travail de dépouillement nous permettra à la rentrée d’avancer dans notre démarche.

Groupe sur l’école :

 Entretien du 19 mai 2010, Thibaut jeune collégien de 15 ans et entretien du 9 février 2010, Dounia jeune maman de 25 ans.

Les deux entretiens ont été analysés à partir de la fiche de suivi proposée par Jean. Le groupe s’est rendu compte au fur et à mesure du travail que chacun analyse les mots de différente façon. Tout le monde ne met pas la même interprétation, la même sensibilité derrière les mots.
Dans les deux entretiens, le groupe a remarqué que dans un cas il y a parfaite adéquation entre l’individu et l’école et que dans l’autre la personne a été exclue à deux reprises par l’école. L’école convient donc à certains et est totalement inadéquate à d’autres.

1er entretien :
 Mots : « calme, cool, ça va » -> pas de difficultés, la personne s’est adaptée au système
La notion de temps est un problème -> « plus stressant, compliqué »
On voit dans cet entretien que l’intervieweur est très dirigiste, il laisse peu de place au silence, il n’insiste pas sur les questions et passe directement à une autre. Il est difficile d’instaurer une vraie discussion.

Les thèmes :

    • l’école est un lieu pour progresser quand le jeune correspond à l’école et inversement
    • gestion de l’autorité
    • gestion du temps
    • difficulté de parler du collège
    • les contraintes de l’école ne sont pas ressentis comme une violence mais au contraire lui permettent d’avancer
 
 
 
 

 

2ème entretien :
Mots : tout est négatif « passer ma vie à travailler, plus j’allais à l’école plus j’avais envie de m’enfuir, l’école ne veut pas »

La personne interrogée est sortie du système scolaire mais pourtant elle en fait une très bonne analyse.
Elle constate un manque de communication entre elle et l’école que ce soit en tant qu’élève ou en tant que parent d’élèves.
Elle n’a pas les codes pour accéder à l’institution école. L’école est vue comme un forteresse qui ne communique pas avec l’extérieur. Il faut que les parents soient instruits pour que l’enfant réussisse à l’école.
Elle est dans une totale impuissance, elle a l’impression qu’elle ne peut rien faire, qu’elle n’est pas en mesure d’agir. Elle a besoin de quelqu’un pour lui donner les codes de cette institution. Ce sentiment d’impuissance est intéressant à analyser car il est alors possible de l’aiguillier vers des pistes de travail en la faisant rencontrer la fédération des parents d’élèves par exemple.

Les thèmes :

    • l’apprentissage : l’apprenant ne sait plus où il va et pourquoi il apprend. Il n’y a plus de sens dans la relation pédagogique entre l’élève et le maître.
    • L’aide scolaire : ressentie comme du gavage, cumul des dispositifs -> comment accompagner des enfants en difficulté scolaire ?
    • Pas de but, pas d’objectifs : on lui dit qu’il faut travailler mais on ne lui dit pas pourquoi
    • Notion de temps : le temps de l’institution ne correspond pas au temps de l’apprentissage, il y a un décalage par rapport au rythme.
 
 
 
 

Le sens pour l’apprenant :

    • signification de ce que l’on dit, le contenu
    • direction / orientation
    • démarche sensualiste, émotionnelle, sensible
 
 
 
 

L’éducation est instrumentalisée au service de l’emploi.
Deux visions ;
L’école doit être protégée du social (école sanctuaire)
L’école doit être en lien avec les pratiques sociales des enfants (école ouverte)

 

Groupe sur l’inter génération :

Entretien du 10 avril 2010, Sokona et Nadia et entretien du 8 février 2010 avec d’anciennes collègues d’Anna travaillant au Conseil Général.

1er entretien :
Mot : « moi, je, toute seule » -> autonomie, volonté de maîtriser les choses.
On sent des difficultés pour Sokona de parler français car elle ne maîtrise pas encore suffisamment la langue mais on voit aussi qu’elle éprouve des difficultés à parler français.

Dans l’entretien on sent une volonté forte de filiation et de projection par rapport à l’avenir de son enfant -> elle est dans une perspective de réussite.
La langue est de fait un objet de rupture de lien entre les générations.
Elle évoque de plus des difficultés par rapport au suivi de son enfant à l’école du fait de son manque de maîtrise de la langue.
Le lien intergénérationnel est rompu au sein de la famille avec la législation française et dans la mesure où les membres de la famille sont séparés géographiquement.

2ème entretien :
L’entretien montre une vision très autoritaire des rapports, les gens sont vus en fonction de la case dans laquelle ils sont placés et tout est étiqueté.
On ne voit plus les vieux comme un potentiel, comme un héritage culturel mais comme une charge.
Les interviewées semblent totalement assujetties à leur institution (CG)
L’entretien fait ressortir une vision très utilitariste de la relation entre les générations, on ne sent pas d’affecte.

Les invariants dans les deux fiches :

La « famille nucléaire » : la famille n’est plus une communauté affective, plus une protection.
Il est donc intéressant de réfléchir à la place de la famille dans l’inter génération
Si il n’y a pas de lien entre les générations au sein de la famille il n’y en aura pas plus avec l’extérieur.
Exemple d’action : créer des temps où des familles qui se transmettent leur héritage puissent venir en parler à d’autres.
.

Ce petit stage de trois jours avec Jean a été pour le groupe l’occasion de découvrir d’autres méthodes d’analyse des entretiens. Nous avons pu nous exercer au dépouillement et au travail en groupe ce qui devrait dynamiser notre démarche au sein de chacun des groupes à la rentrée. Ces trois jours ont permis

Carole Berrebi, chronique

 

 

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Chronique de l’université populaire n°19

Rendez-vous du 22 Novembre 2010
Max a débuté la soirée en faisant une présentation des différents points à traiter et en expliquant la nouvelle étape que nous proposons aux participants des groupes de recherche.
Jean-Pierre a tout d’abord voulu revenir sur le film de présentation du travail de l’université populaire que nous avons réalisé au rendez-vous précédent avec Isabelle Leparcq. Il soulignait l’importance d’une validation du montage des différents protagonistes avant la diffusion sur le site internet de la MJC. Il s’interrogeait aussi sur l’utilisation de ce support, à qui était-il destiné ?où va-t-il être projeté ? Max a alors expliqué que ce film était un support de communication de l’expérience sur le site internet de la MJC et qu’il pourrait aussi être utilisé sous forme de DVD pour rendre compte du travail aux institutions.
Miguel revient sur la notion de souffrance et de savoir. Un savoir est toujours produit dans une institution de pouvoir. « Il y a des savoirs qui montrent que les noirs sont inférieurs aux blancs. » Le savoir dépend de la structure de production du savoir. Notre objectif n’est pas de diffuser du savoir mais bien d’en produire. Le savoir académique est donc un auxiliaire à notre travail.
L’élément central de notre travail c’est la souffrance des gens, ceux par quoi ils pâtissent. Dans toute époque il y a de la souffrance, un pâtir. Tant qu’il nous est possible d’agir il n’y a pas de saturation de la souffrance. Or l’époque dans laquelle nous nous trouvons amène une saturation du pâtir qui empêche les gens d’agir, les gens ne voient pas d’issue à leur souffrance.
Nous observons actuellement que notre expérience n’est pas suffisamment connue et reconnue sur la ville. Il faut donc à cette étape du travail réorienter les animateurs des groupes de recherche vers des conférences de recherche pour faire connaître davantage notre travail. Il nous faut repérer les thèmes centraux dont on pâti.
Le groupe doit faire une enquête préalable, réaliser un travail de recherche sur le sujet et aboutir à une conférence qui rendra compte de la problématique décidée par le groupe à la lumière de son enquête. A l’issue de la conférence théorique nous pourront trouver des gens qui désirent s’investir dans les groupes de recherche.
Il faut dans cette étape réussir à articuler intensif et extensif. Il nous faut impérativement enraciner davantage le travail dans la ville. Notre objectif n’est pas d’offrir un service intelligent de réflexion et de laisser les gens dans la passivité, nous voulons trouver comment réveiller les gens, comment passer à « l’agir ».
Nous devons aller vers l’extensif, nous devons trouver le plus d’entrées possibles pour les sujets de recherche pour traiter ce qui touche vraiment les gens.
Les animateurs posent alors plusieurs questions par rapport à ce nouvel axe de travail, la conférence est-elle une première restitution ? La conférence doit-elle servir à valider notre restitution ? Quel sera l’objet de la rencontre ? De quoi va-t-on parler ? A quel titre ? Pourquoi ?
Miguel explique qu’à cette étape du travail il y deux chemins possibles :

    1. Continuer à renforcer les groupes et passer à des solutions pratiques. Le risque étant d’arriver à quelque chose de superficiel car pas suffisamment ancré sur la ville
    2. Introduire de nouvelles choses différentes pour aller vers l’extensif et ainsi se faire davantage connaître sur la ville
 
 
 
 

Nous devons chercher comment développer la surface d’affectation des personnes, car plus la surface d’affectation se réduit plus il y a de la souffrance. Plus ma surface d’affectation s’agrandit et plus j’agis, je suis moins réduit à être uniquement un corps. Je ne suis pas qu’un être vieillissant et souffrant.
La réunion se termine en décidant que lors de la prochaine réunion nous discuterons de la façon de faire pour développer cette surface d’affectation chez les gens et pour être davantage ancré sur la ville de Ris-Orangis.

Carole Berrebi, chronique

 

 

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Chronique de l’Université Populaire n°20


Rendez-vous du 13 décembre 2010
Max démarre la réunion en faisant un rapide retour des points évoqués lors du précédent rendez-vous.
Isabelle Leparcq viendra à notre réunion du mois de Janvier pour faire une présentation du film de l’UP et recueillir les commentaires et remarques des participants.
Nous constatons que nous avons perdu beaucoup de monde dans les différents groupes de recherche. Nous avons une difficulté par rapport à la relance, nous sommes un petit groupe et peu nombreux. Nous devons trouver des appuis auprès de la population, leur parler de notre travail, mobiliser davantage les habitants de la ville. Il faut donc que nous organisions un rendez-vous avec la population et que nous travaillions ensemble sur l’objet et le cadre de cette journée de rencontre.
Nous devons réfléchir à cette journée pour en faire un temps de restitution, un temps qui va nous permettre de dynamiser notre travail et de rencontrer les gens et les institutions. Nous avons plusieurs questions à nous poser au sujet de cette journée : de quoi on parle ? A quel titre et pourquoi ? Quel est l’objet de la rencontre ? Comment s’adresser à la population ? Comment leur proposer de venir nous rejoindre ?
Cette journée peut nous permettre à la fois un temps de restitution et en même temps nous amener du contenu théorique. L’objectif serait de toucher et d’accueillir une centaine de personnes pour faire connaître davantage la démarche et intégrer de nouvelles personnes aux groupes de recherche ainsi qu’au nouveau groupe d’animateurs.
Miguel explique qu’à cette étape de notre travail il y a un profond décalage entre ce que nous avons compris théoriquement et la pratique. La pratique des groupes n’est pas encore à la hauteur de ce que nous avons compris conceptuellement. Si nous arrivons à l’étape des propositions concrètes et de leur mise en pratique, les habitants de la ville vont vivre ces expérimentations de façon passive. Il est très important que la ville soit au maximum au courant de notre travail et de ce que nous faisons.
Notre expérience ne pourra pas fonctionner si nous apparaissons comme un groupe actif qui avance seul loin de la population. Il est plus intéressant de mettre en œuvre une petite expérimentation pratique avec une forte mobilisation des habitants et des voisins plutôt qu’une énorme proposition très pertinente mais totalement isolée de la population. La particularité de notre travail étant la recherche à la fois théorique et pratique pour développer le lien social.
L’objectif de la journée que nous proposons est bien d’ouvrir le lieu et la recherche. Nous devons centrer la question de cette journée autour du mal-être contemporain pour que les gens sentent que notre question les concerne. Il nous faut développer une dynamique sur la ville et par les habitants eux-mêmes. Nous devons à la fois parler du travail que nous menons et orienter la question de cette journée autour de la souffrance et de l’impuissance.
Les groupes doivent cibler et préparer les sujets de conférence pour trouver des problématiques intéressantes pour les habitants de la ville et proposer aux personnes de s’impliquer dans le nouveau groupe d’animateurs. La journée ne se déroulera pas comme la soirée de lancement deux ans plus tôt, nous avons maintenant une histoire commune à transmettre et un travail réalisé à exposer. Il est important que nous prenions tous en main cette journée par rapport à son organisation et son animation.
La priorité est donc de trouver de la force de vie et d’ouvrir au maximum l’université populaire sur la ville. Nous devons trouver la forme adéquate pour intéresser les gens à participer à cette journée. Comment transformer notre travail en action pour pouvoir associer les gens ? Nous devons imaginer des choses pour que les personnes concernées réfléchissent et se mettent à bouger. Nous devons utiliser notre potentiel, notre expérience de travail pour construire cette journée et trouver de nouvelles personnes désireuses de participer à l’expérience de l’université populaire.
A cette étape du travail il est intéressant de faire intervenir un expert pour répondre à certaines de nos questions et en profiter pour intéresser les gens avec une conférence. Il faut utiliser la journée de façon conviviale pour mobiliser et intéresser les habitants sur notre travail. Nous n’avons pas réussi à faire un effet d’annonce sur la ville par rapport à notre travail, même au sein de la MJC il y a beaucoup de personnes qui ne savent pas même pas que notre expérience existe. Nous n’avons pas réussi à intéresser suffisamment de personnes sur l’animation et la recherche de l’université populaire, or sur une ville où les habitants ne savent pas qu’un tel travail existe l’expérience ne fonctionne pas.
Nous devons, sur cette journée, travailler la question de la mobilisation, notre adresse à la population. La journée doit être organisée dans la droite ligne de notre recherche car elle fait partie intégrante de notre travail. Nous constatons cette difficulté, le groupe doit donc s’emparer de ce problème comme faisant partie prenante du travail de recherche.
A partir de Janvier nous allons lancer comme prévu un nouveau groupe d’animateurs pour continuer le travail théorique, les animateurs des groupes existants peuvent eux aussi participer à cette nouvelle formation pour approfondir leurs connaissances et clarifier certains concepts. En Janvier, lors de notre rendez-vous mensuel avec tous les groupes nous travaillerons sur les sujets de conférence et sur la forme de la conférence pour donner l’envie aux gens de rester.
Pour trouver de nouvelles personnes et faire connaître notre travail nous devons nous centrer davantage sur la MJC. Nous devons mettre la MJC au service de l’Université Populaire car la MJC, avec plus de 3000 usagers, est un bon échantillon de travail. La structure MJC est déjà un lieu de lien social donc notre groupe doit travailler sur ce terrain-là.
Nous devons en priorité travailler l’adresse à la population avant de nous soucier de la journée du mois mars.

Prochaines dates de l’université populaire :

 

    • Réunion plénière avec les 3 groupes de recherche : Lundi 10 Janvier à 19h30 au Moulin
    • Réunion de lancement du nouveau groupe d’animateurs : Vendredi 28 Janvier à 20h30 au Moulin
    • Journée de l’université populaire : Samedi 12 Mars (horaires à définir)

     

    Carole Berrebi, chronique

     

     

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Chronique de l’UPLS n°21 

Rendez-vous du Lundi 10 Janvier 2011


La soirée a débuté par une intervention de Max pour rappeler les temps forts à venir de l’université populaire. En effet, nous lançons un nouveau groupe d’animateurs de l’UPLS à partir du Vendredi 28 Janvier, jour de la première réunion. Max rappelle donc qu’il est important de communiquer un maximum cette date pour que nous puissions recruter de nouvelles personnes intéressées par notre travail. Ce nouveau cycle de formation est, bien entendu, ouvert à tous, les personnes des groupes de recherche désireuses d’approfondir leur formation sont les bienvenues. L’idée étant de réunir une trentaine de personnes lors de cette soirée pour qu’au moins une quinzaine de participants s’inscrivent dans ce nouveau groupe d’animateurs.
Max explique ensuite que nous travaillons à la rédaction d’une convention entre la MJC de Ris-Orangis et l’université Paris 8 dans le but de faire valider le travail de chacun des groupes comme un réel travail de recherche. Le partenariat engendrera aussi, pour ceux qui le souhaitent, la possibilité d’obtenir un diplôme Bac+2 pour les personnes ayant participé au travail de recherche. Nous allons donc proposer aux personnes de l’UFR concerné de se joindre à nous lors de la réunion de lancement du nouveau groupe de recherche pour qu’ils expliquent ce partenariat.
Nous avons ensuite visionné le film d’Isabelle Leparcq concernant l’université populaire pour que le groupe fasse ses remarques et ses commentaires. Le film est un outil de communication sur le projet, nous pourrons aussi le diffuser lors des différents temps de rencontre avec la population. Ce sera aussi pour nous un outil de communication en direction des institutions pour expliquer en images le projet de l’Université Populaire.
Il est important que nous testions ce film dans notre entourage pour voir si les réactions des gens correspondent bien au travail que nous menons. Il faut montrer ce film à des personnes extérieures au travail pour qu’ils nous disent si ce film suscite suffisamment la curiosité pour donner envie aux gens de nous rejoindre. En recueillant les avis d’autres personnes, si nous sentons que d’un point de vue didactique il manque la méthode de travail nous l’ajouterons à la fin du film.
Après avoir visionné le film, Max propose que nous entrions dans le sujet central de la réunion qui est l’adresse aux gens. En effet, ce n’est pas simple de présenter et d’expliquer notre travail. Aujourd’hui, tout le monde ressent des difficultés à aller rencontrer l’autre ce qui relève d’une réelle souffrance. La difficulté de l’adresse, les précautions que l’on prend pour aller vers l’autre, sont le signe d’un problème sociétal, d’une difficulté de chacun à s’autoriser, à rencontrer l’autre. Avec la question de l’adresse nous abordons un problème central, le symptôme d’un mécanisme actuel qui est l’individualisation. Ce mécanisme nous a tous convaincu que nous ne sommes que des individus, il a cassé le lien entre les personnes.
L’individualisation a amené une cassure du socle commun, du socle universaliste. Le libéralisme a fait un lent travail pour créer ce socle commun. L’unification du monde a amené une abstraction qui sert les multiplicités concrètes. L’adresse à l’autre se faisait alors de façon pyramidale et descendante. Dans les années 70, ce modèle est contesté, on pense alors qu’il n’y a pas de peuple sans culture. Ces logiques différentes de celles développées par Levi-Strauss font l’éclatement du socle commun.
Le mythe du progrès et le socle commun sont aujourd’hui totalement cassés. Nous sommes dans une sorte de dispersion. Il y a un siècle l’éclatement du socle commun n’était étudié que par quelques penseurs, aujourd’hui on peut le constater partout. L’adresse à l’autre devient un problème central dans notre culture où l’on constate un éclatement de l’autorité.
Nous devons trouver comment faire société avec des socles différents sans pour autant tomber dans la dispersion. Notre recherche doit chercher quel mode de lien est possible.
Le néo-libéralisme a construit l’idée suivante : chaque homme n’est qu’un individu et doit orienter sa vie par rapport à ses propres intérêts, aux intérêts du marché. Le problème est que les individus se sont massifiés et ont perdu leur autonomie. Au sein des communautés, l’individu bien qu’obéissant au groupe, conserve encore une certaine autonomie. Nous n’avons jamais créé une société avec si peu d’autonomie et qui dans un même temps prône l’autonomie.
Le problème de l’adresse aux autres vient du contexte. Dans la société de la massification totale, nous n’avons pas le droit de nous adresser à l’autre en dehors des cases néo-libéral définies par le marché. « Si je m’adresse à toi je ne suis peut-être pas un individu autonome au sens du néo-libéralisme. Nous devons trouver une manière de s’adresser aux autres.
Les personnes qui sont dans cet état d’esprit, qui subissent cette massification, ne pensent pas à chercher quoique ce soit pour sortir de cette situation. Nous devons créer une unité de subversion pour chercher le lieu de dysfonctionnement de la société et amener les gens à se poser des questions sur cette société.
Nous devons créer des lieux plus désirants que ceux du néo-libéralisme pour travailler l’adresse aux gens. L’université populaire doit chercher à innover la façon de s’adresser à l’autre, nous ne sommes pas dans la diffusion de savoirs mais dans la production de savoirs locaux. En effet, la transmission de savoirs amène aussi une transmission de la structure dans laquelle est créé ce savoir.
La difficulté de l’adresse à l’autre ne sort pas de nulle part, ce n’est pas un phénomène psychologique. Notre société propose une normalisation forcée « tu ne souffriras pas si tu obéis ». Un toxicomane, un handicapé, un jeune, ou un vieux sont affectés différemment et c’est ce qui nous intéresse, nous voulons savoir comment chaque personne est affectée par un problème. La normalisation de la société conduit à une normalisation de la surface d’affectation des individus.
Dans le travail que nous menons au sein de l’université populaire nous devons faire l’effort d’aller rencontrer l’autre. Nous devons faire ce travail de rencontres.

Carole Berrebi, chronique

 


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Chronique de l’université populaire n°22

rendez-vous du Lundi 28 Février 2011


Ce rendez-vous de travail avait pour objectif l’organisation de la journée publique de l’université populaire du samedi 12 mars dont l’objectif est de présenter le travail des groupes de recherche en recevant notamment une conférencière, Angélique Del Rey, sur le sujet de l’école, et d’accueillir de nouvelles personnes dans l’université populaire.
Pour travailler collectivement sur l’organisation de la journée les participants sont répartis en groupe de travail sur les différents temps de la journée, à savoir :

  • Un temps de présentation du travail des groupes de recherche avec des témoignages des participants par rapport à leurs envies initiales et à leur investissement dans le projet
  • Un temps d’accueil des nouveaux adhérents pour leur expliquer concrètement la méthode de travail
  • Un temps de conférence sur le sujet de l’école avec des questions préparées à poser à l’intervenant

Après une demie heure de travail en groupes nous faisons donc une synthèse collective pour définir concrètement comment la journée du 12 Mars va se dérouler.

Le travail des groupes de recherche

  • Témoignage d’un ou plusieurs participants pour expliquer pourquoi ils se sont investis dans l’université populaire. Pourquoi intégrer ce projet ? Quelles étaient leurs attentes au démarrage du projet ? Ce qu’ils attendaient concrètement en intégrant l’université populaire. (Sandana : 10 minutes max)
  • L’enjeu philosophique du projet. Les hypothèses de départ qui ont amené la création de ce type d’université populaire. La démarche vers l’émancipation et la démocratie. La spécificité de l’université populaire et notre regard sur l’époque (Miguel : 10 minutes max)
  • La méthode de travail, expliquer de façon très descriptive comment nous travaillons au sein de l’université populaire. Combien de fois nous nous réunissons, qui décide des thèmes de recherche, donner des exemples concrets du travail (Nathalie : 10 minutes max)
  • Explication de l’étape de travail à laquelle nous sommes : l’université populaire n’est pas une activité anodine, il ne s’agit ni d’une obligation ni d’une commande institutionnelle. Nous respectons la démarche de la recherche et son rythme. Il faut encourager les personnes à nous rejoindre, les difficultés que nous rencontrons doivent être partie intégrante de la recherche. L’objectif in fine étant d’arriver à une restitution et à une production expérimentale. (Patrick et Michèle : 10 minutes max)

 

Accueil des nouveaux membres

  • Temps d’explication concrète pour accueillir de nouvelles personnes dans le projet. L’université populaire amène une autre lecture du quotidien, la démarche donne l’envie d’agir, ne plus rester passif. Le travail mis en place dans l’université populaire permet d’évoluer, d’être lié aux autres. L’université populaire réclame du travail, le travail est nécessaire si nous voulons vraiment changer les choses. L’engagement se résume à lors de la période de formation, une réunion par mois avec Miguel, et du travail demandé entre chacune des séances. L’objectif est de travailler collectivement sur ce qui affecte les gens.
  • Partenariat avec l’université Paris 8 pour une validation du travail de recherche. Le partenariat permet aussi pour les personnes intéressées d’obtenir un diplôme Bac+2 de l’université Paris Saint Denis. Les personnes doivent participer intégralement à la formation et à la recherche collective et fournir un écrit personnel pour retracer son parcours dans le projet. L’obtention du diplôme sera ensuite décidée par un jury paritaire entre la MJC de Ris-Orangis et l’université Paris 8. Le diplôme permettra aux personnes intéressées de s’inscrire ensuite en licence science de l’éducation à Paris 8. (Carole : 10 minutes max)

 

Conférence sur l’école et la pédagogie des compétences

  • Présentation du sujet : le groupe école explique rapidement sa recherche et la raison de la venue d’Angélique à ce moment précis du travail. Les questions que nous avons posées à Angélique pour la préparation de sa conférence sont les suivantes :

Quelles sont les missions de l’éducation nationale et ses objectifs ?
Qui définit les objectifs de l’éducation nationale ?
Les rôles et places des enseignants et des parents au sein de l’école ?
Les attentes des parents envers l’école : permettre aux jeunes de trouver un travail
L’employabilité des jeunes qui sortent de l’école, l’école s’aligne sur les attentes et les désirs des patrons et des entreprises.
En quoi l’école des compétences participe-t-elle à la rupture de lien social ?
Il a donc été demandé à Angélique de travailler sa conférence en fonction des questions que le groupe s’est posé et de les aborder sous le prisme de la violence. Cette violence dans l’organisation même de l’école, cette violence invisible que les jeunes subissent de fait. (Nathalie et Sophie : 5 minutes max)

  • Conférence Angélique Del Rey (1 heure d’intervention et 30 minutes de questions avec la salle)

Conclusion et animation de la journée : Carole
Le déroulé de la journée du 12 Mars étant établit et les rôles de chacun définis nous avons ensuite laissé la parole à Miguel pour une intervention théorique par rapport à l’adresse aux gens. En effet, il est important de mobiliser un maximum de personnes sur le projet de l’université populaire pour le faire connaître davantage sur la ville de Ris-Orangis et permettre à de nouvelles personnes de nous rejoindre dans le travail.
Miguel intervient donc d’un point de vue théorique par rapport à la question de l’adresse. Nous vivons dans une société où 90% de la population sont des ignorants, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une culture produit autant d’ignorance. Cette ignorance se mesure au niveau de la déconnexion entre les gens qui utilisent la technique et la structure technique qu’il ne maitrise pas. Nous ne connaissons plus rien des sciences et des techniques qui structurent nos vies. Le rapport entre la technique qui structure nos vies et nous s’est cassé. De la naissance à la mort, les techniques ont dépossédé petit à petit les citoyens. Les techniciens qui maitrisent la technique n’en connaissent, quant à eux, qu’un segment mais jamais la chaine complète.
Nous sommes dans une société de l’ignorance totale, dans cette société tous les liens de solidarité sont rompus. Il n’y a plus d’adresse à l’autre, le sujet se dissout dans un tas de processus technique. Notre société succède à la société de l’homme. Nous sommes passés d’une société de Dieu à une société de l’homme pour arriver aujourd’hui à une société « d’après l’homme ». Le foyer de normalité à partir duquel se crée les normes est devenu un foyer inhumain et sans dieu. La technique seule produit de la norme. Tous les problèmes ne sont plus que technique, il y a un dissolution totale de l’humain dans les processus technique.
Le problème de notre époque est le suivant : quel est le sujet ?
Dans notre travail nous pensons les choses en terme de situations, nous devons travailler des unités dans lesquelles la puissance de vie peut ré-exister.
La question de l’adresse ne se réduit pas aux techniques de communication, c’est une question d’époque : qu’est ce qui nous autorise à parler à quelqu’un d’autre ? La question de l’adresse exige de se positionner de façon différente, parler au nom d’une expérience concrète de vie produit des messages vers d’autres types d’expérience de vie. Dans l’université populaire nous voulons créer un autre mode de production concrète de savoirs.
La question de l’adresse passe par un mouvement d’émancipation, on sort de l’idée qu’il y ait des gens qualifiés pour s’adresser aux autres (et donc d’autres qui ne le seraient pas). Ma légitimité dans l’adresse à l’autre est donnée par mon expérience, c’est donc un approfondissement de la démocratie. Nous sommes les membres d’une expérience collective, lorsqu’on s’adresse à l’autre nous ne le faisons pas de façon individuelle mais comme faisant partie d’un groupe.


Le prochain rendez-vous est donc le Samedi 12 Mars de 14h00 à 18h00 à la MJC


Carole Berrebi

 

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Chronique de l'Université Populaire n°23

rendez-vous du Lundi 21 mars 2011


Ce temps de formation avec Miguel Benasayag a été l’occasion de réunir en un même groupe, les nouveaux animateurs qui débutent la formation et les participants déjà investis dans le travail de recherche. Nous nous sommes donc réunis en groupe élargit (plus d’une trentaine de personnes) pour assister au premier cours théorique proposé par Miguel.
Pour introduire la séance, Max reprend très brièvement l’historique du projet qui a commencé il y a deux ans à la MJC de Ris-Orangis. L’université populaire que nous proposons n’est pas un lieu de diffusion de savoir mais une université de recherche. L’objectif étant d’amener les citoyens à s’emparer des problèmes qui les concerne pour agir dessus, leur permettre de réfléchir collectivement sur des sujets locaux qui leur posent problème dans leur quotidien. L’objectif de la formation que nous débutons ce soir est de former des personnes qui pourront participer à des groupes de recherche mais aussi devenir des animateurs de groupes de travail avec d’autres personnes affectés par le sujet de recherche. Max explique ensuite que la recherche va demander du travail à chacun, nous associons au groupe existant de nouvelles personnes qui vont suivre la formation il est donc très important de venir à toutes les séances organisées dans le cadre de cette nouvelle formation théorique et pratique. Les chroniques des réunions passées sont disponibles sur le site internet de la MJC, www.mjcris.org, vous pouvez les consulter pour rechercher les thèmes que nous travaillerons au fur et à mesure ensemble.
Rachida, animatrice à la MJC de Ris-Orangis, propose ensuite un tour de table pour que chacun puisse se présenter et expliquer ses motivations quant au projet de l’université populaire.
Nathalie : participe au projet depuis sa création (janvier 2009). L’université populaire est un projet enrichissant, la réflexion, les échanges, le partage permettent de comprendre des sujets de société que nous vivons localement. Ce projet apporte beaucoup de choses d’un point de vue personnel.
Charlène : 23 ans, habitante de Ris-Orangis et effectue un service civique volontaire dans une association. J’aime réfléchir et développer ensemble notre esprit critique.
Olivia : 22 ans, effectue un service civique volontaire à la MJC. Intéressée par le projet car j’ai fait des études d’anthropologie et de sociologie et j’ai le sentiment qu’ici je peux appliquer en pratique des méthodes théoriques.
Catherine : Professeur de sciences naturelles à la retraite. J’ai déjà fait une recherche à l’université Paris 8, j’ai maintenant du temps disponible et je veux m’investir dans l’université populaire pour continuer à travailler mes méninges
Yvette : Je travaille à l’université Paris 8, ces recherches que nous commençons pourront permettre à ceux qui le souhaitent d’obtenir un diplôme Bac+2 en sciences de l’éducation. Je veux aussi participer à la recherche car cela m’intéresse personnellement.
Michèle : je fais partie de l’université populaire depuis 1 an et demi. Je travaille dans le secteur social et je suis intéressée pour réfléchir aux transformations de nos sociétés.
Fatima : habitante de Ris-Orangis, j’ai travaillé pendant 10 ans dans l’éducatif. Je ne travaille plus actuellement et je veux reprendre des études. Je suis venue par curiosité car le sujet m’intéressait.
Patricia : je suis intéressée par la démarche que l’université populaire propose, comment produire les savoirs dont nous avons besoins ? Comment produire en cherchant ?
Pascal : salarié de la SNECMA en bureau d’études, militant politique et syndical, je voulais me dégager de cette appartenance et je suis intéressé pour repartir à la source, partir des gens et de ce qu’ils sont.
Marie-Claude : je fais partie de l’université populaire depuis le début, je suis venue au départ car je rencontrais des problèmes dans mon quotidien (notamment par rapport à la disparition du commerce de proximité) et la démarche de l’université populaire m’a intéressé.
Patrick : retraité, je suis depuis plus d’un an investi dans l’université populaire. Ce projet met en avant certaines de mes convictions : la mise en mouvement des citoyens, le lien social, la participation collective, rendre les citoyens actifs…
Miguel : anime ce type de travail depuis plusieurs années dans différents endroits.
Marie-José : habitante de Ris-Orangis et avait envie de discuter et de réfléchir avec des gens pas loin de chez moi
Patricia : ancienne rissoise, enseignante et directrice d’école à Ris-Orangis. Il est intéressant de sortir de l’école et de réfléchir l’école avec d’autres personnes. Je suis très attachée au lien social et il y dans l’université populaire quelque chose qui m’intéresse.
Nazec : intéressée par cette construction de savoirs
Stéphane : je veux arrêter mon travail et je veux me lancer dans d’autres formations, je suis venu ici pour découvrir d’autres façons de faire et de penser.
Delphine : animatrice famille à Longjumeau je suis intéressée par l’université populaire et je voudrais en mettre une en place sur la ville où je travaille. Nous faisons beaucoup de choses pour les habitants mais j’ai envie d’inverser la tendance et de faire des choses qui partent de la base, des gens eux-mêmes.
Melissa : je suis éducatrice, je viens d’arriver au centre social à Longjumeau et j’ai envie d’apprendre.
Max : je fais partie de l’équipe de la MJC qui est à l’initiative de ce travail. La création d’une université populaire à la MJC de Ris-Orangis a vu le jour suite à une démarche d’agrément centre social que nous avons effectué il y a trois ans.
Christiane : j’ai intégré le projet en Novembre 2009 dans le groupe de recherche de l’école. Je suis enseignante spécialisée à la retraite et je voulais enrichir mon point de vue au sujet de l’école.
Jean-Pierre : je suis retraité et j’habite dans une commune limitrophe. Je fais partie du projet depuis le début et j’anime le groupe de recherche sur le commerce de proximité. J’ai une expérience d’éducation populaire dans le cadre d’une association mais l’université populaire proposait un autre mode d’éducation populaire qui m’intéressait.
Patrick : J’ai connu l’université populaire par l’intermédiaire du journal de la MJC « délibérations ». Je lisais l’interview de Miguel et j’ai été séduit car j’ai tout de suite reconnu les concepts de Paolo Freire que j’ai moi-même mis en pratique en République Centre Afrique avec des femmes et des enfants sans même le savoir. Je suis heureux de pouvoir maintenant travailler ces concepts avec mes concitoyens Rissois.
Caroline : franco-argentine, je suis installée en France depuis 2002. J’étais parisienne et je me suis installée en banlieue récemment, mais sans permis de conduire je me suis retrouvée dans l’impuissance et dans la souffrance pendant un an. J’ai découvert la MJC et j’ai pu ainsi me recréer un réseau social. Les sujets de recherche ainsi que la première réunion de présentation m’ont beaucoup plu, c’est pourquoi j’ai décidé de m’investir dans le projet.
Jocelyne : j’habite depuis 20 ans à Ris-Orangis et je travaille depuis 2 ans sur une recherche sur la souffrance au travail. J’ai bien accroché au projet lors de la conférence du 12 mars dernier, et j’ai envie de m’impliquer sur ma ville. La partie recherche me passionne et l’expérience que l’université populaire propose me tente bien.
Annie : je suis retraitée de l’éducation nationale et je cherchais une activité enrichissante et nourrissante. J’ai connu l’université populaire par l’intermédiaire de « délibérations » le journal de la MJC et l’article qui y figurait a piqué ma curiosité.
Après ce temps de présentation et d’échanges des nouvelles personnes désirant s’investir dans le projet, Miguel prend la parole pour aborder la formation en commençant par quelques concepts théoriques.
L’université populaire comme nous la concevons trouve son origine dans le constat philosophique, politique et social que nous faisons de notre société. L’université populaire n’est pas pour nous un cycle de conférence où nous apportons le savoir en dehors de l’académie. Nous partons d’un point de vue différent et critique, nous voulons comprendre théoriquement et pratiquement ce qui se passe dans nos vies, pourquoi le lien social est-il cassé ? Comment expliquer la souffrance et la tristesse des gens ? Tout ce qui se passe dans nos vies nous l’apprenons par l’intermédiaire des médias et l’université classique a pour but d’informer un peu plus les gens.
L’université populaire alternative que nous proposons est la suivante : dans des lieux populaires qui ne sont initialement pas fait pour, comment pouvons-nous créer des lieux d’expertise populaire ? Des lieux dans lesquels les gens ne sont pas dans une dépendance par rapport à ceux qui possèdent le savoir, des lieux où il est possible de produire du savoir collectif issu de l’expérience. Ces pratiques alternatives n’ont pas pour vocation de devenir des institutions parallèles.
Notre objectif dans un premier temps, est de former des personnes volontaires à une méthode de recherche (comment comprendre le contexte, comment tirer des hypothèses…) pour arriver ensuite à une seconde phase de travail pratique en direction de la population. La phase initiale de formation est essentielle pour bien comprendre le principe de l’université populaire et les concepts qui en découlent.
L’UPLS propose de se former et de construire des savoirs. Pour comprendre pourquoi les problèmes de notre société existent, la pire des choses seraient de croire qu’en se réunissant et en donnant son avis on pourrait trouver des solutions, NOUS, à des problèmes nationaux. Quel savoir nouveau aurions-nous ? Par quel mécanisme concret nous pourrions trouver des solutions entre nous à ces problèmes ? L’UPLS ne promet rien à personne, nous ne voulons pas que les gens croient en une bonne parole. Nous formons un groupe d’experts populaires qui peuvent au fur et à mesure former un contre-pouvoir, le travail de recherche est de fait populaire en cela qu’il est fait dans un quartier et non à l’université.
Nous voulons prouver que dans des lieux populaires, il est possible par rapport à des sujets qui touchent les gens, de produire des savoirs et de l’expertise.
Notre hypothèse de base est la suivante : pour pouvoir sortir de l’impuissance, de l’isolement, il faut se donner les moyens de comprendre, se donner les moyens d’agir donc il ne faut pas avoir peur d’essayer des choses. Dans les universités françaises classiques les chercheurs ne vont jamais à la pratique sur le terrain. Les savoirs se trouvent dans des lieux éloignés de la pratique et là où il y a de la pratique il n’y a pas de savoirs. Les éducateurs, les travailleurs sociaux ont une grande connaissance du terrain mais personne ne vient jamais récupérer leur savoir, ils n’ont même pas eux le temps de réfléchir car ils font trop souvent face à des situations d’urgence.
Notre expérience se veut politique au sens noble du terme, nous nous intéressons aux affaires qui se passent dans la « cité ». Les gens sont de plus en plus habitués à ce que la connaissance soit détenue par les techniciens, par le pouvoir mais il est difficilement concevable que nous, simple citoyen, nous puissions aller à la recherche de ce savoir. Nous cherchons à trouver comment concrètement, dans des situations concrètes, des gens peuvent se mettre au travail pour réfléchir sur leur quotidien.
Miguel expose ensuite les travers dans lesquels nous devons faire attention à ne pas tomber :

  1. Les gens ne doivent pas venir écouter un conférencier. Nous ne proposons pas dans ce projet un cycle de conférence, nous donnons des instruments concrets pour aller vers un travail de recherche. Il est important que nous partagions un désir de travail en commun, il faut que les personnes participantes soient partantes pour tenter l’expérience. Les personnes qui désirent venir en « observateur » en « touriste » sont bien évidemment les bienvenus tout au long de la formation.
  2. Nous ne devons pas tomber dans le groupe de parole car nous sommes un groupe de recherche. La convivialité est essentielle mais il est important de fournir un réel travail.

Max rebondit alors en expliquant que le projet de l’université populaire est l’unique projet de la MJC dans lequel il n’y a aucune notion utilitariste, aucune échéance, aucunes dates imposées… Le travail que nous menons ensemble est, lui aussi, expérimental. Nous avançons en même temps que le travail avance, nous ne produisons pas tant que les participants ne sont pas prêts à aller vers la production. Les personnes qui désirent réellement s’investir dans le projet doivent fournir un réel travail, tout ce que nous pouvons vous promettre c’est que l’engagement dans le travail et la mise en action du concept produit une joie immense.
La critique que Miguel fait par rapport au groupe de parole ne signifie pas que les personnes participantes ne peuvent pas s’exprimer. Le travail de recherche que nous menons, étudier des faits sociaux, étudier des difficultés du quotidien, ce travail nous amène à l’étude d’un objet précis, c’est en cela que la forme du groupe de pas parole n’est pas possible dans notre travail car l’objectif in fine est bien d’arriver à une production. Pour comprendre les faits sociaux le dialogue n’est pas nécessaire, il nous faut comprendre les méthodes et les pratiques. Les personnes doivent se sentir à l’aise pour participer mais l’objectif final n’est pas interne au groupe, or l’objectif du groupe de parole est un objectif interne au groupe.
Dans notre travail, nous devons bâtir un socle commun de savoirs théoriques et pratiques pour produire des hypothèses pratiques de travail. Notre objectif est extérieur, il est au-delà du groupe. Nous devons ensuite confronter les hypothèses de travail avec du vécu. Nous développons des hypothèses autour d’un sujet central et nous demandons aux participants, non pas d’assimiler ce que nous donnons, mais de réagir par rapport à leur expérience de vie sur les différents sujets. L’UPLS doit permettre l’interaction entre les savoirs académiques, les savoirs codés, et les expériences de vie de chacun sur les sujets de recherche. Miguel prend alors l’exemple d’un médecin obstétricien interrogé à la télévision par rapport au lien entre la pleine lune et l’augmentation des accouchements durant ces nuits de pleine lune. Le médecin parle avec un savoir académique restreint et codé et explique qu’il n’y a pas de lien entre les nuits de pleine lune et l’augmentation des accouchements. Dans l’UPLS nous devons écouter l’expérience non-codée des personnes qui vivent les problématiques, si vous interrogez les sages-femmes à ce sujet elles vous diront, par rapport à leur expérience, que effectivement, en pratique, il y a davantage d’accouchements les nuits de pleine lune.
La partie théorique de la formation sera donc dispensée par Miguel à raison d’une séance toutes les trois semaines. Entre ces séances nous proposons de retravailler sans Miguel pour revenir sur les apports théoriques qu’il nous aura fourni et discuter entre nous pour assimiler au fur et à mesure les concepts de l’UPLS. Il faut attendre un peu pour passer à la partie pratique car nous avons pour le moment besoin d’outils et de méthodes par rapport au travail de recherche.
L’objectif de notre enquête n’est pas de se substituer aux institutions qui organisent la vie sociale mais d’essayer de restaurer une capacité d’agir chez les citoyens, la capacité de se mettre en mouvement sur des thématiques qui nous préoccupent, qui nous affectent.
A la fin de cette introduction qui définit clairement le cadre dans lequel l’université populaire s’inscrit et après une courte pause (les estomacs commencent à manifester leur existence !) Miguel développe quelques points théoriques pour commencer la formation à proprement dite.
Miguel commence donc avec deux concepts : le concept d’époque et celui de ce que Foucault appelle les savoirs assujettis. Nous vivons dans une époque où il se passe des choses nouvelles par rapport à la distribution du savoir et des connaissances dans notre société. Le cadre historique que nous définissons justifie l’action de l’université populaire.
Notre société traverse une crise profonde qui n’est pas que politique et économique. C’est une crise des fondements majeure et profonde.
Les savoirs assujettis : ce que Foucault appelle les savoirs assujettis ce sont tous ces savoirs dont les gens sont porteurs sans en être conscients. Miguel, pour illustrer son propos, prend l’exemple des esclaves dans l’antiquité qui portaient un message tatoué dans leur nuque. Ils portaient un message qu’ils ne pouvaient pas voir. Tous les hommes sont porteurs de savoirs, par le simple fait que nous vivons nous sommes porteurs d’un tas de savoirs qui ne nous sont pas accessibles. Les savoirs assujettis sont liés à la modélisation du monde par ordinateur. On crée un modèle de société qui est une société de l’information, l’information est partout. La recherche que Miguel propose correspond au fait de différencier deux types d’information, l’information codée et l’information non-codée. L’information codée est un accès au niveau conscient de l’humain, au niveau symbolique, au niveau de la langue. L’information non-codée est une information que nous possédons mais dont nous n’avons pas accès.
Les savoirs codés peuvent parfois être marginalisés et oubliés. (en Egypte par exemple, 2000 ans avant Jésus Christ le savoir codé disait que la terre était ronde, ce savoir a ensuite était oublié, la terre est devenu plate, pour être ensuite retrouvé plusieurs années plus tard. Nous en tant que corps vivants, nos corps ont toujours su que la terre était ronde car les rapports physico-chimiques entre la terre et les autres corps correspondaient à une terre ronde : gravitation, horloge biologique…)
Les savoirs non-codés correspondent aux savoirs de la vie. Les savoirs assujettis sont des savoirs de l’expérience non codés par l’académie, ce ne sont pas des savoirs nobles au sens de l’académie.
Le travail de l’UPLS n’est pas d’apporter des savoirs nobles en dehors des lieux académiques mais de confronter, d’articuler, les savoirs nobles et les savoirs assujettis. Nous devons récupérer les savoirs de l’expérience qui fondent la vie des gens, chercher comment les gens sont affectés par le monde, comment ils sont touchés par le monde.
Miguel dissocie deux notions : la différence entre pâtir et être affecté.
« Le soleil est méchant car il m’a brûlé » cette position correspond au pâtir, elle ne donne aucune information par rapport au soleil.
« Marie est gentille car elle m’a donné du chocolat » nous sommes encore ici dans le pâtir, nous n’avons aucun information par rapport à Marie.
Politiquement on ne demande pas aux gens de comprendre les processus dans lesquels ils se trouvent, les campagnes sont organisées de façon à ce que les personnes choisissent de quelle manière elles préfèrent pâtir. Ce non savoir, cette passivité fonctionne comme un mécanisme de domination.
Opinion : ce que je pense, ce non savoir, qui se fonde à partir d’une position passive du pâtir.
Connaissance : tout effort pour comprendre davantage les mécanismes de domination
Etre affecté : la façon dont je suis affecté produit une connaissance sur la cause de mon affectation, c’est une connaissance par la cause.
Dans notre vie sociale nous sommes de plus en plus affectés de façon passive. Nous recevons passivement des informations du monde et nous nous formons des opinions sur ce flou total.
Notre société traverse une crise, cette crise vient des rapports de notre société avec la nature, l’homme et la culture. En anthropologie on appelle cela un mythe, c’est une structure presque matérielle, objective, qui structure dans une société la vie, la mort, la façon de souffrir, la façon d’aimer… Il s’agit d’un ensemble dynamique et objectif. Nous sommes tissés par les mythes culturels de nos sociétés.
Lévi-Strauss explique les bases du mythe : description de la société / explication de la société / justification de la société.

  1. Description de la société : cette base est très importante pour unifier de manière homogène une réalité matérielle hétérogène. C’est le travail de la vie, une multiplicité de perceptions hétérogènes nous afflue et avec ça il nous faut créer un état homogène sinon cela peut conduire à une folie
  2. Explication de la société : pourquoi il arrive ce qui arrive ? Pourquoi ma société est comme cela ? Si nous donnons une explication aux choses elles deviennent vivables.

En anthropologie il existe deux sortes d’organisation de la société : la société de la circularité et la société de la linéarité.   
Notre société est une société de la linéarité et elle correspond à toutes les sociétés en Europe. L’histoire de notre société est une histoire ascensionnelle, on part de l’obscurité totale pour aller vers la lumière, cela correspond au mythe du progrès. Les sociétés occidentales ont parié sur ce progrès. Cette société explique que tout ce qui est mauvais disparaitra un jour.
Dans les sociétés circulaires il n’y a pas de séparation substantielle entre ce qui est mauvais et ce qui ne l’est pas, entre le négatif et le positif (le moment où je souffre fait partie de façon indispensable du moment où je vais bien). La mort est vue dans ces sociétés comme un processus inévitable de la vie. Dans ces sociétés on affronte la maladie mais le progrès n’a pas comme visée ultime la disparition du mal. Le mythe du progrès dans nos sociétés correspond à l’idée qu’un jour le mal va disparaître.
Dans les sociétés circulaires, l’homme ne se vit pas comme extraction du monde en étant le sujet du monde et le monde son objet, l’homme fait partie d’un ensemble complexe, le progrès n’augmente pas le pouvoir de l’homme.
Dans les sociétés linéaires, l’homme se sépare de la nature et regarde le monde comme un objet à connaitre, à dominer, à modifier. L’homme est son propre messie et son propre prophète, l’humanité va arriver à un point où l’homme va pouvoir tout maitriser.
Dans notre société de la modernité le concept de liberté est associé à celui de domination, est libre l’homme qui domine son corps, la nature… Le mythe du progrès s’est construit à travers l’occident et régit toutes les activités humaines. Tout ce qui avance va dans le sens de l’histoire, toutes les nouvelles techniques sont vues comme une avancée.
La crise que nous vivons correspond à la rupture de cette promesse de progrès. Cette crise de la modernité correspond au fait que ce mythe, cette croyance qui expliquait toutes les activités humaines est rompue.
Cette rupture nous installe dans une société sans paradigme, sans un mythe fort pour structurer notre société. Notre humanité a connu d’autres crises où la structure du mythe de remplacement correspondait à la structure d’un mythe perdu. La crise est différente lorsque l’on perd un paradigme tout en restant dans un même type de paradigme et lorsque l’on perd un mythe sans en avoir d’autre de remplacement. Nous sommes dans le deuxième cas de figure. La rupture ce manifeste dans nos sociétés par une recherche d’identité, un fanatisme religieux, un communautarisme grandissant… Nous n’arrivons plus à construire de l’ordonné à partir du désordonné.
La crise est liée au futur, nous sommes passés d’un futur vu comme une promesse à un futur devenu menace. Avec le mythe du progrès le futur était positif, demain était synonyme de quelque chose de mieux car c’était le sens de l’histoire. La crise amène une perte de cet objet de désir, le futur devient négatif, il devient une menace par rapport au présent.
Après ces quelques points théoriques et considérant l’heure tardive Miguel explique le sujet de la prochaine réunion à savoir : Les causes de cette rupture, comment ce mythe s’est cassé ? Les conséquences de cette rupture et enfin revenir sur le concept d’époque qui explique l’intérêt du travail que nous mettons en place au sein de l’UPLS.

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

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Chronique de l’UPLS n°24

réunion intermédiaire du 5 avril 2011


Max présente en introduction le cadre de ces réunions intermédiaires que nous proposons aux participants. Nous tirons les leçons du travail de deux ans sur l’université populaire et nous pensons qu’il est important pour le bon fonctionnement de la formation de revenir sur le travail entre deux temps de formation avec Miguel et cela à deux niveaux :

  1. Point sur la pédagogie mise en œuvre et sur la méthode de travail
  2. Les aspects théoriques pour reprendre sur d’éventuelles incompréhensions ou désaccords par rapport aux concepts abordés par Miguel

En ce qui concerne la méthode, Max rappelle que la formation avancera au rythme du groupe, nous avons un programme sur les deux prochaines années mais ce projet n’est pas un projet utilitariste, le rythme du travail peut donc fluctuer en fonction de l’avancée du groupe. Si nous observons qu’il faut davantage de temps au groupe pour s’approprier les concepts nous n’aurons aucun problème à prendre ce temps nécessaire. Cette façon de travailler est nouvelle pour nous, dans tous les autres projets que nous développons nous avons à chaque fois des délais imposés, or dans l’université populaire nous sommes dans une expérimentation et nous voulons conserver une liberté d’action maximale.
A la suite de plusieurs questions par rapport aux groupes de recherche et à leur fonctionnement, Max se propose de réexpliquer le principe des groupes de recherche. L’idée étant de partir de problèmes locaux qui nous affectent, auxquels nous voulons trouver des solutions de façon collective. Au fur et à mesure de la formation théorique nous avons pris dans le premier groupe de formation des animateurs de l’université populaire un objet, un sujet d’étude pour travailler sur la démarche. Nous avons ainsi, à la suite de la dernière formation, lancé 3 groupes de recherche (disparition du commerce de proximité, violence au collège, rupture de lien entre les générations sur la ville). Avec le recul des deux dernières années de travail nous avons compris qu’il est important de cibler de façon très claire les sujets de recherche et le territoire que nous choisissons pour effectuer la recherche. Il est important de cibler concrètement un territoire d’action assez restreint car plus on a de prise sur les choses et plus il est possible de mettre en place des choses et de mobiliser les personnes.
Max reprend par rapport au concept d’affectation, le simple fait d’être affecté n’est pas simple, de nos jours on arrive plus à être affecté par les choses et les problèmes qui nous entourent. On s’en défend, on évite de réfléchir sur les problèmes qui nous affectent et on reste beaucoup plus souvent dans du pâtir, on subit les problèmes que l’on rencontre. Le thème que nous choisirons est très important par rapport à la réussite de l’expérience. Il faut créer des groupes de personnes très liées autour d’un problème qui les affectent réellement. Les sujets de recherche doivent être très ciblés localement et au fur et à mesure du travail nous allons penser de façon plus globale. Il faut partir d’un sujet très concret que l’on veut résoudre car plus le sujet est repéré, plus il nous sera possible de travailler et d’agir dessus.
Il est possible, pour ceux qui le souhaitent, de se « ballader » dans les groupes de recherche déjà en place pour observer concrètement comment la recherche fonctionne. La formation théorique est très importante, elle va armer les participants pour effectuer correctement la recherche. Il ne faut pas avoir peur de jouer aux « apprentis sorciers », il faut oser réfléchir autour d’un thème, oser aller interviewer des habitants, oser interpréter ce que les habitants nous disent mais avant tout cela il faut une base importante de formation théorique.
Dans la recherche nous devons partir de l’expérience des gens, quand nous les interrogeons, nous devons essayer de récupérer leur expérience sur chacun des sujets et non pas leur opinion. Max prend l’exemple du diagnostic social que nous avons réalisé à la MJC. Des personnes interrogées nous parlaient de l’insécurité, une personne nous parlait de ses peurs mais elle nous expliquait qu’elle laissait toujours sa porte d’entrée ouverte. Nous avons observé un décalage fort entre les opinions des personnes et leur expérience de vie, dans ce cas les actes de la personne interrogée étaient incohérents avec les peurs qu’elle énonçait.
Des questions émergent ensuite par rapport à la portée de notre travail, est ce que le travail que nous menons ici est entendu plus loin ? Max répond que pour le moment ce n’est pas le cas car nous sommes encore à un stade expérimental. Notre travail intéresse pour le moment certaines institutions, le fait que des citoyens se prennent en main pour réfléchir à des problèmes qui les concernent en adoptant une méthode de recherche intéresse certaines institutions désireuses de voir le citoyen se réapproprier les problèmes de la « cité ».
Imaginons que sur une ville comme Ris-Orangis nous créons 20 groupes de recherche composés chacun de dix personnes, ce travail aurait une force exceptionnelle. Cette expérience peut être très puissante dès que le travail de recherche se met en place et que ça roule.
Le travail de l’université populaire c’est une forme de résistance pour ne plus se sentir impuissant, c’est comprendre un phénomène et essayer d’agir dessus. Notre travail peut avoir un impact mais nous devons chercher l’impact sur le problème travaillé et non pas sur l’institution, le défaut étant d’aller toujours vers l’institution pour qu’elle règle elle-même le problème, or nous devons tenter de régler ce que nous pouvons et de fait l’institution sera intéressée par notre travail.
Le groupe de recherche lancé par l’université populaire sur un thème peut lui-même essayer une expérimentation très concrète, il est important que nous fassions nous même l’expérience des choses. Nous parlons d’expérimentation et non pas d’essai, nous proposons des choses dans l’espace public pour créer du débat, on donne nos intentions dans l’espace public.
Notre projet est bien de former des animateurs de l’université populaire, ce projet s’inscrit dans les principes de l’éducation populaire dans le sens où nous formons des personnes qui pourront elles-mêmes former d’autres participants. Toutes les personnes qui participent à la formation pourront, à l’issue de celle-ci, animer un groupe de recherche.

 

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

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Chronique de l’UPLS n°25

rendez-vous du lundi 23 Mai 2011

 


Nous étions une trentaine de personnes autour de Miguel pour cette nouvelle séance de formation sur les concepts de l’université populaire. Miguel a tout d’abord commencé la réunion en expliquant la méthode de travail qu’impliquait une recherche. L’idée est de solliciter l’attention des gens en spirale, une chose est développée puis une autre pour avoir différents points de vue sur un objet de travail. Nous travaillons sur des modèles, nous ne proposons pas des vérités révélées ou des affirmations à apprendre mais un travail rationnel et scientifique. Nous présentons un modèle et nous observons ce qui se passe lorsqu’on applique ce modèle. Nous ne demandons pas aux participants d’être en accord avec ce que nous énonçons mais de comprendre le modèle que nous présentons et d’analyser ce qui se passe dans le cadre du modèle présenté. Le travail de recherche consiste donc au partage des modèles conscients. Notre approche et notre analyse du monde correspond à un modèle car le principe d’un modèle est qu’il peut être réfuté.
En attendant les retardataires, Miguel propose de revenir sur les éventuelles questions des participants concernant les points abordés lors de la précédente réunion. Une question est alors posée concernant le concept d’asymétrie qui est le modèle par excellence. Le modèle classique de la modernité correspond à une flèche ascendante guidée par le progrès. C’est cette idée de la modernité qui correspond à la différence majeure entre la culture occidentale et les différentes autres cultures. Les autres cultures sont très différentes les unes des autres mais leur unique point commun est que dans ces cultures les techniques et les savoirs produits s’incorporent dans quelque chose d’organique, on ne considère pas que la société soit dans une pente ascensionnelle vers un savoir absolu. La seule culture à avoir produit cette idée que l’humanité arrivera à un savoir total capable de résoudre tous les problèmes c’est la société occidentale.
Cette idée de la modernité dans la société occidentale donne sens à toutes les actions du quotidien, toutes les activités humaines sont orientées dans cette direction. Le problème se pose lorsqu’une rupture apparaît dans le modèle, la théorie de la modernité commence à se casser (le vaccin dernièrement trouvé supprime telle maladie mais il va nous amener en même temps un autre problème de santé publique, aux Etats-Unis dans les années 60 on décide d’enlever l’appendice de tous les enfants pour éviter l’appendicite et lorsqu’on pense avoir dépassé ce problème on s’aperçoit qu’un arc immunitaire existait entre l’appendice et les amygdales). L’idée de la modernité organisait le sens des choses. C’est le sens de l’acte qui donne une lecture de l’acte lui-même. Le modèle de la modernité guidait toutes les sciences (psychiatrique, politique, économique, sociale…). L’idée que la société progresse de l’obscurité vers la lumière s’appliquait dans tous les domaines et chaque modèle ascensionnel est légitimé par ce paradigme qui les contient tous.
Notre société a perdu ce paradigme. Dans différentes dimensions de la vie les gens continuent à fonctionner dans des modèles qui n’ont plus le paradigme qui les légitimait. On continue à fonctionner comme si nous vivions toujours avec ce paradigme de progrès alors même que ce paradigme est cassé et s’est effondré. Cette rupture implique donc beaucoup de questionnements : comment continuer à agir pour la justice, pour la solidarité, tout en sachant qu’un monde des justices n’est pas possible.
Nous ne défendons pas un modèle, le modèle n’est qu’un instrument que nous utilisons pour aller vers la compréhension et la connaissance de la réalité.
Ce paradigme que nous avons expliqué plus tôt ne se casse pas du jour au lendemain, une grande partie de l’humanité continue de penser que quelqu’un va rétablir cette promesse, ce qui explique en partie l’essor des sectes et du fanatisme car le fait de faire le deuil de cette promesse est difficile pour la plupart des gens, cela reviendrait à un « chacun pour soi » intolérable pour une grande partie des gens. Nous devons donc observer les modèles qui expliquent notre société pour réfléchir au sens de notre action « au nom de quoi on agit ? ». Dans la société moderne avant rupture, l’action était transcendée par ce que l’avenir devait nous apporter. Le pourquoi de l’acte était donné par la promesse d’un mouvement émancipateur de l’humanité.
Miguel explique alors le modèle dans lequel nous nous trouvons actuellement qui est le modèle de l’asymétrie : pour expliquer le concept à l’aide d’un exemple, si dans une situation concrète je permets que les forces de l’ordre françaises attrapent des enfants et leurs parents sans-papiers, si j’accepte cette réalité est ce que c’est pareil que si je ne l’accepte pas. Il faut établir des asymétries entre le fait d’accepter et de que cela induit et le fait de ne pas accepter cette situation dans une réalité concrète. L’asymétrie est la recherche d’un modèle alternatif dans lequel la justification de mon acte trouve une raison en soi, sans besoin d’avoir des hypothèses sur le futur. (J’agis parce que l’histoire me donnera raison, on fait une hypothèse sur l’histoire comme on pourrait faire une hypothèse sur dieu). Cette position correspond à une logique théologique, le futur lointain explique ce que je fais aujourd’hui. La raison de l’acte est donnée par un sens orienté vers un paradigme.
Max réagit alors par rapport à ce que lui évoque ce concept. Il explique que le modèle républicain l’a construit et lui a transmis les valeurs qu’il défend aujourd’hui. Cependant dans la réalité concrète ce modèle ne fonctionne plus. Dans le travail social, si je continue à transmettre ce modèle en quel je crois, il y a toute une partie de la population qui me dira que je raconte n’importe quoi. Quand je regarde la réalité concrète je vois bien que ce modèle de valeur ne marche plus. Je pense donc qu’avec l’université populaire et le travail de recherche il faut accepter d’être ébranlé par rapport à ses certitudes.
Miguel reprend alors par rapport aux propos de Max en expliquant que le fait de réfléchir à notre rapport aux valeurs est une question essentielle dans le travail social de recherche. Quel rapport culturel et individuel avons-nous avec nos valeurs ? Il est important de prendre un minimum de distance pour voir dans quelle grille de valeurs nous agissons lorsque nous effectuons un travail social de recherche pratique. Les valeurs les plus évidentes s’inversent et deviennent marginales avec la rupture du modèle.
La question de la norme sociale : Dans la société occidentale, la norme existe par rapport à la nature avec un rapport paradoxal (la norme est tantôt naturelle, tantôt non-naturelle). La norme se justifie sans aucun problème par rapport à deux choses contradictoires. La norme fonctionne en éloignant ce qui apparaît comme plus ou moins anormal. Par exemple, l’homosexualité s’éloigne de la norme parce que cela s’éloigne de la nature, ce qui est marginal c’est ce qui est visible depuis la norme. Le Maire de Paris est homosexuel mais personne ne dit que le Maire de Bordeaux est hétérosexuel : ce qui est à la norme, ce qui correspond à la norme ne se voit pas. (Obama est le premier président noir, on a jamais vu un titre avec tel président est blanc ; la présidente argentine est une femme titre les journaux, il n’y a jamais eu de titres dans les journaux pour son prédécesseur avec le président de l’argentine est un homme…). La norme correspond donc au rapport de notre perception par rapport à la normalité, c’est le rapport de ce qui est perçu par rapport à ce qui n’est pas perçu. Cette perception se traduit culturellement par des valeurs. La solidarité devient de plus en plus visible ce qui signifie que cela représente de moins en moins la norme. Les valeurs ne sont donc pas universelles, elles dépendent d’un mouvement avec la norme. Les valeurs correspondent à un ensemble de référents qui ont toujours à voir avec le dynamisme d’une société mouvante et en plein changement.  Les valeurs changent tout le temps (il y a un peu plus d’une trentaine d’années en Allemagne on « traitait » les homosexuels, il y a à peine un siècle Freud décrivait l’homosexualité comme une pathologie grave alors que maintenant c’est l’homophobie qui est éloignée de la norme et non plus l’homosexualité). Les valeurs changent constamment en fonction de la vie sociale mais cela ne signifie pas que les valeurs sont relatives. Nous devons donc étudier comment fonctionne cet étiquetage social (homosexuel, femme, noir, etc tout cela correspond à des étiquettes sociales).
La culture moderne est une culture de l’exclusion, de la distance par rapport à la norme. Le lieu de la norme est vide par excellence car ce qui est à la norme n’est pas visible.
Etiquetage : correspond au fait de prendre un élément d’un ensemble multiple, cet élément prend ensuite la place de l’ensemble. C’est un fonctionnement métonymique (je vois une voile à l’horizon) on prend une partie pour un tout.
Lorsqu’on dit « cet homme est noir » dans l’étiquetage social tout le reste disparaît, l’étiquette efface le tout. Avec l’étiquetage, l’autre devient transparent pour moi. La norme produit du discours sur le groupe étiqueté, le groupe n’est plus un objet complexe il est objectivé. Le fait d’être transparent pour la norme amène le groupe à être un objet de discours (on peut dire comment sont les noirs, comment ils se comportent…). Un grand nombre de savoirs se développe sur l’étiquette ce qui efface de plus en plus la complexité qu’il y a derrière l’étiquette.
Lorsqu’on est étiqueté et qu’on devient un objet on perd la complexité propre au désir, on ne fonctionne plus que par des besoins.
Par exemple, le groupe étiqueté comme chômeurs ne peut plus avoir de désirs obscurs mais un seul besoin : avoir du travail pour devenir normal. Les chômeurs ne doivent pas nous casser les pieds avec leur désir car la seule chose dont ils ont besoin c’est du travail.
Tout groupe étiqueté par la norme devient un objet de savoir.
Foucault nous expliquait une équation entre le pouvoir et le savoir. Une structure de pouvoir donnée va produire des savoirs qui justifient son pouvoir. Lorsqu’on conteste le pouvoir en place on s’appuie sur les savoirs que ce pouvoir a produit. La domination sociale se justifie toujours sur des savoirs ayant comme seule fonction de légitimer le pouvoir.
Le mécanisme de l’étiquetage correspond au besoin d’effacer la complexité derrière l’étiquette. Les groupes opprimés sont tenus de s’identifier à l’étiquette.
Naturalisation de la norme : tout mécanisme qui crée des valeurs crée aussi des perceptions normalisées par rapport à ces valeurs. Les normes et les valeurs sociales prennent corps dans le corps des gens. Tout le monde pense percevoir le monde comme il est mais nous avons tous une grille de valeurs entre nous et le monde c’est le schéma référentiel opératoire. Cela correspond au schéma de référence qui me permet d’opérer, d’observer et d’agir dans le monde.
Miguel prend un exemple concret pour nous expliquer ce schéma de référence : une personne nous dit qu’elle n’est pas du tout raciste, elle voyage au Maroc, séjourne chez l’habitant mais lorsqu’elle voit les marocains manger avec les mains elle a un haut le cœur, elle ne peut pas contrôler cette sensation. Miguel nous explique que ce comportement relève de l’arc réflexe.  L’information n’a pas besoin de monter au cerveau pour qu’une réaction ait lieu, le corps réagit tout seul. Une culture crée un ensemble d’arc reflexe culturel. Lorsqu’on est habitué à manger avec des couverts, le fait de voir quelqu’un agir autrement provoque une réaction de refus de notre arc reflexe culturel. La norme culturelle est efficace quand elle prend corps chez les gens sous forme d’arc reflexe car cela fait sentir aux membres de la culture que leur culture est naturelle par rapport aux autres cultures. L’arc reflexe confirme les préjugés et les valeurs d’une culture. Je ressens dans mon corps que l’autre est tout autre, je n’ai plus aucun socle commun avec lui.
Un groupe étiqueté en révolte est un  groupe qui passe d’objet de discours à sujet de discours par rapport à la norme. La dynamique sociale de changement amène les groupes étiquetés à eux-mêmes étiqueter la société et à se démultiplier. Lorsque l’étiquette se démultiplie et tend vers l’infini (homme noir mais aussi artiste, docteur…) le groupe n’est plus visible en tant que groupe étiqueté et devient alors normal. Personne ne nait étiqueté, on devient étiquette car on nous pousse à coller à cette étiquette.
La légitimation du pouvoir en place se fait selon deux voies : le savoir (des savoirs sont créés pour justifier le pouvoir) et l’arc reflexe. Le mécanisme de l’arc réflexe me donne la certitude que mes normes sont naturelles car elles sont imprimées dans mon corps.
La sensation d’impuissance dans notre société actuelle est elle aussi socialement construite, notre société construit petit à petit un arc réflexe qui me dit « non on ne peut pas changer les choses ». L’homme contemporain se trouve dans un narcissisme négatif et dépressif « je ne peux penser qu’à moi et je ne peux pas changer le monde ».
Lorsque le groupe objet de discours se forme en tant que sujet il y a formation de lien social. Or dans notre société il y a très peu de groupes sujets, les groupes sont de plus en plus objets de discours ce qui ne favorise pas la création de lien social. Quand un groupe se forme en tant que sujet du discours, le pouvoir va créer des savoirs pour invalider leur parole qui ne sera alors plus comprise comme une parole mais comme un symptôme.
Miguel explique enfin l’importance de la question des valeurs dans la formation d’acteurs sociaux : nous devons nous interroger pour savoir quelles sont nos valeurs et d’où viennent-elles ? Il ne s’agit pas de renier nos valeurs mais de ne pas considérer mes valeurs comme normales ou naturelles. Il faut comprendre que nos valeurs ne sont pas forcément la vérité universelle.
Miguel explique brièvement les trois modèles d’appréciation des valeurs :

  1. Universel abstrait : ma position est universelle et tout ce qui ne correspond pas à mon système de valeur est déviant. Le socle commun correspond à mes valeurs.
  2. Relativisme culture : il n’existe pas de socle commun entre les personnes, chacun reste de son côté dans une paix armé qui correspond au respect des valeurs de l’autre. L’utilisation actuelle du mot respect cache la rupture du socle commun.
  3. Universel concret : La société est tout le monde et nous devons chercher comment faire société avec tout le monde. Il n’y a plus de socle commun mais nous ne sommes pas non plus dans un système où chacun a sa vérité. Il faut trouver comment construire un projet commun et accepter un niveau d’inconfort dans lequel nous devons cohabiter et faire société avec des personnes qui partagent un même territoire (sans pour autant les aimer ou être d’accord avec elles). Il est nécessaire de comprendre que l’autre a une norme différente de la mienne mais il faut trouver comment faire société avec tout le monde. Cette conception de la société pose aussi la question du négatif, si la société est tout le monde il faut cohabiter avec le négatif.

Compte tenu de l’heure tardive nous n’avons pas pu développer davantage ces derniers points, nous profiterons donc de la prochaine séance pour revenir sur ces différents concepts.
Les prochaines dates :

  1. Mercredi 1er Juin à 20h00 au Moulin du Monde : réunion intermédiaire
  2. Lundi 20 Juin à 19h30 au Moulin du Monde : réunion formation théorique avec Miguel
  3. Lundi 4 Juillet à 19h30 au Moulin du Monde : réunion formation théorique avec Miguel

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

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Chronique de l’université populaire n°26 :

Rendez-vous du lundi 20 juin 2011


Nous avons commencé la soirée en faisant un retour des points abordés lors de la réunion intermédiaire. Nous avons ainsi expliqué à Miguel les discussions et débats que nous avons eus lors de la réunion intermédiaire pour lui permettre de revenir sur certains concepts qui n’étaient pas suffisamment compris ou maitrisés. A la lumière de cela, Miguel a commencé la réunion en expliquant le pourquoi de notre travail.
Ce que nous essayons de faire ici, c’est de construire petit à petit un mode de compréhension et d’étude de la réalité. Nous voulons mener un travail de recherche et d’action différent de celui proposé par de nombreuses personnes actuellement (beaucoup de sociologues ou de personnes qui réalisent des audits vont questionner les habitants de manière à connaître leur opinion sur un sujet donné). Nous cherchons dans notre travail à établir une méthode dans laquelle la puissance des gens peut se développer. Notre question n’est pas l’amélioration du service aux gens (comme dans la majorité des enquêtes de satisfaction réalisées) mais de trouver les mécanismes qui développent la puissance d’agir des citoyens, trouver les conditions de l’agir.
Pour travailler une telle méthode il est donc important de comprendre un ensemble de concepts. Comment la puissance des gens est-elle capturée par des mécanismes de pouvoir par exemple (cf texte de la servitude volontaire de La Boétie avec son côté intemporel tout en essayant de comprendre ce qui se joue de nos jours).
En effet, La Boétie écrit «le discours de la servitude volontaire » au début de la modernité, au moment où l’homme devient petit à petit sujet de l’histoire. Il est donc intéressant d’étudier ce texte pour son côté intemporel mais de réfléchir aussi comment ces mécanismes se mettent en place aujourd’hui car à son époque la confiance dans « l’homme » était totale. Il va, malgré lui, critiquer la philosophie des Lumières qui arrive après et qui explique que l’homme peut se libérer de ses chaines pour devenir son propre dieu. La Boétie nuance donc ce propos en expliquant que ce n’est pas si simple et en introduisant ainsi le concept de « servitude volontaire ».
Le constat de La Boétie est le suivant : les gens tiennent à leur chaine comme si il s’agissait de leur liberté. Le fait que les hommes tiennent à leur servitude ne tient pas qu’à la peur des armes de l’armée du puissant. Cette pensée est à l’époque à contre-courant des idées développées par les autres penseurs.
Marx disait que les ouvriers n’ont que leurs chaines à perdre.
Spinoza disait que les hommes tiennent à leurs chaines comme si il s’agissait de leur liberté.
Aujourd’hui nous pouvons dire que les hommes tiennent à leurs chaines beaucoup plus qu’à leur liberté. La servitude volontaire n’est pas la responsable de la névrose mais est décrite de façon structurelle.
Notre question est donc la suivante : comment, en tenant compte de la structure d’oppression voulue par les gens, on peut travailler sur la puissance des gens pour leur permettre d’agir ? Comment toutes les personnes (y compris les personnes les plus en marge de la société) participent-elles à quelque chose qui va vers la puissance d’agir.
Dans la plupart des cas, la recherche/action reste souvent dans le passif : on observe juste comment les gens ont vécu telle ou telle chose (création d’un commerce, fermeture d’une gare…). Dans notre travail de recherche/action nous voulons chercher les conditions de la libération de la puissance des gens en prenant en compte tout le monde. C’est pourquoi dans notre travail la formation des participants est une chose essentielle car elle va beaucoup plus loin que la simple formation à la conduite d’entretien. Nous ne cherchons pas à récupérer des informations pour savoir si les gens sont heureux ou pas, nous voulons réfléchir aux conditions selon lesquelles un mécanisme de libération de la puissance peut exister.
Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, il est donc demandé aux participants de lire « le discours de la servitude volontaire » de La Boétie. Le texte est disponible sur internet ou aux éditions « le passager clandestin » avec une préface réalisée par Miguel Benasayag.
Miguel propose ensuite d’aborder plusieurs concepts nécessaires à la compréhension du travail à mener.
Abstrait / Concret :
Nous vivons tous, en tant que personnes du quotidien, avec notre propre perception du monde que nous prenons comme la vérité, une vérité concrète. Tout ce qui nous apparaît comme détermination concrète est vraie tant qu’on ne les prend pas pour LA vérité. Ces éléments font en effet partie d’une vérité mais nous ne pouvons pas penser le monde uniquement à partir de là. (Le fait de se dire « moi je suis affecté de telle façon donc c’est ça la vérité » est une position erronée).
Ce premier pas est très difficile à faire. Notre travail exige, en effet, un minimum de prise de distance avec l’ensemble des déterminations qui nous constituent. Nous devons nous déplacer par rapport à nos certitudes et par rapport à notre vision du monde. Notre perception concrète du monde est vraie tant qu’on ne la rend pas absolue car dans ce cas elle devient fausse.
Le fait de dire « Marie est gentille » : cette position ne nous donne aucun élément sur Marie, on sait juste que Marie me fait du bien mais on ne sait pas si elle le fait avec de mauvaises intentions ou si elle achète sa place au paradis… Il faut donc décortiquer et dépasser le niveau de l’opinion car c’est un niveau où l’on recueille de l’information mais où on ne peut pas penser.
La droite a bien compris cela, il ne faut donc pas faire de la politique en s’adressant à la raison des personnes mais à un autre niveau de compréhension qui est l’opinion. Les trois quarts des personnes votent en fonction de ce niveau de compréhension du monde qui les entoure. La gauche depuis quelque temps à elle aussi compris qu’il ne faut pas faire de la politique en s’adressant au cortex des gens mais viser l’autre dans sa passivité.
Lorsqu’une société atteint un seuil trop important de passivité, lorsque les gens n’ont plus assez d’énergie pour dépasser  ce stade de compréhension, la société entre dans une décadence. Il est intéressant d’observer les régimes Romains ou Grecques qui ont vécu une grande décadence pour analyser ce phénomène. En effet dans tous les cas de décadence d’une société on observe quelque temps avant le développement de la politique des puissants qui fonctionne envers un peuple de plus en plus passif et de plus en plus ancré dans l’opinion. On observe dans un même temps une diminution du conflit et une augmentation de l’affrontement.
Dans notre société on apparente souvent le conflit à l’affrontement, cependant dans le fonctionnement d’une société on observe que le développement des conflits évite de grands affrontements.
Prenons comme exemple le conflit Israélo-Palestiniens, il s’agit en réalité d’un affrontement car un conflit serait plutôt des peintres israéliens et de peintres palestiniens en conflit contre un mouvement de peinture, ou des homosexuels israéliens et de homosexuels palestiniens en conflit contre l’homophobie… La conflictualité est multiple socialement et plus l’individu est dans le conflit, moins il est dans l’identité. Le développement du conflit permet de démultiplier les dimensions de l’individu car il est de moins en moins unifié derrière une identité. La conflictualité amène une multitude de dimensions à l’individu.
Pour illustrer encore ce propos, Miguel cite Sartre qui disait qu’un médecin qui ne se prend que pour un médecin est fou. La personne entre en effet dans un mécanisme de galvanisation qui amène à la fin des incertitudes.
Ce mécanisme est inhérent au genre humain mais il peut être utilisé et instrumentalisé, par le pouvoir ou même exacerbé par la frustration des individus mais dans tous les cas ce phénomène est présent dans chaque être humain. Il est donc possible de limiter ce mécanisme mais on ne peut pas l’éliminer.
Miguel nous explique ensuite une expérience réalisé avec des poissons. Une multitude de poissons sont présents dans un aquarium, et tout se passe bien. Pour les besoins de l’expérience on sépare ensuite une partie des poissons par l’intermédiaire d’une vitre grâce à laquelle les deux groupes de poissons peuvent encore se voir mais ne peuvent plus être en contact les uns avec les autres. Lorsqu’on enlève la vitre les poissons des deux parties se mangent entre eux. Les poissons ont créé contre l’autre une unité organique. L’unité se définit toujours  contre l’autre, contre quelque chose. Cette unité mène à l’affrontement. Le conflit en revanche ne se construit pas contre l’autre, car nous sommes nous-mêmes fait de multiplicités contradictoires. Dans le cas de l’affrontement, il y a un élément unique qui prend la place de l’ensemble.
Toutes les identités sont vraies dans la mesure où elles ne deviennent pas la vérité absolue. Le mécanisme de création de l’unité passe par voir l’autre en premier lieu comme une unité. Les poissons dans notre exemple précédent ne se voient pas comme une unité mais ils ont en face d’eux un groupe qu’ils identifient comme une unité.
La différence entre le conflit et l’affrontement est importante, les gens parlent souvent du monde qui les entoure au niveau de l’affrontement, au niveau d’une passivité identitaire totale.
Toutes les identités ne sont pas passives, il existe des identités de combat et d’émancipation qui se caractérise en général par un développement de la multiplicité et de la conflictualité. Ce qu’on met en avant dans le combat c’est avant tout la multiplicité (le black power ou le combat des homosexuels explique toujours « nous ne sommes pas que ça, nous sommes avant tout des musiciens, des peintres, des écrivains…) Le mouvement d’émancipation tend vers une conflictualité, vers une multiplicité.
Un schéma complexe correspond à la convergence d’une suite de processus en un point, ce point étant le lieu de plusieurs multiplicités croisées. Dans un ensemble complexe, peu importe l’élément que je prends dans ce schéma, chaque chose renvoie à une autre chose. Si on extrait une chose à l’intérieur de cet ensemble complexe on réalise une abstraction. Imaginons Pierre dealer dans le hall d’un immeuble, si je veux comprendre pourquoi Pierre deal dans cet immeuble je dois m’intéresser à un tas d’informations (sociologique, économique, urbanistique…). Ce que j’observe est vrai dans la mesure où je ne prends pas cela pour LA réalité, ce que j’observe est vrai car il s’agit d’un élément du tout mais je ne peux vraiment comprendre la situation et agir dessus uniquement si je vais vers le concret, si je vais dans l’analyse contextuelle approfondie.
Ce qui est concret remet en relation un élément dans un système complexe, on inverse souvent le concret et l’abstrait dans nos vies de tous les jours. Pour reprendre l’exemple de Pierre, si j’agis sur lui de façon isolée je me trouve dans l’impuissance.
Lorsque nous faisons une recherche nous devons isoler une partie du tout. Pour penser et agir il faut effectuer un geste réducteur tout en sachant que la chose se joue dans un ensemble complexe. Notre vision du monde est dans la lignée de Spinoza, nous cherchons à observer comment le tout existe dans chaque partie, comment dans chaque singularité nous pouvons repérer une forme de la totalité.
Le concret n’est pas le tout mais pas non plus une extraction d’une partie. Le tout existe sous une certaine forme dans chaque partie. La vie n’existe pas dans la somme des cellules, la vie est un ensemble et est contenue dans toutes les cellules.
La singularité : correspond à une partie dans laquelle le tout est présent de façon structurel, la complexité est dans la singularité.
Lorsqu’on fait une recherche, il faut chercher la partie dans laquelle s’exprime la complexité du tout. Il faut trouver la singularité qui m’amène vers le tout. Dans une recherche la question n’est pas de trouver un objet extraordinaire mais de poser un regard extraordinaire sur un objet ordinaire. Il est très compliqué d’apprendre à décoder ce que l’autre dit, il faut nous intéresser à ce que la personne a à dire de plus ordinaire. Nous devons dans notre recherche tenter de démultiplier notre regard extraordinaire ce qui nous permettra de trouver ce qui nous intéresse dans l’ordinaire.
Dans l’université populaire laboratoire social nous voulons former les personnes à avoir un regard extraordinaire sur l’ordinaire dans le but de créer du lien social, de la circulation entre les personnes et favoriser le développement de la puissance d’agir des gens. Notre question est la suivante : comment travailler au niveau social pour construire un instrument extraordinaire pour analyser, interpréter les faits et les données ordinaires ?
Pour construire ce regard extraordinaire :

  1. Il faut tout d’abord être conscient du regard ordinaire que nous avons. Nous devons connaître notre propre grille d’analyse du monde, plus nous connaissons des choses sur nous-même, plus nous pouvons prendre de la distance par rapport à nous-même. Il nous faut comprendre que ce que nous sommes, ce que nous pensons est vrai mais n’est la norme. La personne en position de recherche doit avoir un minimum de distance pour voir de façon objective sa conception du monde.
  2. Il faut ensuite approcher le monde avec des hypothèses et non pas partir de ce qui me semble à moi normal

L’origine de mes comportements ne vient pas de moi, des choses se disent et se font à travers moi. La liberté passe en premier lieu par l’observation des chaines qui nous tiennent. La condition du développement de la puissance d’agir est de connaître les fils qui nous tiennent.

 

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Chronique de l’UPLS n°27

rendez-vous du lundi 4 juillet 2011


Un peu plus d’une quinzaine de personnes étaient présentes pour ce dernier rendez-vous de l’été autour de Miguel Benasayag. Nous avons en effet donné rendez-vous aux participants à la rentrée pour poursuivre la formation et le travail de recherche dans le cadre de l’UPLS.

Max a tout d’abord introduit la réunion en expliquant la rencontre du 6ème printemps des universités populaires qui a eu lieu à Aix-en-Provence et à laquelle la MJC de Ris-Orangis a participé. Notre initiative intéresse beaucoup les différentes universités populaires que nous avons rencontrées. Nous nous sommes proposés pour organiser le 7ème printemps des universités populaires qui aura lieu à la MJC de Ris-Orangis les 30 et 31 Juin 2012 et le 1er Juillet 2012. Cette rencontre sera une belle vitrine pour notre travail et nous pourrons ainsi élaborer le programme de ces trois jours en fonction des objets que nous désirons travailler et réfléchir. Cette rencontre sera un outil de relation publique pour notre expérience et cela nous permettra de davantage communiquer notre expérience vis-à-vis de l’extérieur. Lors de la rencontre, le besoin d’échanger sur les expériences de chacun s’est fait ressentir car les participants des universités populaires sont souvent dans un grand isolement.

Miguel rebondit alors sur cette introduction pour préciser la spécificité de notre travail qui intéresse les autres universités populaires. Nous vivons dans une société où l’impuissance des gens est très grande au niveau international, cette impuissance est le symptôme de la rupture du paradigme de notre société et de notre perte de confiance en l’avenir. Notre époque correspond à une époque de perte de confiance due à la perte du paradigme de progrès. Notre spécificité réside dans notre méthode de travail, nous désirons mettre en place une recherche.
Notre hypothèse est la suivante : un savoir peut être un savoir qui assujetti, contrairement à ce que l’on croyait un peuple instruit n’échappe pas à la barbarie (Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale). Les structures de savoir correspondent au pouvoir, lorsqu’on apprend quelque chose on incorpore aussi la structure qui produit ce savoir.

Notre défi est donc de construire des structures de pouvoir différentes pour produire des savoirs différents. Il nous faut créer des lieux de production et d’expertise populaire sur des problématiques centrales pour la population locale. Nous devons nous poser les questions suivantes : par quoi sommes-nous affectés ? Comment le monde se manifeste-t-il ici ?

Notre hypothèse émancipatrice repose sur l’idée que personne ne possède ce savoir, nous ne cherchons pas à diffuser du savoir en dehors des lieux académiques  mais à produire du savoir issu de l’expérience des gens vécues localement tout en s’inspirant du savoir académique. Nous analysons la dépression et la destruction du lien social comme la résultante de la perte de puissance d’agir de la population, les gens ne comprennent plus le monde qui les entoure et ne voient pas de quelle manière ils pourraient agir sur ce monde qu’ils ne comprennent plus.

Notre hypothèse de travail est un pari politique et philosophique, nous cherchons à savoir si un tel travail de recherche et de reterritorialisation des problèmes est possible.

A la différence des autres universités populaires nous désirons  former des gens capables de produire avec les habitants ce type de savoirs. C’est pourquoi la formation que nous proposons se doit d’être sérieuse et dense car on ne peut pas s’improviser chercheur dans ce type de travail. Nous voulons donc former un groupe d’animateurs qui sera en mesure de réaliser cette rechercher et cette expérimentation concrète.
Les gens sont porteurs de savoirs de façon inconsciente. Les personnes ne se réapproprient pas ces savoirs qu’ils détiennent et qui pourraient leur permettre d’agir sur les causes des problèmes qu’ils rencontrent. La diffusion du savoir ne garantit pas l’émancipation des personnes, lorsqu’on transmet du savoir on transmet par la même occasion la structure de pouvoir lié à ce savoir. Notre hypothèse de travail est donc prétentieuse et a besoin d’être vérifiée, les difficultés que nous avons rencontré et que nous rencontrerons font partie intégrante de notre démarche.
Selon nous la formation que nous sommes en train de faire est fondamentale, nous tirons des enseignements du passée et nous savons qu’il est important de former les animateurs pour mener la recherche car ce que nous demandons aux participants n’est pas simple.
Opinion / sens commun :
Comment comprendre objectivement ce qui est subjectif pour les personnes ? Il faut que chacun se rende compte à quel point il est surdéterminé. Comme le dit Spinoza, on se sent d’autant plus libre qu’on ignore ses chaines.
Le négatif : ce concept est un axe central de notre travail
La question du négatif est une question centrale de notre époque. Les deux modèles de société dont nous avons déjà parlé (notre société linéaire et son paradigme du progrès, les autres sociétés de l’éternel retour qui fonctionnent de façon organique) ont une façon de prendre en compte le négatif totalement différente.
Dans les sociétés de l’éternel retour il n’y a pas de séparation entre le négatif et le positif, il est possible pour les personnes de distinguer le bien et le mal mais on ne considère pas comme objectif le fait d’arriver un jour à éliminer le négatif.

Que signifie l’échec de la modernité ? Il est alors difficile pour les gens de penser leur existence en sachant que le négatif ne sera pas éliminé, cela modifie l’équilibre de la société. Dans les milieux de la politique, du social et de l’éducation le deuil de la promesse du progrès est difficilement fait. Les gens s’engagent à condition de croire à une promesse, l’engagement se comprenait sous la condition que le négatif allait tendre à disparaître. La société de progrès total où le négatif serait éliminé représentait la solution finale qui justifiait la lutte et l’engagement dans le présent.

Dans l’expérience de l’université populaire, nous prenons en considération la chute de ce modèle, nous comprenons donc qu’il nous faut travailler avec le négatif. Dans les universités populaires classiques de diffusion de savoirs c’est un rapport classique que l’on a avec le négatif. Notre expérience est un défi, notre hypothèse de recherche veut démontrer qu’il est possible de travailler en incorporant le négatif de façon organique à la société.
La rupture de l’idéal moderne du socle commun fait apparaître une dispersion de ce socle qui justifiait l’action des personnes au quotidien. On agissait car on était convaincu de cet idéal de socle commun entre tous les hommes. Comment construire un commun entre les hommes qui ne soit ni renoncer au socle commun, ni retomber dans un commun idéal et imaginaire ?

Le commun correspond à ce que l’on produit, ce n’est pas une base vers laquelle on peut retourner, ce n’est pas non plus quelque chose qui nous attend au paradis.

Dans notre société il existe du négatif qui a du mal à circuler alors que dans les autres types de société le négatif circule. Comment quelqu’un peut fonctionner de façon organique avec son propre négatif ? il n’est pas possible d’extirper le mal en nous pour aller bien.

Le refoulement du négatif dans les sociétés modernes amène de la violence car personne n’est jamais comme il faudrait être. Comment faire avec la réalité ?

La cassure de la promesse nous laisse une réalité complexe dans laquelle on ne peut pas agir, la disparition de la promesse comme grille de compréhension est un moment de forte libération de la puissance. Comment changer de paradigme ? Comment agir avec ce qui est ?

Miguel prend ensuite en exemple le cas de l’école pour comprendre le concept de négatif. Dans une classe on retrouve toute la société (le bon élève, l’escroc, le violent…) Faut-il faire classe pour tout le monde ou faut-il faire classe dans l’idée d’une autre société où il n’y aurait que de bons élèves ? La mission de l’école n’est pas uniquement d’apprendre aux enfants à lire, écrire et compter, le travail de l’école doit aussi être évalué à travers ses efficacités paradoxales pour observer si l’école fonctionne ou pas. On parle de l’échec de l’école en analysant uniquement deux ou trois domaines, mais comment évaluer ce qui n’est pas dans la grille d’observation ? Ce qui n’est pas représentable par une grille d’observation ?

Un système complexe ne peut pas être représenté entièrement. Nous devons réfléchir comment produire des grilles de recherche qui tiennent compte de cet ensemble complexe.
Une des premières conséquences du refoulement du négatif est que le négatif refoulé revient tous azimuts, il y a un retour du négatif de tous les côtés.

Nous désirons donc aller vers la production de savoirs populaires qui tiennent compte de l’environnement complexe dans lequel est contenu le négatif. L’UPLS est du côté de la démocratie participative, il faut renoncer au récit déjà écrit par avance. Notre défi : comment agir avec et dans cette complexité ? La complexité signifie que le système est opaque pour l’agent, qu’on ne peut pas avoir de vision extérieur du système. Assumer la complexité cela signifie incorporer de façon organique le négatif. Dans notre travail nous devons donc comprendre le modèle complexe de notre société et chercher comment faire avec ce modèle complexe.
Dans le système complexe chaque partie existe par et pour l’autre partie. Il existe des centres vitaux dans chacune des parties mais pas un centre central. La vie existe dans et pour chaque partie. Notre grille de lecture doit définir des fonctions non-isolables car lorsqu’on isole une partie d’un ensemble ce n’est plus la même chose que quand cette partie est contenue dans un ensemble complexe.

Dans notre travail social, nous devons avoir un rapport objectif avec la subjectivité, nous ne devons pas renier nos valeurs mais nous devons connaître nos valeurs et savoir que nos valeurs ne représentent pas forcément la normalité car sinon le travail social revient à normaliser les gens. Dans l’éducation populaire on transmet souvent une série de valeurs qu’on considère comme la vérité. On ne prend souvent pas de distance ni d’objectivité avec ces valeurs.
Dans le travail social, les grilles de lecture de la réalité correspondent à une époque, un courant, ce sont des hypothèses qu’on vérifie au fur et à mesure pour voir si elles fonctionnent. Lorsqu’on travaille avec l’humain, nos grilles de travail sont des schémas référentiels opératoires mais ne correspondent pas à une vérité révélée.
Le non-savoir est au centre de toute production de savoir : nous n’avons pas la moindre idée de la grille de l’autre mais nous devons savoir que nous avons tous une grille.

 

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Chronique de l’université populaire n°28 :

réunion du Lundi 26 septembre 2011


Plus d’une trentaine de personnes étaient réunies pour cette réunion de rentrée de l’université populaire. Nous avons été heureux d’accueillir de nouveaux participants pour reprendre un cycle de travail après l’été. Nous sommes et nous restons un lieu ouvert dans lequel nous acceptons les entrées et les sorties des personnes tout au long du travail.

Max précise que cette réunion de rentrée est aussi pour nous l’opportunité de définir de façon plus rigoureuse le cadre de notre travail. Depuis janvier, nous avons proposé aux participants une série de séances organisées autour d’apports théoriques, chose que nous allons continuer jusqu’à la fin de l’année. A partir du mois de janvier ce travail entamé sera davantage orienté vers une formation pratique pour arriver au mois de septembre au lancement d’une ou plusieurs recherches locales. Nous proposerons à partir du mois de septembre et à ceux qui le souhaitent de créer des groupes de travail sur des recherches pratiques pour se lancer dans l’expérimentation.

Nous allons prendre le temps durant cette première réunion de rentrée de vous expliquer ou de vous rappeler la particularité de l’université populaire laboratoire social que nous avons à la MJC de Ris-Orangis et la forme de travail que nous voulons mener. Vous recevrez rapidement un programme détaillé des séances que nous allons traiter jusqu’à la fin de l’année, programme qui reprendra aussi les concepts abordés depuis le début de la formation. Nous rappelons que le projet d’université populaire est gratuit, nous demandons simplement aux participants de prendre une adhésion à la MJC pour matérialiser une adhésion aux valeurs, aux concepts et au projet de société que nous défendons.

Miguel commence donc son intervention en rappelant la spécificité de notre travail. Nous ne sommes pas une université populaire comme les autres. Beaucoup d’universités populaires se sont créées ici ou là avec un fonctionnement de type diffusion de savoirs sous la forme de conférences. Notre travail est complètement différent de celui mené par ce type d’université populaire, c’est pourquoi nous avons ajouté à la dénomination de notre travail le terme de « laboratoire social ».

Le terme laboratoire social signifie que nous cherchons à articuler deux choses : le savoir théorique, modélisé et ordonné rationnellement avec des expériences concrètes de vie. Dans nos sociétés ces deux domaines sont très séparés :
- les personnes de la pratique ont souvent le nez dans le guidon et lorsqu’elles s’arrêtent pour réfléchir, elles font appel à un expert qui vient expliquer un tas de concepts mais leur pratique ne change que rarement à la suite de cette explication
- dans l’université académique, et spécifiquement dans les sciences humaines, on construit un tas de savoirs mais qu’on ne confronte jamais à la pratique, on évite au maximum l’épreuve à la réalité

Le travail développé dans un laboratoire social propose de produire des savoirs structurés avec les personnes qui sont et vivent sur le terrain, c’est un travail très ambitieux et foncièrement politique car cela signifie que nous créons un noyau d’émancipation sociale avec une réelle volonté politique. Nous demandons aux personnes qui veulent s’investir dans le travail un « engagement désirant », l’envie de s’incorporer dans une dynamique qui cherche à savoir comment la puissance des gens peut amener à une production.

Notre hypothèse de départ est la suivante : les gens ne peuvent pas s’approprier les savoirs construits de façon abstraite. Lorsque ces savoirs sont réappropriés par les gens localement, cela augmente l’impuissance des personnes. En effet, l’écart entre le lieu de production du savoir et le lieu de son application étant trop grand, en général le savoir ne fonctionne pas dans la pratique. Une partie de notre travail sera donc de vérifier cette hypothèse. Selon nous, pour que le savoir soit émancipateur il faut qu’il soit produit dans les lieux où sont vécus les problèmes.
Miguel prend ensuite l’exemple du laboratoire social qu’il est en train de créer à Buenos Aires : de plus en plus d’enfants vivent dans la rue et de fait sont dans un autre monde, ils sont livrés à eux-mêmes et sont de plus en plus violent. Le Laboratoire social de Buenos Aires a fait le choix ambitieux de travailler sur ces enfants. Il existe beaucoup de théories intéressantes produites à l’université de Buenos Aires sur la violence de ces enfants mais le travail du laboratoire social est différent. L’idée est de construite un lieu avec les acteurs de terrain et avec des enfants qui voudraient participer, pour comprendre notre monde, notre réalité et émettre des hypothèses de travail : Qu’est-ce qu’on peut collectivement réfléchir et faire autour de cette problématique ? L’objectif étant, à l’aide d’enquêtes réalisées auprès de différentes personnes, de produire des hypothèses et de réfléchir aux moyens d’action qu’il faudrait mettre en œuvre pour répondre à cette problématique.

La volonté d’un laboratoire social est la suivante : nous vivons dans une société de plus en plus dure, de plus en plus triste et de plus en plus violente. Comment, dans cette société, relancer des lieux où les gens vont récupérer une puissance d’agir ? Ce travail peut se développer si nous avons un noyau stable de travail, nous acceptons toujours le passage et les entrées/sorties dans les réunions mais il est important pour que le travail se mettre concrètement en place qu’un noyau de personnes soit présent.

Nos objectifs à la MJC de Ris-Orangis sont les suivants :
- nous voulons y établir un laboratoire social
-nous voulons faire de la MJC de Ris-Orangis le lieu central de la formation et de la recherche. Un lieu où l’on formalise l’expérimentation et où l’on créé des instruments qui pourront être utilisé ailleurs pour créer d’autres laboratoires sociaux. Ce lieu va nous permettre de faire ce corpus de savoirs populaires produit de façon populaire.
Max rebondit alors sur la notion de travail qui est demandé aux personnes lorsqu’elles s’inscrivent dans l’université populaire qui est un point essentiel si nous reposons les bases du projet. La porte des réunions est tout le temps ouverte mais nous voulons un noyau stable à partir duquel il sera possible de produire, nous demandons aux gens un réel travail. En effet, si nous voulons récupérer notre puissance d’agir cela demande un vrai travail.

Notre projet n’est pas utilitariste, nous avançons au rythme de la population qui vient tout en travaillant en même temps sur les difficultés que nous rencontrons au fur et à mesure de l’avancée du travail. Ce type de projet n’est pas habituel, y compris dans des MJC. Les MJC sont souvent des lieux très productiviste donc ce type de projet amène forcément un bouleversement et des difficultés y compris au sein même de la MJC.

Nous envisageons le laboratoire social comme un laboratoire de recherche, l’objectif étant bien de créer un lieu de production collective de savoirs. Comment pouvons-nous dans un lieu concret, dans un lieu où le problème existe, penser le savoir ensemble ? Le chemin de l’émancipation correspond donc au fait de créer un lieu dans lequel les gens peuvent expérimenter si dans les pratiques le savoir se révèle pertinent ou pas.

Dans le laboratoire social tout est matière de recherche, si l’on constate par exemple que les gens ont du mal à se mettre au travail nous devons nous demander pourquoi cela ne marche pas ? Pour quelles raisons concrètes les gens n’arrivent pas à s’intéresser  réellement à ce qu’ils trouvent intéressant. Se demander par quel mécanisme concret et objectif le lien social fonctionne-t-il de manière si aberrante ?

Cette rentrée nous amène à formaliser davantage le travail pour organiser au mieux le déroulé du projet. Nous rappelons aussi le rythme des séances qui correspond à 2 à 3 séances par mois, une séance avec Miguel par mois et une réunion intermédiaire pour se réapproprier les concepts.

Une question émerge en ce qui concerne la recherche pratique. Miguel explique alors que nous aurons au cours de la formation des apports concernant les techniques à connaître lorsqu’on mène un entretien. En effet, l’objectif de l’entretien est de pouvoir analyser et interpréter ce que les personnes nous disent, nous cherchons les savoirs détenus par les personnes. Nous ne réalisons pas des enquêtes d’opinions, nous cherchons le vécu réel des personnes.

Après cette introduction de rentrée, Miguel propose de rentrer dans le sujet de ce soir, à savoir le travail autour du socle commun.

Max expose son souhait de voir traiter ce sujet lors de cette séance comme préambule au travail. En effet, à la MJC nous n’avons cesse de revendiquer un socle commun qui est construit à partir des valeurs républicaines que nous devons défendre de façons statutaire. Nous partons de ce socle commun et de ce que dit la MJC en tant qu’institution. Nous développons en même temps une université populaire où l’on dit observer une disparition de ce socle commun. Le caractère antinomique de ces deux postulats de départ peut être perturbant. Qu’est-ce que le socle commun ? y-a-t-il disparition de ce socle commun ? La MJC qui affirme et se définit selon ce socle commun met en même temps en place une université populaire qui dit le contraire. C’est cette contradiction qu’il nous apparaît important et intéressant de travailler ce soir.

Miguel commence son exposé en expliquant les différences qu’il existe lorsqu’on aborde certains sujets dans des pays impérialistes du Nord ou dans des pays colonisés du Sud. Par rapport au sujet de ce soir, le sujet de l’universel ne se comprend pas de la même manière dans les pays du Nord et dans les pays du Sud. L’Europe a construit la culture universelle et l’histoire universelle (exemple avec les différentes phases de l’histoire comme l’antiquité ou le moyen-âge qui n’ont en réalité existé nulle part sauf dans une petite partie de l’Europe et que l’on apprend tout de même dans le monde entier comme étant L’histoire universelle).
De nos jours nous parlons souvent de la rupture du lien social, de l’échec de l’intégration ou encore du manque de développement de la citoyenneté, toutes ces positions sont prises à partir de l’idée qu’il existe un socle commun universel. Nous sommes les membres d’une culture qui, contrairement à la science, se croit universelle et qui voit les autres cultures comme n’étant pas suffisamment développées.

La question du socle commun pose la question centrale suivante : au nom de quoi j’agis ? Depuis quelles certitudes, à partir de quels modèles théoriques je légitime ma position ?
Dans les métiers du social, on va vers l’autre, on agit sur l’autre sans jamais se poser la question suivante : quel est mon corpus de référence ? Depuis où j’agis vers l’autre ? Ce manque de questionnement nous amène à réfléchir au socle commun universel. Lorsque je m’adresse à quelqu’un, la position à partir de laquelle je parle correspond au socle commun universel.

Universel : quelque chose qui est vrai dans toutes situations et pour tous les hommes.
Je considère être porteur de quelque chose d’universel et au nom des principes du socle commun universel je vais agir sur l’autre. C’est pourquoi dans notre travail nous cherchons à contextualiser les valeurs pour comprendre que les valeurs ne sont jamais universelles pour toute situation et pout tout homme.

Depuis une trentaine d’années en France, ce socle commun qui vient de la philosophie des Lumières, ne tourne plus rond. En France, mais aussi ailleurs, le projet universaliste d’intégration s’effondre car nous nous trouvons face à des personnes qui revendiquent leur non-intégration. Avant ce changement, le désir d’intégration de toute population était manifeste, pour t’intégrer il faut adhérer à nos valeurs universelles : principe universaliste. Ce positionnement se base sur la justification suivante : la philosophie de l’histoire qui a fondé l’occident se base sur l’idée que l’histoire avance vers le progrès et que l’avant-garde est donc plus proche de la vérité. Celui qui connaît, celui qui détient le savoir, possède celui qui ne connaît pas.

L’histoire de l’humanité tente une approche vers un savoir total. Les mécanismes de possession et de pouvoir sur l’autre se justifient par le fait que celui qui est « plus avancé » dans l’histoire a un droit et un pouvoir sur l’autre en cela qu’il est plus proche du savoir universel.
Lorsqu’une culture se dit universelle, le problème est alors la place des autres cultures. L’universel occidental amène une disqualification des autres cultures (soit tu adhères à cette culture universelle soit tu restes dehors). Cette position signifie que tout le monde est humain mais que certains sont plus humain que d’autres, la culture universelle va donc chercher à les éduquer pour qu’ils deviennent humain. Pour que ces cultures obéissent il faut que les autres désirent devenir comme les personnes de la culture universelle. Le mécanisme de colonisation fonctionne par une colonisation identificatoire désirable. Lorsque l’autre désire devenir « plus » homme cela fonctionne comme une auto répression. Ce modèle a fonctionné très longtemps. La révolution qui a eu lieu il y a une quarantaine d’années était de dire : tout le monde est un être accompli, comment faire avec tous ces humains accomplis ?

Dans le monde occidental depuis une quarantaine d’années ce socle universel s’est brisé au niveau culturel et social. Cette rupture du socle commun s’est opérée à différents moments en fonction des domaines : en sciences et en art le socle commun s’est brisé au début du 20ème siècle (en art-> déconstruction de la bonne forme : abstrait, cubisme / dans les sciences ->tout ce qu’on croyait comme les bases des sciences explosent)
Durant près d’un siècle, ce socle commun a continué de fonctionner socialement en proposant à l’homme universel un modèle abstrait et déterritorialisé, un modèle identique pour tout territoire. L’homme du libéralisme, l’homme universel, est un homme déterritorialisé, déraciné, qui est seul, sans liens et tous ses liens avec les autres sont des liens optionnels. L’homme occidental s’adresse à l’autre au nom d’un universel abstrait, au nom d’un bagage occidental qui dit ce qui est bien et ce qui est mal. L’idée coloniale de l’intégration est la suivante : si tu te désintègres de ce que tu es, je t’intègre. Cesse d’être ce que tu es et je t’intègrerai, cela signifie que tu n’es pas comme il faut.

Notre question dans le laboratoire social : en étant comme tu es, comment pouvons-nous faire société ? Dans ce cas-là, nous ne partons plus d’un socle commun universel. Depuis une quarantaine d’années nous assistons à l’échec de l’intégration colonialiste qui est un phénomène mondial du à l’échec du modèle occidental lié au mythe du progrès. Nous pouvons observer partout et à niveau mondial l’effritement du modèle de l’universel abstrait et donc de la méthode d’intégration.

La rupture du socle commun est un phénomène historique mondial mais qui a des conséquences différentes en fonction des territoires.
Dans le travail social nous voulons comprendre et chercher quelles sont les nouvelles légitimations pour travailler vers l’autre. D’où parlons-nous lorsqu’on s’adresse à l’autre si ce socle commun est cassé ? Comment faire ce travail social dans des situations où nous ne sommes plus certains de savoir comment faire du lien ? Comment faire de l’éducation, comment passer à l’action sans socle commun ? Comment faire sans socle commun ?
La méthode de travail du laboratoire social se construit donc sur le questionnement suivant : Comment créer du commun sans socle commun ?
Lorsqu’il n’y a plus de socle commun le relativisme culturel apparaît. Le relativisme culturel correspond au positionnement suivant : chacun a sa vérité et on se respecte en se tenant à distance, les gens n’ont rien en commun, il n’y a pas de socle commun qui lie des personnes.

Dans notre travail nous ne voulons pas changer les personnes, mais nous cherchons comment faire pour que les personnes restent à leur place et comme elles sont mais que l’on crée du commun à partir de cela. Le commun correspondra donc à ce que nous pourrons produire. Le commun produit ne sera surement pas le même d’un territoire à un autre. Dans notre démarche nous demandons donc en vrai travail aux personnes pour prendre de la distance avec l’homme moderne occidental qui nous a construit et qui est dans toutes nos têtes.

Prochaines réunions de l’université populaire :
Mercredi 5 octobre à 20h00 au Moulin du Monde : réunion intermédiaire
Lundi 10 octobre à 19h30 au Moulin du Monde : réunion formation théorique avec Miguel

 

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Chronique de l’université populaire n°29 :

réunion du Lundi 10 octobre 2011

 

29 personnes étaient présentes.

 

La question était la suivante : « Que voit l’autre quand il me voit ? ».
Le mode de pensée occidental pense qu’il y a des lois universelles qui nous permettent de lire et comprendre la société.

 

« A » s’adresse à « B ».
Pour A, B est l’universel. A ne se pose pas la question de qui est B (et pourquoi il est tel qu’il est). Le socle universel est la possibilité universelle de connaître le monde, de passer de vagues connaissances à des connaissances concrètes. Le bond en avant est le bond en avant de la modernité. Le socle de base est un socle de base de rapport au monde vérifiable (scientifique).

Pourquoi y a-t’il une différence entre l’Empire Romain et l’Occident ? Il y a des lois universelles, scientifiques, morales. D’un point de vue ontologique, le changement de ce paradigme devient scientifique lui-même. Un Romain envahissant l’Egypte était dominateur parce qu’il gagnait la guerre. Mais le monde restait partagé. Aujourd’hui, l’Occidental domine l’autre sans que l’autre ne participe. L’Occident a produit des techniques qu’à capturé l’ensemble du vivant.

Quand A (éducateur) s’adresse à B, il s’adresse au nom d’un universel de domination. Dans le schéma de la modernité, toute résistance de B envers le message de A est de l’ignorance. A ne se pose pas la question de ce que voit B quand il le voit. La normalité ne se voit pas. Ce qui se voit n’est pas la norme. Avec la rupture du socle de la modernité, A n’a plus le bagage qui le légitime. Exemple : l’instit était légitimé par tout un savoir qu’il ignorait.

Si A, envoie une information à B, et si B résiste à recevoir cette information, c’est qu’il résiste avec son savoir, avec son propre référentiel. Quand A, représente la modernité de l’occident, il a tendance à maintenir du pouvoir sur B en l’invalidant et le « pathologisant » et afin de maintenir ce contrôle sur lui, questionnera nos psychologues et sociologues, pour espérer passer à travers cette « boite alternative » que représente le référentiel de B, pour accéder directement à B.

Mais B « résiste », car il ne veut pas abandonner ses valeurs propres. L’Homme apprendrait a mieux connaître l’autre, et donc vivre avec l’autre, s’il ne se contentait pas de « le regarder, mais de se demander ce que l’autre voit, quand il le voit ? ». Lévi Strauss fut le premier à se poser cette question. La méthode quantique émet l’idée que « l’observateur modifie celui qui est observé.». L’occident prétend qu’il connaît objectivement B et on assiste à une rupture épistémologique, lorsque B devient analphabète uniquement parce qu’il est regardé et instruit par A. Une volonté d’action sur ce phénomène, donne naissance à une co-création d’une dynamique par interventions (un laboratoire social par exemple).

Le contrôle permanent de l’humain sur lui-même, se retrouve aussi dans l’appréciation de l’existence de la folie. Miguel rappelle, que la seule preuve matérielle de la folie était délimitée par les murs des asiles et donc, par le regard du psychiatre. Le dénombrement de « seulement » quelques fous dans une population, ne permet pas d’en faire une catégorie. Contrôler les « fous », serait uniquement un moyen d’autocontrôle, et une tentative pour l’homme, d’annuler le doute d’atteindre lui-même cette folie.

C’est ainsi que toute structure détient du pouvoir, lorsque le produit de ses savoirs, ordonne le monde d’une certaine manière. Elle trouve ensuite dans ce monde, confirmation de son propre pouvoir et les structures patriarcales offrent une parfaite illustration de ce constat. La considération de la femme dans ce système, sa place, son rôle, ses désirs, et donc son pouvoir sur l’homme (s’il est homme de désirs), produiraient une peur à l’homme. Notre « père » de la logique formelle, Aristote en a déduit que l’hystérie, forme de folie d’après lui uniquement féminine, viendrait de l’utérus, qui littéralement, « lui serait monté au cerveau à force d’être excitée ».

Le relativisme culturel, devient une dérive lorsqu’il associe un savoir à un pouvoir. Dire que  tout savoir est relatif, alors l’universalité devient seul repère, seule connaissance. Pour le laboratoire social, l’objectivité est situationnelle et c’est uniquement « dans cette situation, que ceci est vrai ». Une « contextualisation » des connaissances permet l’objectivation, c'est-à-dire la prise en considération du savoir en question et de son contexte, en évitant ainsi de « tomber » dans le relativisme universel.

Aujourd’hui la médecine ne soulage plus, mais elle continue de garder du pouvoir. Le praticien, passe du « maître du savoir » au « maître sadique », qui se contente de dire « faites pas ci, faites pas ça…». En tant que patient, on ne peut plus entrevoir le socle universel du médecin, car il n’y a plus de système normatif pour gérer leurs pratiques.

La pédagogie des compétences, de plus en plus utilisée dans nos structures, renforce une vision faussée de l’élève envers son enseignant, qui ne voit en lui qu’un « ignorant » qui agit en fonction de son propre référentiel, et qui lui donne des ordres aujourd’hui (tels que : il faut bien travailler à l’école), pour finalement risquer d’être plus tard, « réduit » à n’être qu’un travailleur mais exploité ou un travailleur sans travail (chômeur). Les psychosociologues argentins proposent un schéma référentiel opératoire où « personne n’agit de manière désordonnée », et grâce auquel il nous faudra trouver son propre schéma opérationnel conceptuel et se poser la question « qui est ma référence ? ».

 

D’après Françoise Dolto, « L’on ne pourra jamais trouver quelqu’un d’isolé, qui fait n’importe quoi, car il répond toujours à un schéma référentiel ». Elle considère que chez l’autre, il n’y a pas de noirceur ou d’ignorance, mais il y a seulement un système interagissant. Pour Miguel, l’intersubjectivité est donc inutile pour obtenir une objectivité de schémas référentiels. Le principe du genre « Il ne faut pas prier dans la rue. » en est un exemple. Notre culture croit en l’individu mais de plus en plus, par une vision psychologique de l’humain. Il ne « peux » pas forcément l’exprimer, mais l’autre est inexistant, et ce qui subsiste ne sont que des schémas référentiels croisés. D’après Spinoza, l’objectivation permet d’aller au niveau supérieur de connaissances, où l’individu accède à la compréhension que « Ses principes correspondent à un schéma et non à lui-même, ni à l’autre. ».
Miguel se demande alors « Comment se construire des instances ? ». Car ce qui domine dans nos sociétés, c’est le relativisme absolu, « la seule vérité c’est moi ». Il nous invite à comprendre que l’on est affecté passivement par le monde et même par « Marie, qui me donne du chocolat ». POURQUOI me donne-t-elle du chocolat ? Je ne sais rien sur elle, et pourtant, je trouve Marie « bonne ». Au contraire, quand elle me demande de faire mes devoirs, je la trouve « méchante ».

L’idéologie dominante est « A chacun sa vérité. », et elle dénote un regard dépersonnalisé, avec une posture ni de maître, ni de pédagogue, (propre à l’université populaire) mais reste malgré tout une tentative de manipulation. Posture que s’interdit d’avoir Miguel quand il reçoit une patiente femme, mais qui s’est toujours sentie homme, et qui croit que cette pensée n’est pas normale. Il lui renvoie alors la question, « Comment peux-tu faire avec ce que tu es ? ». Il faut tenter de ne pas regarder le « patient » ni avec ses propres fantasmes, ni avec une grille de lecture, mais plutôt se demander « Qu’est ce que cette femme vient raconter à un psychologue normalisateur ? ». L’anthropologue dès son arrivée dans un village, fait que le village en question, n’est déjà plus le même. La posture de Miguel serait alors d’observer le village, quand arrivera l’explorateur, de regarder la lesbienne, quand elle parlera avec son psychologue moralisateur.

Même si je me dis être neutre, je reste maître. Il faudra sortir de cette fausse neutralité, sinon la « jouissance » sur l’autre, demeurera, une référence au système lui-même. Et justement, être engagé, c’est ne pas être neutre. Le projet ne peut exister que si l’autre donne son accord et même ceux qui n’auraient ni participé, ni donné leur assentiment, y trouveront des bénéfices, par les productions mêmes du travail effectué par les laboratoires sociaux. La baisse de la criminalité par exemple, n’y trouve au fond que des bénéficiaires. Cela consiste à trouver une base commune, un territoire partagé, qui peut convenir à tout à chacun, aux victimes comme aux bourreaux. Le travail qui en émerge, devient impersonnel, et surplombe le savoir et la situation. On les nommera les « savoirs émergents ».

ALLER MAL : C’EST NORMAL, répond Miguel pendant ses consultations. C’est la société qui nous fait croire le contraire et nous induit qu’il faut aller bien. On est tellement poursuivi par des modèles identificatoires, que si on nous dit dans un certain contexte, qu’on est  « normal », cela peut devenir source d’un problème dans un autre contexte, par exemple, une fois rentrée à la maison, avec celui qui nous aura toujours dit que l’on était anormal.

Le psychologue devient lui-même un symptôme du problème, car les rapports seraient plus fluides avec le négatif, s’il n’y avait pas de thérapies. Miguel se targue d’avoir une mission plus anthropologique qui le place dans une position plus accompagnante, que celle d’un maître moralisateur. L’aventure devient alors passionnante car on ne sait jamais où l’on va.
La posture de non savoir, devient la source de toute puissance.

La théorie sert alors de légitimation des alternatives et faire « théoriquement » son travail, sert le travail lui-même. Ne pas vouloir répondre à la violence, permet ainsi d’une part de ne pas être pris dans cette violence, et d’autre part, ne pas devenir soi-même un élément de prise de la violence. Les violences non prévues sont des échecs à assumer institutionnellement et le problème doit être traité en ses marges, dans l’inexistence d’un terrain partagé où l’on construit des liens.
L’on aime ou l’on déteste pour les mêmes raisons. C’est pour cela que l’on découvre notre sexualité « par hasard », par la loterie de la vie. Le pervers n’a pas décidé lui non plus, d’être comme il est, et c’est son état qui nous ait insupportable. Mais lui dire : « Tu es fais comme çà, et moi je suis fais autrement », donne une posture différente, donc des traitements différents. Il n’y a pas de jugement, pas de morale, pas de modèle. Le premier constat sera d’apprécier la chance de ne pas être un pervers. Et le deuxième, que les vrais pervers ne culpabilisent pas car ils n’ont pas accès à la souffrance.

Aider quelqu’un, ce n’est pas croire qu’on peut estimer où est son « bien », mais plutôt penser en tant que citoyen et s’interdire de laisser les gens « crever ». La tolérance zéro n’existe pas et l’on préfère pousser les psychologues, à lutter contre la perversion. Les récidivistes ne représentent qu’1 % de la population criminelle et certaines études montrent que rien n’est plus dangereux que quelqu’un qui n’a jamais violé.

 

Carole Berrebi, chronique

 

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Chronique de l’université populaire n°30 :

réunion du Lundi 7 novembre 2011

 

Nous avons commencé cette réunion en donnant quelques informations à l’assemblée concernant l’année à venir.
Nous rappelons tout d’abord que la MJC de Ris-Orangis a été choisie pour organiser au mois de Juin 2012 (les 22, 23 et 24 juin) le 7ème printemps des universités populaires. Cet événement à rayonnement national et international va nous amener à solliciter de nombreux bénévoles pour veiller à l’organisation et au bon déroulement de ces trois journées. Tous les membres de l’UPLS sont bien évidemment invités à participer activement à ces quelques jours de réflexions et de débats.
Nous désirons lancer à partir du mois de février 2012 un nouveau groupe de formation d’animateurs de l’université populaire. En effet, pour que l’expérience perdure il est important pour nous de lancer des groupes de formation à chaque fois qu’un groupe de travail arrive au bout d’une phase (1ère phase : formation théorique, 2ème phase : formation pratique, 3ème phase : animation de groupes de recherche). N’hésitez pas à communiquer autour de vous sur l’ouverture de ce nouveau groupe de formation.
Après toutes ces informations, Miguel commence à développer les différents points qui vont nous intéresser lors de cette soirée : « surface d’affectation / être affecté » ; « souffrance / impuissance »
Ces concepts sont fondamentaux dans l’UPLS car notre hypothèse centrale est la suivante : les gens sont coupés d’eux-mêmes, de leur territoire et de leur puissance. Les personnes apprennent ce qui va leur arriver par l’intermédiaire de la télévision, plus on a des savoirs codés (comme ceux transmis par la télévision) et moins on est capable de comprendre les savoirs non-codés (territorialisés, issus de l’expérience).
Etre affecté : les gens ont des expériences de vie, nous sommes tous affectés par le monde. L’éducation classique nous dit qu’il faut oublier ce par quoi nous sommes affectés car nous devons faire confiance à notre raison. Ce qui compte c’est ce que l’on pense rationnellement, tout ce qui vient du corps, du sensible, est mauvais.
Miguel prend alors l’exemple des accouchements les soirs de pleine lune. Un professeur d’obstétrique interrogé vous dira qu’il n’y a pas davantage d’accouchements les soirs de pleine lune, que cette idée appartient au domaine de la croyance. En réalité, il n’y a pas de codification du phénomène en terme causes/effets. Les savoirs assujettis correspondent aux savoirs non-nobles dont les gens sont porteurs sans même en être conscients.
Notre travail consiste alors à récupérer les savoirs concrets des personnes issus de leur expérience. Ces savoirs ne sont pas exprimés car les gens se disent qu’ils ne sont pas « nobles » ou bien les gens n’ont pas conscience d’être porteurs de ces savoirs.

 

Savoirs nobles

Savoirs assujettis non codés
Et non « légitimes »

Savoirs assujettis détenus
De façon inconsciente

 

 

 

Les savoirs assujettis non conscients correspondent à notre façon d’être affecté par les choses dans notre corps. C’est le niveau où je suis affecté par certaines données qui me sont parfois accessibles et qui parfois ne le sont pas.
Les universités populaires classiques étant davantage dans une dynamique de transmission de savoirs nous avons ajouté le terme « laboratoire social » pour marquer la différence avec notre démarche qui se veut être dans une dynamique de construction de savoirs. Notre travail dans l’UPLS est donc de récupérer les savoirs « non-nobles » détenus par les personnes, d’observer comment les gens sont affectés par le monde.
Le mécanisme actuel de domination s’explique de la manière suivante : l’individu n’a pas d’informations sur son expérience, la seule information qui lui parvient est codifiée et vient d’ailleurs, il lui est alors impossible d’expérimenter dans sa vie ce qui lui arrive. Nous désirons renouer avec les savoirs détenus par les gens, ces savoirs récupérés nous permettront de proposer des solutions concrètes aux problématiques soulevées.

Miguel prend la figure de l’autruche pour décrire le comportement des individus dans la société. Pour les gens le monde est un trou noir. Les personnes sont au courant de ce qui se passe à l’extérieur par l’intermédiaire de la télévision et de leur téléphone portable. Chaque personne est, telle une autruche, la tête dans son trou noir. Comment connaître l’autre ainsi ? Cette partie de chaque être qui correspond au « moi » est une petite partie d’un tout. L’individu est un organisme complexe directement lié à « un tout » qui est de plus en plus oublié.
La surface d’affectation : l’autruche pense que le monde extérieur est un trou noir, elle apprend ce qui se passe dans le monde par des informations codées qui lui arrivent par différents canaux de communication. Notre société a construit cette autruche coupée du monde.

Miguel cite alors l’exemple du tremblement de terre survenu en Italie dans la ville d’Aquila. Le matin du tremblement de terre, le journal local calmait les esprits en disant que le tremblement de terre ne serait pas d’une grande intensité. Au niveau corporel, au niveau de la surface d’affectation, les anciens du village sentaient l’arrivée d’un tremblement de terre d’intensité élevée en observant le comportement des animaux par exemple. Le journal local quant à lui répercutait des informations qui lui venaient de Rome disant qu’il n’y aurait pas de tremblement de terre. Un terrible tremblement de terre est ainsi survenu faisant des dizaines de morts. Cet exemple illustre la déterritorialisation et le déracinement dont souffrent les personnes. Tout ce qui est local, tout ce que nos corps ressentent, toute notre expérience, tout cela est oublié pour former un homme abstrait, cette humanité abstraite a vidé le contenu de l’individu.

Nous devons chercher comment les personnes sont affectées par la pollution, par l’immigration, par la crise sociale, par les transports communs… et à partir de cela essayer de construire des hypothèses pratiques. Notre société a construit un homme coupé de son environnement, de son territoire. Nous arrivons historiquement à un moment où la façon d’être un individu est en train de changer, il y a un changement de subjectivité. Ce changement amène aussi un changement des possibilités d’agir et de compréhension du monde.

Notre société connaît la naissance de l’homme post-moderne dans les pays centraux et dans les pays périphériques. Comme Foucault le disait, c’est dans la périphérie que l’on voit ce qui se produit au centre. Ce qui se passe dans le centre se produit sans que l’on puisse le comprendre, ce qui se passe est compréhensible uniquement à la périphérie, il faut regarder les effets à la périphérie pour comprendre ce qui se passe au centre (le tiers monde, la banlieue, la folie…).
Ce changement de subjectivité explique la construction de la souffrance et de l’impuissance. Il y a un changement de ce qu’est un homme et du rapport de l’homme à soi.

L’homme de la modernité est un homme qui va puiser sa pensée, son affecte dans la profondeur de son histoire, de son intimité. C’est l’homme de la profondeur, de l’expérience.

L’homme post-moderne est l’homme de la pure surface capturé par les technologies de communication. Cet homme vit dans une extériorité totale (exemple avec Facebook) et est dans l’impossibilité d’avoir des boucles internes. Cet homme est dans un besoin compulsif de communication, tout ce qui lui arrive doit être communiqué en permanence et à un maximum de personnes. Cette communication ne s’adresse pas vraiment à l’autre, on ne communique pas avec l’envie que l’autre partage avec nous ce que nous vivons mais c’est un besoin compulsif que rien ne s’inscrive de trop en nous. Cette communication n’est pas adressée à quelqu’un en particulier, plus il y a de monde au courant de ce que je fais et mieux c’est, mais en réalité on ne s’adresse plus à personne. Cet homme est formaté par ce monde de la surface dans lequel tout retour sur soi, toute profondeur est une pure perte. Cet homme est vidé de toute subjectivité profonde et complexe.

L’homme moderne est un homme qui pense que ce qui lui arrive n’est qu’une manifestation de quelque chose d’une profondeur complexe. L’homme post-moderne remplace l’hypothèse de causalité des phénomènes par la recherche d’efficacité ce qui constitue un changement culturel énorme.
Miguel nous fait part de son expérience en tant que psychanalyste, des demandes des personnes en souffrance. Les gens ne veulent pas travailler sur les causes de leur souffrance car c’est selon eux une perte de temps. Il y a un abandon de la causalité complexe dont je suis issue et qui me traverse.
L’homme de la modernité était un homme lié car ce qu’il savait que ce qu’il éprouve vient de quelque chose qui le précède, qui le traverse et qui le transcende.

Miguel cite ensuite Freud avec son idée que « nul n’est maitre chez soi ». Nous devons accepter que nous sommes composés d’un tas de désirs que notre « moi » ne peux pas maitriser. Les individus sont complexes car traversés par un tas de choses et de désirs.
L’homme de la modernité est dans une intériorité totale, il faut selon lui puiser dans son intériorité pour comprendre le monde.
L’homme de la postmodernité cherche l’efficacité, il n’a que faire des causes liées à ses actions.
Cette idée est dominante et semble aller de soi mais une question ne se pose pas : efficace mais par rapport à quoi ? C’est l’efficacité technico-économique de l’homme economicus. C’est l’homme néo-libéral qui va s’évaluer par rapport à quelque chose de consensuel : sa capacité à produire de l’argent.
Cette conception a évolué comme la relation à l’argent a évolué :
Mercantilisme : M -> A -> M : on utilise l’argent pour acheter des marchandises
Capitalisme : A -> M -> A : on achète des marchandises pour faire de l’argent
Néo-libéralisme : A -> A -> A : on place de l’argent, dans  de l’argent pour produire de l’argent => toute personne qui produit perd de l’argent avec l’immédiateté des échanges d’argent.
L’homme du néo-libéralisme est ainsi un homme déterritorialisé, la valeur des choses est donnée par rapport à une vision virtuelle de l’argent. Cet homme postmoderne n’a plus aucun rapport avec quoique ce soit du monde, avec quoi que ce soit de lui-même, son lien au monde est rompu à cause de l’information virtuelle et déterritorialisé qu’il reçoit du monde. Si nous ne pouvons pas expérimenter notre territorialisation nous entrons dans une destruction de notre milieu, de notre environnement.

L’homme postmoderne est formaté en permanence par rapport au développement de la technique. Miguel prend l’exemple du téléphone portable, cet outil met les gens dans une urgence (prévenir tout le monde le plus rapidement possible qu’on a oublié d’acheter des poireaux pour le diner du soir) qui n’existait pas avant la création de l’outil. L’outil lui-même crée l’urgence. Cet avènement de la technique dans l’idée que toute nouvelle technique ouvre de nouveaux possibles, éclipse ou écrase aussi les anciens possibles.
Nous devons donc observer comment notre monde, avec la magnifique avancée de la technique, construit un nouveau sujet de surface qui sera de plus en plus dans le « pâtir ». Le fait que les gens n’apprennent que de façon codifiée ce qui va leur arriver les amène à souffrir d’un « pâtir » dans leur vie réelle. Le « pâtir » ne se réfère pas uniquement au négatif, il peut y avoir des bonheurs vécus de façon passive.

L’homme post-moderne est capturé par l’idée que le moteur de la vie est dans la notion immédiate de plaisir/déplaisir et il se coupe ainsi de toute une série d’autres causes qui font que le monde est monde et que cette culture est notre culture. L’homme post-moderne est coupé d’une partie de lui-même qui correspond à la partie qui explique pourquoi une personne peut faire quelque chose sans être à la recherche d’un plaisir immédiat.
Ces changements sont observables à différents niveaux dans la société :
- à l’école, la pédagogie des compétences est une pédagogie de surface, on enseigne aux enfants ce qui est utile
- dans la façon de faire de la politique : toute adresse à la profondeur du sujet est dépassée, on s’adresse uniquement à l’électeur qui votera de façon passive en fonction de ses affectations passives. Il est très difficile de nos jours de faire de la politique en s’adressant à la surface d’affectation des gens, si le candidat ne propose pas de plaisir immédiat les gens ne sont pas intéressés.

Nous voyons que chaque époque produit des sujets différents.

L’homme classique agit pour des raisons fondamentalement liées à l’environnement, à ses tropismes, à ses besoins. Il agit en accord avec une sorte d’harmonie à laquelle il appartient, ce désir n’est pas endogène mais provient d’un agencement, d’un dispositif auquel il s’incorpore.

L’homme de la modernité donne naissance à l’individu comme sujet du monde, il dit « moi je » mais tout en incluant le monde (exemple : Simone De Beauvoir dans son journal intime parle d’elle-même mais par son intermédiaire elle parle du monde dans sa globalité) « moi j’existe et l’histoire existe à travers moi ». L’homme moderne agit sous l’œil des autres hommes -> désacralisation du ciel pour la société sacrée

L’homme de la post-modernité utilise le « moi je » en excluant le monde. Il n’a que faire de son environnement sauf si celui-ci lui procure du plaisir. Cet homme agit pour l’œil de la caméra, pour l’œil de la technique. Il faut que tout le monde soit au courant de tout mais en réalité les informations ne sont à destination de personne en particulier. Ce déplacement amène une désacralisation de l’homme. L’homme post-moderne agit sous le regard de nouvelles entités mixtes qui ne sont ni divines ni humaines.
Ce changement explique pourquoi, dans notre travail d’UPLS, nous voulons aller vers la reterritorialisation du sujet. Qu’est ce qui résiste à cette construction d’un sujet de pure surface ? Autour de quelle nouvelle figure devons-nous construire une résistance à cette déconstruction ?
L’homme post-moderne idéal serait le sujet super flexible du néo-libéralisme totalement adaptable. (Apprendre à apprendre, apprendre à oublier pour être en mesure d’apprendre de nouvelles choses).

Miguel souligne que ce concept constitue un point central dans notre travail. L’objectif n’est pas de tout comprendre, nous reviendrons au fur et à mesure de la formation sur ces concepts, nous essayons pour le moment de nous « bordéliser » la tête ensemble.

Max intervient pour illustrer le concept de « surface d’affectation » par un exemple qu’il a récemment vécu à un rassemblement de directeurs de MJC autour d’une réflexion sur un nouveau projet pour la fédération régionale des MJC en Ile de France. Certains directeurs avaient décidés de partir de ce par quoi ils étaient affectés pour réfléchir et construire ensemble un nouveau projet. Lorsque les directeurs régionaux ont été interrogés pour savoir ce par quoi ils étaient affectés, aucun ne pouvait formuler quoique ce soit. Les directeurs vont mal mais ils ne savent pas dire par quoi ils sont affectés.

Suite à différentes questions et/ou réflexions, Miguel explique que ces concepts de l’homme moderne et de l’homme post-moderne sont des tendances, nous sommes tous un mélange de ces deux modèles.
Pourquoi ce changement de culture ? En anthropologie on observe que chaque culture vit des cycles, il n’y a pas de substitution d’une culture par manquement d’une autre. Le cycle de la modernité est fermé et la post-modernité apparaît comme une conséquence de la fin de ce cycle en occident, comme un épilogue qui appartient encore à la modernité.

Nous vivons actuellement la fin de tout un cycle historique, c’est pourquoi pour mener notre travail il est essentiel que nous comprenions les raisons de l’émergence, du déploiement et du déclin de la modernité pour analyser la société dans laquelle nous désirons agir.

Dans l’UPLS si nous voulons créer des liens et contextualiser les problèmes nous devons comprendre tout cela, comprendre que tout est lié à des processus complexes et contradictoires.

Les prochains rendez-vous de l’UPLS :

- mercredi 16 novembre à 20h00 au Moulin du Monde : réunion intermédaire
- lundi 28 novembre à 19h30 au Moulin du Monde : réunion avec Miguel

 

 

 

Chronique UPLS n°31 :

Rendez-vous du lundi 28 novembre 2011


Miguel commence la séance en expliquant les différents enjeux des réunions. La séance de formation théorique a pour but de travailler sur les hypothèses proposées par Miguel. La séance intermédiaire est organisée dans l’idée de travailler entre nous pour se réapproprier les hypothèses proposées précédemment. Les réunions ne doivent pas devenir de simples conférences expliquant la crise et les possibilités d’agir. Ce sujet est fort intéressant, ce n’est pas rien d’être contemporain d’une telle rupture historique mais la particularité du travail demandé dans  l’UPLS est tout autre. Notre ambition est différente de celle des Universités Populaires classiques qui proposent un enseignement classique en dehors des murs de l’académie. Notre ambition est de travailler autour d’un socle commun d’hypothèses, de s’approprier ce socle et de le travailler. Le début du travail commence dans les réunions intermédiaires lors desquelles les hypothèses sont enrichies par les expériences de chacun, les lectures apportées par les personnes…
Notre pari est ambitieux car cette expérience est à contre-courant de la façon de faire occidentale qui invalide tous les savoirs non légitimés par un diplôme. Les experts sont les seuls à pouvoir s’exprimer ou travailler sur des sujets. Dans l’UPLS nous proposons, dans un lieu non habilité, avec des personnes non habilitées, d’essayer de mener un travail de recherche pratique et de produire du savoir. Pour que cette expérimentation fonctionne, pour que notre pari soit partagé, il faut faire attention de ne pas glisser vers une conférence mais accepter de fournir un réel travail.
Notre hypothèse : il est possible de créer des lieux dans lesquels la société peut se penser et s’expérimenter à partir des gens qui fondent cette société.
Pour comprendre la place de ces laboratoires sociaux, Miguel prend l’exemple des dinosaures. Certains dinosaures étaient tellement grands que leur cerveau ne pouvait pas coordonner leur corps en entier, ils avaient donc un deuxième cerveau en bas de la colonne vertébrale pour aider le premier à coordonner le tout. Le laboratoire social correspond à ce deuxième cerveau, c’est l’idée que ce qui s’organise dans le centre se comprend à la périphérie.
Dans le laboratoire social situé à la périphérie, il est plus facile de comprendre les choses que dans des lieux académiques situés au centre, les choses semblent plus évidentes lorsque la pensée est incarnée, lorsqu’on peut voir concrètement de quoi il s’agit. Les réunions intermédiaires doivent au fur et à mesure alimenter le travail de formation théorique en re-questionnant, en demandant des approfondissements…
Miguel présente ensuite l’objet de travail de la soirée : Comment la crise d’une époque prend corps dans la tête et dans le corps des personnes et est en train de détisser un modèle d’être humain et d’en construire un autre ?
Nous voulons travailler sur les nouveaux modes de subjectivation : comment sont construits les nouveaux sujets ? Tout le monde en parle mais il est difficile de se rendre compte de quoi on parle exactement.
Tous les jours nous observons que la macro économie n’est pas au service de l’homme. Il y a des personnes qui profitent du système économique mais ces personnes ne maitrisent pas le système économique, il y a souvent une confusion entre la maitrise et ceux qui tirent profit du système.
Personne ne maitrise l’économie, l’économie apparaît comme n’étant pas au service de l’homme. On garde l’illusion qu’elle pourrait l’être en disant qu’il y a une poignée d’hommes qui la maitrise, mais c’est faux. On constate la même chose pour les hôpitaux qui ne sont plus au service de l’homme, pour la technique qui n’est pas au service de l’homme… Depuis une trentaine d’année, la société occidentale, qui a placé l’homme comme sujet de l’histoire, se rend compte que les hommes n’arrivent plus à maitriser les macro processus : il n’y a plus de maitrise du réel. L’homme est souvent une marionnette de forces qui le dépasse. Ce constat d’un point de vue anthropologique signifie que le cycle historique qui a parié sur l’homme comme sujet de l’histoire est en train de se terminer.
Ce que nous avons appelé « l’homme » c’est cette structuration de l’époque de l’homme qui a proposé un certain mode d’organisation et qui formate le tout d’une certaine façon. Cela ne correspond pas pour autant à chacun de nous en tant qu’homme.
Nous sommes des hommes de la modernité et cette fin de cycle nous apparaît comme la fin du monde. C’est en réalité la fin d’un monde en termes de type d’organisation. Pour celui qui vit dans cette culture, la fin de ce monde semble être la fin du monde.
Aujourd’hui il nous faut retrouver la complexité, nous devons comprendre que nous sommes des marionnettes. Cette fin d’un monde rend l’époque obscure et triste car nous ne savons pas comment agir, tout ce qui a fondé la modernité reste ce qui nous a tissés de l’intérieur. Les gens vont donc chercher soit dans des traditions passées, soit dans des choses parallèles, un refuge et une nouvelle explication.
L’hypothèse qui disait : « je suis maitre chez moi » est un échec. Si ce postulat se trouve erroné alors où sont les fils ? Qui sont les marionnettistes ? Ces questions expliquent le renforcement des intégrismes religieux et des sectes.
L’étude de la modernité nous permet d’analyser comment cet homme de la modernité s’exprime dans son intimité. La modernité est la première et unique organisation culturelle ayant parié sur une disparition du négatif, ce postulat est assez simple à comprendre dans l’extériorité de la personne mais plus compliqué dans l’intériorité : comment ce pari s’exprime et se joue chez chacun de nos contemporains ?
L’homme n’est pas une figure transhistorique et trans-situationnelle, le fait de dire que l’homme des cavernes est comme nous sauf qu’il n’avait pas notre technologie est un propos stupide. L’homme n’est pas le même au-delà de la technique avec laquelle il s’articule, l’homme se produit lui-même dans la production de la société qui fait son existence. L’homme est physiologiquement et biologiquement façonné selon différentes époques et différentes situations. « Je ne suis pas un corps dans n’importe quelle époque historique » : ce sont des perceptions et des sensations convergentes qui forment un corps.
La technique ne vient pas répondre à des besoins, la technique crée de nouvelles dimensions qui impliquent de nouveaux besoins et la satisfaction de ces besoins. L’apparition de l’objet est simultanée à la nécessité de posséder cet objet. La société de consommation nous dit que si un objet existe c’est parce qu’il répond à un besoin or la technique existe de façon concomitante au besoin. Dans notre travail nous devons questionner ce qui nous parait le plus intime et le plus évident.

Il existe trois modes de rapport à soi :
- l’homme classique, prémoderne ou para-moderne : l’être de chacun est donné par une substance, chacun est quelque chose de façon substantielle. Si une personne est roi ce n’est pas parce qu’on l’a nommé roi, c’est parce que substantiellement il est roi.
Exemple : le roi Arthur et Excalibur, la lecture moderne s’appuie sur la performance alors que dans la lecture classique de l’ouvrage, si Arthur peut extraire l’épée c’est parce qu’il est le roi. Il y a une sorte d’harmonie dans le théâtre de la vie où Arthur occupe le rôle de roi, les choses sont écrites et la place de chacun est contenue de façon substantielle en chacun de nous. La liberté passe alors par la possibilité pour Arthur d’assumer son rôle, Arthur n’est libre que lorsqu’il arrive à réparer le dérèglement dans l’harmonie du monde qui existait tant qu’Arthur n’était pas le roi. Arthur n’était qu’un roi en puissance, c’est l’acte qui fait émerger ce qui était en puissance. L’homme classique analyse la vie comme un parcours que chacun doit suivre pour assumer ce qu’il est de façon substantielle.
- l’homme de la modernité : le roi est celui qui exerce la mission de roi. Dans la modernité il y a une opposition entre l’être et le paraître : l’être correspond à mon intérieur, le paraître n’est qu’un accident. Ce rapport à soi est contenu dans le fantasme lancé par Hollywood où le cireur de chaussures devient le roi de Wall Street.
- l’homme de la postmodernité est uniquement dans le paraître (facebook, twitter, reality show…). C’est un homme de la pure extériorité.
Pour l’homme classique, ce n’est pas son intériorité, son intimité, qui est importante, dans l’exemple du roi Arthur, il est roi par rapport à une lignée historique de façon déterminée. Il remplit son rôle historique.
L’homme de la modernité est un homme de l’intériorité, il va rompre avec la transcendance de la substantialité. Il n’est pas lui-même depuis toujours, il est lié à une intériorité. Le désir est endogène, il vient de mon « moi » intérieur. La psychanalyse a participé à la création de ce « moi » en tant qu’identité. Ce mécanisme de production de l’individu correspond à un ordre social historique et à un mode de production : le capitalisme.
L’individu est une structure de pouvoir qui va produire ses savoirs. (cf : Foucault : une structure de pouvoir produit le savoir qui le légitime). Lorsque l’occident produit ce « moi », il produit autour de cet objet un tas de savoirs et un tas de problématiques. La société produit une entité enfermée sur elle-même, la philosophie va ainsi se demander comment cette figure enfermée sur elle-même peut connaître l’extérieur.
L’homme classique est quant à lui traversé par des passions, il n’est qu’un pli d’une harmonie et d’une histoire existante.
Pour l’homme de la modernité, le monde existe mais dans un rapport « moi et le monde », l’homme s’extrait du tout, le monde devient objet et l’homme sujet d’étude. Le fait d’être un humain va se vivre comme séparé du monde réel qui devient l’objet d’un sujet qui l’étudie. Pour reprendre l’exemple du roi Arthur : est roi celui qui fait le boulot du roi, peu importe d’où tu viens, l’important est ce que tu es. L’homme moderne commence cette phase de déterritorialisation que nous connaitrons de façon exacerbée chez l’homme post-moderne. L’homme moderne est l’homme de la psychanalyse, de l’autobiographie… Cet homme fait une différence entre le public et le privé, entre ce que l’on montre et ce que l’on ne montre pas.
L’homme de la postmodernité rompt avec cette séparation des deux espaces, c’est un homme de la pure extériorité. « Tout ce qui est bon apparaît, tout ce qui apparaît est bon ». Cet homme se formate lui-même comme si il était sans cesse sous l’œil d’une caméra : tout doit être vu, on abolit doucement la distinction privé/public, on construit un homme de l’immédiat et de la pure superficialité. Cet homme perd toute intériorité, il devient un être de la pure surface et ne voit pas d’intérêt à analyser son intimité profonde. L’homme de la postmodernité désire éliminer tout ce qui en lui, l’empêche de suivre les avancées techniques et ne veut surtout pas être lié à ses racines. Cet homme s’assume comme marchandise exposée à la vente, sur facebook il donne un récit, une cohérence virtuelle à sa vie qu’il soumet ensuite aux votes des gens.
Tout ce qui est expliqué plus haut correspond à des tendances, il est de plus en plus difficile pour l’homme post-moderne d’être dans son intériorité, il retient de moins en moins de choses pour lui-même au profit d’un partage immédiat des événements qui traversent sa vie.
La production de nouvelles subjectivités correspond au moment dans lequel nous sommes : la fin de la culture de l’homme moderne installe une série de symptômes qui ne déterminent pas encore de nouveau sujet ni de nouvelle organisation. Cet homme post-moderne n’est qu’une pure réaction par rapport à l’homme moderne, il se structure en négatif par rapport à lui mais il n’y a pas encore l’émergence d’un nouveau mode d’organisation qui le rende en capacité d’agir. Tout cela se déroule dans une pure passivité, nous devons donc chercher quels seront les nouveaux modes d’action, quelle sera la nouvelle unité capable d’agir ?
Toutes ces séances sont denses, Miguel donne du matériel pour comprendre l’époque dans laquelle nous sommes et pour nous permettre de définir les méthodes d’action que nous pouvons mettre en œuvre. Ces concepts doivent être rediscutés lors des réunions intermédiaires, ce bloc théorique doit être identifié, raccroché à des pratiques. Lors des réunions intermédiaires nous devons travailler à partir de ce qui fait écho en chacun de nous par rapport aux concepts abordés.
Miguel prend ensuite des questions liées à son intervention :
- la déterritorialisation correspond à l’émergence de macro processus où se déploient des stratégies dans lesquelles il n’y a plus de stratèges. L’économie et la technique se décollent par rapport à la culture pour devenir un processus autonome. Ces macros processus se comportent comme les dieux de l’olympe qui maitrisent les processus humains mais qui ne sont pas maitrisables par les humains.
Max évoque un exemple par rapport au traitement des demandes au Pôle Emploi, où l’apparition d’un numéro unique conduit à des aberrations. Cet exemple montre qu’il n’y a plus de pensée globale qui structure les comportements, les techniciens répondent à des problèmes pratiques et petit à petit la technique se met en place toute seule sans que le problème ne soit réfléchit de façon plus globale. L’exemple montre bien à quel point nous sommes face à une stratégie sans stratèges. L’humain n’est plus qu’un segment de la structure de la stratégie technique. Nous devons observer et analyser comment l’intériorité est en train de disparaître.

Lors de notre prochaine séance théorique nous verrons différents points :
- Comment la technique devient un foyer normatif ?
- Comment la culture perd de la puissance d’agir car la technique devient créatrice de normes ?
Ces éléments sont fondamentaux pour comprendre les mécanismes liés à la perte de puissance d’agir des personnes, hypothèse centrale de notre travail.
Réunion intermédiaire : Mercredi 7 décembre à 20h00 au Moulin du Monde
Réunion théorique avec Miguel : Samedi 14 Janvier à 14h00 au Moulin du Monde

 

 

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Chronique UPLS n°32 :

Rendez-vous du samedi 14 janvier 2012

 


Nous étions une petite vingtaine de personnes autour de Miguel pour cette première réunion de l’année 2012. Le rendez-vous a commencé avec quelques informations par rapport à la suite du travail : nous donnons rendez-vous à tous les participants à l’UPLS le samedi 31 Mars 2012 pour une après-midi de lancement du nouveau groupe de formation d’animateurs de l’UPLS. Ce moment sera réfléchit de la même façon que l’année précédente, nous accueillerons Miguel et Angélique Del Rey pour la présentation de leur livre « l’engagement dans une époque obscure », des participants de l’UPLS pour avoir des témoignages pour enfin inviter les personnes intéressées à s’inscrire au nouveau groupe de formation d’animateurs. N’hésitez pas à communiquer autour de vous sur cette journée.

Miguel souhaite partir des questionnements et/ou thématiques qui ont émergé lors de la dernière réunion intermédiaire pour commencer son intervention. Les thèmes que nous avons travaillés au mois de décembre dernier étaient les suivants :

- la question de l’engagement dans notre époque
- ce qui faisait du lien avant ne fonctionne plus -> pourquoi ?
- repenser nos façons d’agir

Miguel débute son intervention en revenant sur la méthode de travail dans un laboratoire de recherche. Contrairement aux séminaires, dans un laboratoire de recherche, on ne suit pas un enseignement linéaire. Il y a quelques points centraux sur lesquels on revient en permanence en y ajoutant au fur et à mesure différentes notions. C’est une méthode de travail « en spirale ». Nous avons des hypothèses de départ que nous analysons en développement telles ou telles choses.
Le travail d’analyse et de compréhension autour de la déconstruction de l’homme moderne et la fabrication d’un nouvel homme est très complexe à comprendre, nous allons y revenir régulièrement en prenant au fur et à mesure différentes portes d’entrées.

Lors de ce rendez-vous Miguel propose d’étudier de façon anthropologique les quatre modes de construction de l’homme et de l’humanité étudié par Philippe Descola (anthropologue français). Ce qui se passe de nos jours, l’impuissance et la souffrance dans laquelle les gens sont, ne tient pas seulement à un manque de technique et de savoirs faire. Ces états sont liés au fait que nous vivons la fin d’une culture, d’une société, d’un mode de rapport au monde et à soi et que pour le moment nous assistons à cette fin sans savoir ce qui approche derrière cela.
L’homme que la modernité a créé est dans une intériorité très importante, il se pose la question du « soi » qui va se fonder contre ce qui existait avant. Nous avons du mal à nous dire que notre intimité la plus profonde est  produite, façonnée par l’époque dans laquelle nous sommes.

Miguel cite à nouveau le livre « histoire de la vie privée » qui explique de manière détaillée la déconstruction de l’homme de l’antiquité pour construire l’homme de la modernité.
Il existe une opposition entre l’homme de la modernité et l’homme de la « pré » modernité.
L’homme de la modernité devient le sujet du monde, « l’important ce n’est pas d’où tu viens mais ce que tu fais, ton effort pour arriver à ce que tu es ». Pour l’homme de la « pré » modernité la seule chose qui compte c’est la naissance, « je fais cela de façon innée, tout effort pour arriver à ce que je suis doit être caché ».
L’homme de la modernité émerge en Europe et va devenir le modèle mondial avec la colonisation. L’étude de l’homme de la modernité nous aide à comprendre à quel point une culture, une société nous façonne dans notre plus profonde intériorité. L’homme moderne est dans une forte intériorité, on observe la production d’un modèle d’homme qui écrit, lit… (cela étant lié à des processus économiques mais aussi à l’apparition de l’écrit et de l’imprimerie) L’occident crée alors un mythe qui dit que cet homme est à un stade de l’évolution où les autres ne sont pas et qu’ils se doivent d’atteindre. La production de l’homme moderne amène la matérialisation de la séparation entre le « privé » et le « public ». La société de l’homme produit un modèle qui dit : la seule chose qui agit, la seule chose qui possède une intériorité c’est l’homme, tout le reste est inanimé : désenchantement du monde et de l’univers pour sacraliser l’homme.

La production d’une perception normalisée : comment une norme, une culture, va façonner les corps : je vais ressentir / percevoir le monde en fonction de la façon que la culture m’a produit.
Lorsque nous parlons de l’engagement, des nouveaux modes d’agir, nous voulons attaquer le problème à la racine : avant de savoir comment agir il faut déjà chercher à déterminer quelle instance agit ?
L’humanité a connu quatre modèles de subjectivité (qui ne sont pas étanches et qui se mélangent en fonction des époques)
- l’animisme : Tout ce qui existe renvoi à des entités animées. Les êtres humains ne sont pas les seuls sujets animés. Il existe dans tous les objets une âme. Les âmes pour exister ont pris des formes différentes, ce qui est important c’est de découvrir l’intériorité de chacune des choses. Les âmes correspondent à différents objets : ce qui est essentiel ne se voit pas immédiatement. C’est la philosophie de l’essence et de l’apparence. Nous ne devons pas nous fier aux apparences car les être sont animés par des âmes qui ont une intentionnalité. Ce modèle de subjectivité détermine une culture très écologiste car les humains ne sont pas les seuls à avoir des droits, tout a une raison d’être. La modernité apparaitra comme une négation de cette raison d’être (les objets et le monde sont vides, inanimés, seul l’homme est habité par une âme). Dans l’animisme il n’y a pas que l’homme qui produise la pensée. La pensée pense les problèmes, les objets ne sont pas seulement des « utilisables ». Ce modèle revient de plus en plus en Occident car l’homme qui a cru que le monde était vide se rend compte que les objets normalement inanimés répondent. En Argentine par exemple, il existe des plantations OGM un peu partout. Nous savons maintenant que dans une vingtaine d’années la terre sera totalement stérile. Il faut comprendre l’inter relation avec les objets de façon complexe : « on a violé les droits de la terre ». L’animisme est de retour d’un point de vue culturel et d’un point de vue scientifique. (cela ne signifie pas dire que les pierres ont une âme mais savoir que l’homme ne peut pas tout faire).
Le danger de la postmodernité est que plus rien ne fait le pli, le modèle est entièrement colonisé par les processus économiques. Le monde de l’ordinateur, de facebook, de twitter, participe à la déconstruction d’un monde et d’un modèle de pensée. Cette déconstruction touche tous les éléments culturels pour les ordonner dans un utilitarisme libéral. Nous ne savons pas où cet utilitarisme va nous mener, nous devons donc essayer de réfléchir à d’autres possibilités. Ce nouveau monde ainsi décrit est déjà là de façon très claire. Le monde de la postmodernité basé sur l’utilitarisme néo libéral est déjà installé de façon dominante. (exemple avec les remaniements du gouvernement en Italie : il faut à la tête des états des techniciens qui appliquent les lois néo libérales et non pas réunir des hommes pour faire de la politique). L’homme de la modernité pleure sa fin car il voit des structures non humaines qui décrivent des stratégies utilisant les humains mais ces structures ne sont pas dirigées par des humains.
- le monde objectif : apparition de l’homme (sujet) qui regarde le monde (objet). L’homme est le pli du modèle : tout renvoie à l’intériorité de l’homme pour montrer que cet homme est habité. L’homme se sépare en tant que « sujet », l’intériorité est le monopole des hommes : seul l’homme est dans une intentionnalité, il n’y a donc que l’homme qui agisse. L’homme va réussir à tout maitriser (la modernité : naissance des sciences du mesurable). La modernité porte en son sein les bases de la postmodernité qui vont déconstruire le modèle. Lorsque tout devient maitrisable et mesurable on arrive à un monde désenchanté : l’intériorité de l’homme est petit à petit mangée par les sciences mesurables. C’est l’homme de l’engagement, de la rationalité : désenchantement du monde pour enchanter l’homme.
- le totémisme : toute réalité existante est construite par des essences différentes. Les différentes essences étant partagées par des hommes, des animaux, des pierres… Un homme peut partager la même essence qu’un animal et qu’une pierre : l’ère des rêves. Les totems, les essences, définissent des qualités partagées par des hommes, des fleurs, des animaux…
- le monde enchevêtré : ce qui existe est composé d’un tas d’éléments disparates mais qui en s’agrégeant permettent l’émergence d’un organisme, de quelque chose qui existe. Mais est-ce que cet organisme, cet enchevêtrement possède lois propres ? ou est-ce que tout est constructible ?
La postmodernité dit que tout est constructible, tout peut se construire comme on veut. Dans notre travail nous partons du postulat contraire : tout n’est pas possible.
De nos jours nous assistons à un retour de la pensée animisme ainsi que de la pensée totémisme et de l’humanisme. Notre vraie question est la suivante : est-ce que tout est constructible et que cette construction obéit à des volontés ? ou bien est-ce que cela implique des invariantes non constructibles ? Nous devons analyser comment ce que nous vivons aujourd’hui est compréhensible à ce niveau d’analyse. Nous vivons un moment historique particulier, les quatre fondements anthropologiques cités vont nous aider à déterminer ce qui agit dans l’époque actuelle.
Totémisme : ce qui agit c’est mon totem de référence
Animisme : ce qui agit c’est l’âme contenue dans chaque chose
Humanisme : ce qui agit c’est l’homme
Enchevêtrement : ce qui agit c’est une articulation de différentes choses, une unité.
Sous quelle forme va s’articuler ce qui agit ?
La postmodernité ne crée pas un sujet : elle dissout tout sujet et soumet le monde aux lois non humaines de la technique et de l’économie.
Nous vivons dans un monde où ce qui est impossible représente l’agir car nous ne voyons pas de façon claire l’unité qui agit. Il n’y a plus aucun sujet, les choses se passent selon une pure mécanique vide de toute intériorité : cette logique est propre à toute crise.

Les quatre modèles décrits par Miguel correspondent à quatre modes avec un type d’intentionnalité et d’intériorité.

 

Carole Berrebi, chronique

 

 

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Chronique de l’UPLS n°34 

Réunion du lundi 12 mars 2012

 

Nous nous sommes retrouvés en groupe restreint pour ce rendez-vous de l’université populaire. Avant de commencer la séance de formation à proprement parlé nous avons donné plusieurs informations au groupe concernant les mois à venir.

Le 7ème printemps des universités populaires :

Comme nous l’avions déjà évoqué, l’université populaire de la MJC de Ris-Orangis a été choisie cette année pour organiser le 7ème printemps des universités populaires, mouvement national et international rassemblant de nombreuses universités populaires. Dans le but d’organiser au mieux cet événement nous avons besoin de connaître les personnes susceptibles de participer à ces trois jours de rassemblement (les 22, 23 et 24 Juin) ainsi que les possibilités de chacun pour nous aider durant ces trois jours (possibilité d’hébergement, participation au buffet du vendredi soir, temps de bénévolat durant le week-end…). Une feuille d’inscription circule durant la réunion et un envoi mail sera réalisé pour les absents.

Lancement d’un nouveau groupe d’animateurs le 7 avril 2012 au Moulin du Monde à partir de 14h :

Nous organisons le samedi 7 avril une réunion de présentation de l’UPLS pour constituer un nouveau groupe de personnes intéressées par la démarche et désireuses de se former pour devenir eux-mêmes des animateurs de groupes de recherche. Cette journée sera l’occasion de présenter le travail réalisé au sein de l’UPLS (témoignages et explications du travail) ainsi qu’une présentation du livre de Miguel « l’engagement dans une époque obscure » illustrant le travail que nous réalisons au sein de l’UPLS de Ris-Orangis. Nous comptons sur vous pour participer activement à cette journée et pour communiquer autour de vous pour mobiliser un maximum de personnes intéressées par le travail.

Le lancement de ce nouveau groupe signifie pour nous que nous allons entrer dans la seconde phase de travail à savoir la formation pratique des animateurs. Nous allons à présent travailler autour d’un sujet pilote pour continuer à se former autour de la méthode de l’université populaire.

Construction d’une formation professionnelle des animateurs d’UPLS :

Nous travaillons actuellement à la construction d’une formation professionnelle des animateurs d’UPLS à destination de Centres Sociaux, MJC, services municipaux… Nous voulons formaliser le travail déjà effectué dans une formation plus intense et plus courte (1 an de formation) pour permettre aux professionnelles de se former à la méthode de travail des universités populaires et ainsi créer sur leurs lieux de travail des UPLS.

Après toutes ces informations, Miguel débute la séance par la présentation d’une expérience de laboratoire social qu’il mène depuis trois ans avec la communauté sourde. Dans les autres laboratoires sociaux les personnes investies dans le travail appartiennent toujours à un groupe très particulier partageant une problématique commune (indiens en Amérique du Sud, communauté éducative à Reims, communauté sourde…). Le travail que nous réalisons à la MJC de Ris-Orangis est différent et rencontre d’autres difficultés liées à cette différence. Nous avons voulu formaliser une méthode de travail, constituer des groupes mixtes pour former les personnes à ces méthodes et les rendre capable d’animer eux-mêmes des groupes de recherche sur les thématiques qui les affectent. La difficulté réside donc dans le fait que dans l’UPLS de Ris-Orangis nous partageons tous un désir commun de travailler autour du renforcement du lien social mais nous n'avons pas les mêmes affectations.

Max explique que deux groupes s’inspirant du travail mené dans l’UPLS (mais sans dire qu’il s’agit de la même méthode de travail) ont été créé à la MJC : l’auberge de la parole (groupe de travail avec des collégiens du collège Albert Camus sur une réflexion autour du système scolaire) et un groupe de travail autour de la problématique de la garde d’enfants soulevées par les personnes participant au projet « Mieux Lire Mieux Ecrire ».

Miguel prend l’exemple du travail qu’il a réalisé avec la communauté sourde pour illustrer le travail mené dans un laboratoire social. Miguel travaillait en anthropologie et en neurophysiologie avec la communauté sourde et il y a trois ans des personnes sourdes sont venues le voir en lui parlant d’un nouvel implant qui permettait aux personnes de rester sourdes mais d’être capables d’entendre. Les personnes constataient donc que la culture sourde qui est une culture qui existe depuis des millénaires allait disparaître car l’avancée de la technique proposait maintenant cette possibilité. Miguel leur a alors proposé de travailler cette question à la manière d’un laboratoire social : ce sujet est un sujet carrefourcar il traite de différentes questions (la technique/ la norme/ l’homme complet ou incomplet / le fait d’être affecté par quelque chose…). Il existe une différence entre les sourds et les Sourds (avec un grand « s »). Lorsque nous parlons des sourds ce sont les personnes qui pâtissent la surdité, ils sont sourds comme étant diminués, en revanche les Sourds correspondent à une autre façon de comprendre la surdité : à partir de ma fragilité je participe à une culture différente. Les sourds ont en effet une subjectivité perceptive différente et ont construit une subjectivité culturelle différente. Cette culture va disparaître avec l’avancée de la technique.

Les sourds en tant que sourds sont affectés de façon passive par la surdité, ils sont convaincus, tout comme leurs contemporains, que la science a raison et que la technique est là pour améliorer sans cesse la vie des humains. Ce groupe « diminué », face à une technique qui leur permettrait « d’améliorer » leur condition manifeste alors pour la première fois un refus, ils expriment implicitement le fait de dire « tout progrès de la technique n’est pas forcément bon ». Ce comportement marque la faille et l’effondrement du mythe du progrès. Les avancées médicales sont normalement perçues dans une pure positivité, dans ce cas non. Ces personnes sourdes, en étant affectées, sont porteuses de savoirs assujettis. Les savoirs assujettis sont des savoirs non-nobles détenus de façon inconsciente par les personnes.Le sourd en formulant ce « non » à la technique résiste, mais en même temps il peut tout à fait tenir un discours élogieux sur les avancées technologiques.

Cette thématique de recherche et de travail est un sujet carrefour : ce qui touche les sourds ne parle pas de tout le monde mais parle à tout le monde.

Savoir minoritaire : un sujet qui m’affecte personnellement, qui ne parle pas de tout le monde mais qui pour autant parle à tout le monde (dans l’exemple le rapport à la norme/ le bio-pouvoir/ le rapport à la technique parle à tout le monde).

Lorsque nous choisirons notre sujet de recherche nous devrons faire attention à trouver un sujet qui parle à tout le monde sans parler forcément de tout le monde : universel concret, la question du rapport de soi à l’univers « ce qui t’affecte touche tout le monde ».

Au départ de la recherche du laboratoire social sur le sujet des sourds, un objectif concret était posé : la réalisation d’un film documentaire. Le fait de définir dès le départ un objectif au travail peut aider à rassurer les gens qui s’investissent dans la démarche. Durant trois ans de multiples productions ont vu le jour car l’objectif concret vers lequel la recherche devait aller était clair : réaliser un film documentaire sur la culture sourde qui parle à tout le monde.

- questionner la place de la technique et du bio-pouvoir dans l’exemple des sourds.

- quel est mon rapport avec les dictats de l’économie et de la technique ?

Ce sont les questions que le film doit amener chacun à se poser et non pas se positionner pour ou contre cet implant cochléaire.

Il serait intéressant de diffuser ce documentaire à la MJC pour montrer l’exemple d’un laboratoire social et observer son fonctionnement. Le film montre une forme d’engagement que nous avons du mal à développer dans l’UPLS de Ris-Orangis, il nous est difficile de construire un « noyau » d’une quinzaine de personnes pour mener un travail de fond sur la recherche. L’affectation principale des personnes qui participent à l’UPLS de Ris-Orangis est sur la volonté de comprendre la rupture du lien social.

Dans l’UPLS de Ris-Orangis nous faisons un pari : nous ne partons pas d’un groupe unit autour d’une même problématique, nous partons sur quelque chose d’ouvert à tous ce qui est riche et intéressant mais ce qui fait aussi notre difficulté : il nous manque cette unité sur quelque chose qui affecte les gens et cela complique la tâche. De plus, dans l’UPLS de Ris-Orangis nous tentons de modéliser le projet, la façon de faire et notre pari est que les participants puissent être en mesure de reproduire eux-mêmes la méthode de travail sur des sujets qui les affectent.

Après l’explication de cet exemple de laboratoire social, Miguel propose que nous reprenions ce qui a été travaillé lors de la réunion intermédiaire précédente pour orienter son intervention.

Lors de la réunion intermédiaire, nous sommes revenus sur différents concepts abordés par Miguel pour y mettre nos mots et y ajouter nos expériences, nos points de vue (synchronique/diachronique, individu/espèce, l’homme post-moderne dans son efficacité, sa rapidité, son instantanéité ; la temporalité de l’homme post-moderne a changé, les hommes politiques s’adressent à cet homme post-moderne…).

Nous avons ensuite commencé à lister les potentiels sujets de recherche pour notre formation pratique :

- Comment mobiliser pour un intérêt collectif ? Intérêt individuel / intérêt collectif

- Comment agir sur l’individualisme pour lutter contre ?

- Comment recréer, retravailler le lien social qui s’est dégradé ?

- Comment lutter contre la rupture de lien entre les générations ?

- Comment travailler sur le manque de lieux, d’espaces et de temps d’échange entre les gens ?

- La lutte pour la survie financière amène les gens à se replier de plus en plus sur la sphère familiale et les autres liens disparaissent peu à peu.

- la pratique de plus en plus répandue des grilles, des digicodes dans les résidences qui font que les gens s’enferment et se séparent des autres de plus en plus

Nous allons entrer dans la formation pratique et nous devons donc définir ensemble un sujet de recherche pilote pour continuer à nous former sur un objet de recherche. Miguel prend donc comme exemple le dernier sujet proposé pour expliquer au groupe les critères qui définissent un sujet de recherche. Le fait d’être affecté par la question du système des « grilles » montre que l’on passe du pâtir à l’agir. Lorsqu’on suit le courant on prend le sens du « ça va de soi ». Personne ne veux d’un dealer en bas de chez soi, personne ne veut voir sa voiture brulée et tout cela va de soi. Ce « ça va de soi » est dans le sens du pâtir, tout va de soi et je n’ai aucune question à me poser. Le fait de dire « ça ne me convient pas », cette singularité, n’est pas une information alternative mais une faille dans le système. Ce « ça va de soi » n’est pas questionné par un autre savoir mais c’est une faille, une résistance, une gêne. De tout temps, les gens qui résistent commencent à résister à partir d’une incertitude. La première femme qui a passé son BAC ne s’est pas dit « il faut absolument que les femmes puissent avoir leur BAC » à la Simone de Beauvoir, elle se dit juste « pourquoi moi je ne peux pas ? », il s’agit au départ de remettre en question les certitudes.

Personne ne veut se faire agresser mais à un moment on sent dans ce système un dysfonctionnement, la plupart des personnes écrasent ce dysfonctionnement dans leur vie de tous les jours. Ce petit dysfonctionnement est écrasé pour continuer à suivre le courant.

La thématique des « grilles » et de l’enfermement contient la problématique de l’insécurité, de nos jours même les guerres sont menées au nom de l’insécurité et non plus au nom d’une idéologie. Ce thème est un thème carrefour : insécurité, apartheid social… Ce thème est un universel concret, il parle à tout le monde sans pour autant parler de tout le monde.

Notre enquête doit être centrée sur un universel concret, notre recherche doit se situer dans un espace intermédiaire entre le fait de savoir ce que nous allons chercher et le fait de ne pas savoir vers quoi nous allons. Les recherches sont souvent des simulacres : nous avons déjà la conclusion et nous allons chercher des faits qui valideront la conclusion déjà posée. Dans l’UPLS nous avons l’ambition de travailler autour du lien social mais nous ne devons pas être dans un simulacre, nous devons être prêts à trouver des choses contraires à nos convictions. Par exemple, si nous lançons une recherche sur l’idéologie sécuritaire, même si nous sommes contres nous ne devons pas faire une recherche pour affirmer que nos convictions sont bonnes.

La conception de la sécurité existe depuis Hobbes : « les hommes sacrifient une part de leur liberté pour vivre en sécurité »

L’une des conséquences de la rupture du mythe du progrès est la disparition du « socle commun ». La modernité occidentale avait créé l’illusion d’un socle commun.

L’homme de la modernité est une promesse, ce n’est pas un homme accompli mais un homme vers lequel il faut tendre.

La norme : tout ce qui s’éloigne de la norme correspond à ce qui est repérable : on dit « le maire de Paris est homosexuel » on ne dit jamais « le Maire de Toulouse est hétérosexuel ». Le fait d’être homosexuel est repérable, cela se voit, c’est assez « anormal » par rapport à une complétude et à la norme.

Plus un groupe est étiqueté et moins il a le droit d’avoir des désirs, il ne doit avoir que des souhaits de normalisation (un chômeur doit avoir le souhait de trouver un travail mais d’avoir des désirs). La société moderne nous fait arriver à un souhait normalisé : on ne peut que souhaiter être normal.

Au niveau même de la norme il n’y a personne car l’homme moderne est une promesse et non pas un homme accomplit.

Formatage : il existe un modèle de base minimal qui ne correspond à aucun territoire, aucune personne, c’est un modèle abstrait dans lequel tout le monde peut se reconnaître car cela ne parle à personne.

L’homosexualité par exemple a été pendant longtemps dans la société occidentale bien plus qu’un mode de sexualité, c’était une contestation forte de la norme, du patriarcat, de la domination, du machisme… Aujourd’hui si l’homosexuel consomme comme tout le monde et produit comme tout le monde le fait qu’il soit homosexuel est juste un détail. On passe alors dans un discours creux de la diversité mais derrière ce discours il y a une uniformisation qui ne correspond en réalité à personne.

Cette norme que nous devons de décrire correspond à « l’individu » : chacun de nous d’identifie à un idéal abstrait tout en sacrifiant toute notre territorialisation. Nous assistons à un effacement de toute singularité par identification à un individu qui est vide de sens et d’intériorité.

Notre singularitéest quelque chose qui nous territorialise lourdement et qui met de la distance avec une norme unique.

Individualisme : je détruis tout ce qui me singularise pour adhérer à cette norme unique et vide de sens, ma singularité ne devient alors qu’un petit détail touchant.

La rupture du mythe du progrès amène la cassure du socle commun, nous n’avons plus de socle commun évocable.

Dans le travail que nous voulons mener au sein de l’UPLS nous devons développer des pistes pour réfléchir à ce socle commun. Trois positions existent par rapport à ce socle commun :

- universel abstrait : beaucoup de personnes en occident continuent à croire qu’un socle commun existe et les différentes contestations de ce socle ne sont que des accidents de parcours. Pour que la société fonctionne dans une philosophie humaniste on avait besoin de ce mythe du progrès qui ne peut pas se reconstruire artificiellement. Les progrès techniques ne convergent plus vers un progrès.

- relativisme culturel : il n’existe pas de socle commun, chaque culture se structure de façon incompréhensible par rapport aux autres cultures, nous ne pouvons être que dans la guerre ou dans le respect. Cette position correspond au discours sur les civilisations. Cette position n’existe qu’en opposition à l’universel, c’est son corolaire secondaire.

- individualisme : effritement du lien tel que la seule chose qui existe ce sont les individus sérialisés. La seule vérité est la suivante : je suis un individu et j’ai des liens contractuels avec les autres.

Dans l’UPLS si nous disons que nous voulons travailler dans la société nous devons avoir à l’esprit les positions et hypothèses précédentes. La plupart des économistes néo-libéraux expliquent que la société n’existe pas qu’il n’y a que des individus. Est-ce que la société existe ?

La société n’est pas seulement la somme des individus, elle a aussi une forme qualitative. Cette question est pour nous une question centrale. Nous voulons créer du lien social, participer aux phénomènes de la société et penser l’engagement mais nous devons savoir que nous sommes dans un décalage par rapport à l’époque actuelle. Dans notre société les gens pensent que nous sommes soit dans le postulat de dire « il n’y a pas de société, seulement des individus », soit dans celui de dire que la société est un ensemble de communautés fermées.

La fin du cycle de la modernité correspond, pour beaucoup de personnes, à la fin de l’universel comme contenu pour la science qui revient à faire entrer un relativisme de la science dans la tête des occidentaux (les marabouts, la sorcellerie c’est l’équivalent de la science). Miguel nous explique alors qu’il n’est pas d’accord avec cette idéologie, dans la science nous observons des choses ayant une continuité physique, qui sont répétables et évaluables, choses que nous n’observons que dans la science. La position du relativisme culturel de nos jours en occident vient à dire que la science occidentale est en tout point semblable au vodou ou aux marabouts. Comment ne pas « brader » la science sans arriver pour autant à une hiérarchie des cultures ?

Toute UPLS part de l’hypothèse suivante : il existe des niveaux émergents, structurels et qualitativement supérieurs à la sérialisation des individus ; ces niveaux étant actuellement attaqués.

Dans l’UPLS nous partons de l’idée qu’il existe des structures qui ordonnent la société et les individus et qui créent du commun, notre travail est donc de trouver sur quoi se fonde ce « commun ».

La séance de formation théorique s’arrête là, Miguel explique que nous reviendrons la prochaine fois sur les concepts de « relativisme » et « d’individualisme ».

 

Prochaine réunion intermédiaire : Mercredi 21 Mars à 20h00 au Moulin du monde

 

 

Carole Berrebi, chronique

 

 

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Chronique de l’UPLS n°35

Rendez-vous du lundi 2 avril

 

La séance de formation de ce mois d’avril s’est tenue en comité restreint, en effet nous n’étions qu’une quinzaine autour de Miguel pour travailler sur l’UPLS.

Nous avons commencé le travail en reprenant les sujets abordés lors de la précédente réunion intermédiaire à savoir :

- l’organisation de la journée du 7 avril de lancement d’un nouveau groupe d’animateurs d’UPLS (présentation du livre « l’engagement dans une époque obscure » avec Miguel Benasayag et Angélique Del Rey, questions/réponses sur la thématique de l’engagement, présentation du travail proposé dans l’UPLS, témoignages des participants)

- le sujet de recherche pour la formation pratique : nous avons beaucoup discuté lors de la réunion intermédiaire du sujet de recherche « sécurité/insécurité »

Max s’interroge alors sur la fréquentation de l’UPLS qui diminue. Nous devons penser à intégrer d’autres groupes dans l’UPLS. En effet, un ensemble d’actions se sont créées à la manière de l’UPLS mais sous d’autres formes (l’auberge de la parole, recherche autour de la garde d’enfant, formation UPLS à destination des professionnels). Nous devons favoriser la rencontre et le dialogue entre ces différentes personnes et imaginer des liens entre l’UPLS et ces différents groupes.

Après cette introduction Miguel prend la parole pour expliquer à  nouveau la spécificité du travail que nous proposons dans l’UPLS. Notre hypothèse centrale est la suivante : comment faire pour que les gens sortent de l’impuissance ? Quels sont les déterminants qui font que nos contemporains sont dans une impuissance, dans une tristesse ? Pour travailler sur cette hypothèse nous devons tout d’abord étudier un noyau théorique. Nous sommes dans une époque qu’il est essentiel de comprendre car sinon nous restons dans une immédiateté elle-même capturée de plus en plus par les sciences technico-économique. Nous allons tous vers une déterritorialisation de nos vies, nous entrons des plus en plus dans l’évaluation de choses non-évaluables en oubliant les processus complexes qui font ces différentes choses.

Nos contemporains sont de plus en plus dans une immédiateté et de moins en moins en capacité de faire des liens. Nous voulons trouver comment sortir de cette immédiateté technico économique : Comment construire des lieux de « non-immédiateté », des lieux de « contextualisation » ? Le fait de transmettre un certain nombre de savoirs aux gens ne permet pas de contextualiser la vie des gens, ces lieux réaffirment l’individualité, nous devons donc essayer d’autres méthodes.

L’absentéisme et les départs des personnes nous posent un problème : lorsqu’un groupe concret affecté par une thématique est construit (comme avec l’exemple des sourds) une recherche est mise en œuvre car la thématique sans parler de tout le monde, parle à tout le monde. Le groupe formé autour de cette thématique n’apprend ni l’analyse de l’époque ni la méthode de travail qui reste en creux, le travail effectué n’est pas donc pas transmissible car les personnes ne sont pas en mesure de le reproduire. Dans l’exemple cité, les sourds ayant participés au travail ne sont pas pour autant capables d’expliquer la méthode de travail ainsi que les processus qui ont permis d’effectuer la recherche.

Pour reprendre la question posée par Max concernant le lien entre les différentes actions menées autour de l’UPLS, Miguel propose pour arriver à une articulation que les personnes qui animent ces groupes participent à la formation autour de la méthode de travail.

Nous avons une difficulté à Ris-Orangis par rapport à ce groupe de formation. L’idée serait d’avoir un groupe central formé et autour des ateliers, des laboratoires thématiques. Le problème est que, selon nous, les personnes qui réalisent les enquêtes et le travail de recherche doivent être formées pour avoir en tête les différents concepts liés à l’époque et à la crise. Nous observons que ce pari ambitieux qui consiste à laisser la porte de nos séminaires ouverte tout en misant sur un noyau de personnes atteint ses limites car nous ne pouvons pas fonctionner avec autant d’absences. Lorsque dans le travail nous commençons à expliquer nos incertitudes et le fait que nous ne savons pas où nous allons, beaucoup de personnes nous quittent, cette constatation est une réalité liée à l’époque car il est très difficile pour les gens d’assumer ces « lieux frontières ».

Dans notre époque l’invitation à être protagoniste dans un lieu frontière n’est pas désirante. Les gens ne nous croient pas lorsqu’on dit qu’on ne sait pas et quand ils voient que nous posons des problématiques auxquelles nous n’avons pas de réponses ils partent. Un chainon manque : celui qui va de la compréhension intellectuelle du besoin d’aller à la frontière au passage qui mène la personne à la frontière.

Dans l’UPLS nous savons comment travailler avec un groupe concret et rassemblé autour d’une même problématique mais nos trois années d’expérience à Ris-Orangis ne nous ont pas permis de construire un tel groupe de travail. A ce stade du projet nous devons travailler les relations avec les autres groupes thématiques qui émergent autour de l’UPLS : cela nous permettra de créer une nébuleuse floue avec au centre un apport théorique permettant une certaine clarté.

Dans l’UPLS nous avons une difficulté, celle de cristalliser un « pas » avec de plus en plus de personnes qui décrochent par rapport au travail demandé. Dans un laboratoire social l’endroit où l’on bute est très intéressant, les difficultés font partie de la recherche : là où on bute, c’est là où on commence à réfléchir « de quoi n’avons-nous pas tenu compte ? Avons-nous été trop idéalistes ? »

Des questions émergent dans l’assemblée pour tenter de trouver une explication à cette difficulté : question autour de la légitimité « de quel droit allons-nous emmerder des gens et sans tomber dans un discours moralisateur, sans donner des leçons »

Miguel explique qu’un groupe dans un lieu qui a une existence réelle et qui se forme pour faire une recherche sociale puise ici sa légitimité. Des personnes formées sur un contexte et sur une méthode de travail sont légitimes. La légitimité peut être donnée au minimum par le cadre institutionnel de la MJC qui propose cette formation. Nous ne devrions pas nous poser la question de la légitimité, nous nous demandons comment faire pour sortir de l’impuissance, nous sommes donc les premiers à essayer d’en sortir et à oser dans l’espace public.

Les chercheurs partagent ce même questionnement, le chercheur qui sent que ce qu’il est en train d’analyser et de toucher est légitime va alors lui-même se sentir légitime. Dans l’exemple du travail effectué avec les sourds, au départ ils ne se sentaient pas légitimes mais au fur et à mesure du travail les participants se sentent de plus en plus légitimes.

La question de la légitimité est une question centrale par rapport à notre époque et par rapport à l’analyse que nous en faisons.

Max prend alors l’exemple de collègues directeurs de MJC. Les MJC sont, statutairement, des lieux d’expérimentation et d’innovation sociale et culturelle. Depuis les années 80 beaucoup de MJC ne sont plus dans ces missions, lorsque l’on interroge certains directeurs concernant cette dérive, beaucoup disent « mais nous ne sommes pas légitimes pour faire cela ». Dans tous les milieux nous observons cette autocensure liée à la crise de la démocratie. «On s’autorise à penser dans les milieux autorisés » comme Coluche le disait.

Miguel explique que nous voyons bien que ce sont les gens du peuple qui ne se sentent pas légitimes. Les différents pouvoirs technico économiques ne se posent pas eux la question de la légitimité, ils jouent donc avec celle-là.

D’un point de vue juridique nous avons le droit de réaliser ce genre de travail simplement selon le fait que nous sommes tous des citoyens. La légitimité est donc un réel symptôme lié à l’époque, cette question « frontière » correspond à une des formes que prend l’impuissance. La question de la légitimité correspond au mécanisme d’autocensure contenu dans l’impuissance.

Ces mécanismes d’impuissance se reproduisent partout et à tous les étages selon différentes formes (même les professeurs diplômés et spécialistes d’une discipline ne répondront pas à une question s’écartant légèrement de leur spécialité n’étant pas « légitime »). Les seules à échapper à cette règle sont les puissances financières et techniques n’étant pas contrôlées par des humains. Ces mécanismes « suprahumains » et devenus autonomes sont en train de formater le fonctionnement de la société dans son ensemble. La question de la légitimité est donc un des mécanismes de l’impuissance.

Nous devons, dans notre travail, adopter une position de chercheur c'est-à-dire qu’il nous faut poser un regard extraordinaire sur des choses ordinaires. La question de la légitimité est un vrai sujet de recherche. Un autre sujet de recherche pourrait aussi être la question suivante : pourquoi les gens ne viennent pas ou plus à l’UPLS ? Pourquoi des personnes prennent du temps pour autre chose et pas pour cela ? Nous avons là une difficulté qui correspond à une faille de notre époque et qui doit donc devenir l’un de nos axes de recherche. Si nous voulons réellement faire de l’éducation populaire nous devons réussir à sortir de cette réflexion autour de « ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas ».

Les universités populaires classiques type « université du temps libre » mettent les gens dans une situation de pure consommation alors que dans l’UPLS nous demandons aux gens de s’impliquer et c’est à ce moment que les gens ne viennent pas. Dans l’UPLS nous avons confiance dans les personnes, nous partons de l’hypothèse que nous aurons suffisamment de gens investis dans le travail et qui ne seront pas là en simple « consommateurs » de savoir.

Notre époque a produit une multitude de lieux de diffusion de savoirs qui reproduisent les dispositifs de passivité : dans ce rapport nous ne sommes pas amenés à modifier quoique ce soit par rapport à notre rapport au monde. Dans l’UPLS nous tentons d’analyser de façon critique notre façon d’être un individu dans notre époque. Nous devons donc nous arrêter sur ces différentes questions : investissement, engagement, légitimité. Pourquoi certaines personnes continuent de venir ? Qu’est ce qui fonctionne ? Qu’est ce qui ne fonctionne pas ? Quels sont les problèmes ?

Certaines personnes dans l’assemblée expliquent que cette formation d’un groupe de recherche autour d’une théorie n’est pas une situation confortable car elle reste dans une zone de floue.

Miguel reprend alors en expliquant que ce que nous désirons faire dans l’UPLS est un pari ambitieux et compliqué. Nous étions en effet arrivés à un paradoxe, les groupes de recherches étaient composés en majorité de personnes n’ayant pas suivis la formation théorique au préalable et les séances de suivi de recherche se transformaient petit à petit en rappel des concepts théoriques. Constatant les difficultés des personnes lors de la recherche nous avons alors décidé de remettre en place une formation théorique.

Les difficultés et le flou dans lequel nous nous trouvons ne signifient pas que nous sommes perdus, au contraire nous sommes au cœur d’une problématique réelle. Il n’existe pas de recette miracle pour sortir de l’impuissance. Dans le travail de l’UPLS nous cherchons de façon sérieuse comment faire et ce qu’il faut inventer pour amener les personnes à s’engager.

Nous devrions au stade où nous en sommes interroger les personnes qui ne viennent plus pour analyser leurs départs dans le cadre de notre recherche. Nous devons maintenant poser, écrire, ordonner et rationnaliser ces hypothèses à l’issue de nos trois années de travail. Nous avons un tas de données intéressantes qui nous serviraient ainsi pour notre travail. Nous devons capitaliser ces trois années de travail, pour se faire nous devons nous interroger autour de différentes questions et faire une recherche liée à nos écueils, à nos difficultés :

Quelles sont les choses qui font que les gens se déplacent ? A quoi les gens ne disent-ils pas non ?

Ces questions vont nous aider à comprendre par quoi les gens sont affectés. Nous devons étudier comment le lien tragique et impliquant s’est détruit pour laisser la place au « grave désimpliquant » ?

Le tragique : tu es lié de façon profonde comme impliqué dans un ensemble

Le grave : correspond à ce qui te touche mais comme délié d’un ensemble, cela nous touche mais comme point individuel délié du reste.

Comment déplier une dimension tragique à quelque chose qui en principe n’est que grave ?

Une personne pose la question de l’accessibilité des concepts qui sont compliqués et qui peuvent être un frein pour que davantage de personnes ne nous rejoignent.  Miguel explique que dans une époque stable les gens n’ont pas besoin d’analyser les processus en profondeur pour comprendre pourquoi ils agissent. Dans une époque comme la nôtre, le fait de ne pas agir va de soi, nous sommes donc à contre-courant et c’est pourquoi il est essentiel que nous expliquions nos hypothèses liées à l’époque pour expliquer la pertinence de notre travail.

Miguel explique qu’il existe deux lieux dans lesquels ce travail peut être mené :

- dans un lieu académique avec des élèves en capacité de comprendre ces concepts mais dans le but d’obtenir un diplôme et non pas pour agir

- notre hypothèse : dans une époque où l’impuissance va de soi, nous essayons de comprendre l’impuissance dans des lieux populaires et alors de fait nous ne nous adressons pas à tout le monde. Notre pari est le suivant : dans des quartiers populaires il est possible qu’un certain nombre de voisins aient envie de travailler cette question et le comprendre dans un objectif d’action. Nous devons comprendre en expérimentant.

Nous devons étudier le noyau dur des personnes. La surface d’affectation des gens est liée à la composition de leur noyau dur.

La séance s’arrête là, la réunion intermédiaire sera l’occasion pour nous de travailler sur ces difficultés. Miguel cite les deux prochains sujets de travail : époque et complexité / outils pour la recherche

La prochaine séance intermédiaire aura lieu le mercredi 11 avril à 20h00 au Moulin

La prochaine séance avec Miguel aura lieu le lundi 14 mai à 19h30 au Moulin

 

 

Carole Berrebi, chronique

 

 

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Chronique de l’UPLS n°36

Rendez-vous du lundi 14 mai 2012

 

 

Une dizaine de personnes étaient réunies pour cette réunion de travail avec Miguel Benasayag. Nous avons débuté la réunion avec un retour de la réunion intermédiaire précédente lors de laquelle les participants ont rediscuté les problématiques évoquées par Miguel et ont décidé de commencer à travailler autour de ces problématiques.

 

Réunion intermédiaire mercredi 11 avril 2012

Nous avons décidé de retravailler par rapport aux difficultés évoquées lors de la séance précédente avec Miguel pour construire et débuter un travail de recherche autour de ces difficultés.

Les idées qui émergent :

- réaliser un écrit collectif faisant état des témoignages des participants pour comprendre le sens de notre engagement (pourquoi je me suis investi dans l’UPLS ? Qu’est-ce que je pensais y trouver ? Pourquoi je suis resté dans ce projet ? Qu’est-ce qu’il m’apporte ? Comment je réagis par rapport aux difficultés énoncées ?...) Nous proposons donc de faire cet écrit par un échange de mail dans lequel chacun pourra au fur et à mesure apporter son témoignage et son expérience par rapport au projet

- réaliser des interviews des anciens participants, de ceux qui ont petit à petit quitté le projet (des binômes sont constitués pour réaliser ces interviews)

- travailler sur des idées pour dépasser ces difficultés (répartir davantage le travail de façon collective sur la rédaction des chroniques ou sur l’animation des réunions intermédiaires, trouver des objets qui nous permettent de réaliser un travail autour : films, expositions, conférences…)

Nous nous demandons comment maintenir la mobilisation et l’engagement  dans le travail : proposer des actions intermédiaires pour communiquer davantage sur la ville et maintenir l’enthousiasme et la mobilisation.

Nous revenons aussi sur le problème de l’hétérogénéité du groupe : nous ne sommes pas réunis autour d’une même affectation qui nous unirait et nous animerait vers une action commune. Notre affectation commune est de l’ordre de « la préoccupation du bien commun » mais cela ne nous prend pas forcément aux tripes car notre survie n’est pas engagée.

La spécificité de notre groupe et de notre démarche peuvent nous amener à développer des actions spécifiques. Nous devons expérimenter d’autres méthodes qui participent au travail autour du renforcement du lien social et qui nous permettent de traiter des sujets qui affectent les gens.

- construire 3 ou 4 actions dans l’année autour de séances de théâtre forum sur des thématiques qui peuvent affecter des groupes de personnes (violence à l’école, problème de mobilisation dans les comités de quartier…). Ces actions peuvent être des étapes intermédiaires qui nous permettent de communiquer sur notre projet, de rencontrer des personnes affectés par des problématiques concrètes, d’ouvrir des espaces de débat autour de ces problématiques et de proposer aux personnes de les accompagner dans un travail de recherche en fonction de la thématique qu’elles voudraient aborder.

Tous les témoignages des participants de l’UPLS font état d’une réelle transformation individuelle des personnes, notre défi est donc maintenant de travailler sur la transformation collective en se mettant au travail ensemble.

 

Miguel propose d’aborder aujourd’hui la question de l’organisme, qu’est-ce qui fait pli ? Qu’est-ce qui fait unité ? Notre époque est plongée dans un réductionnisme : la seule chose qui existe ce sont les  individus, il n’y a aucune forme qui surplombe les individus.

 

Nous devons étudier comment les sociétés se constituent de façon organique. Toute société, bien que construite sur des bases différentes, a toujours fonctionné sur un principe organique de double contrainte : chaque partie obéit à sa propre tendance et est à la fois capturée par un ensemble.

La post-modernité n’est alors que l’épilogue de la modernité, aucune forme organique n’émerge et la dispersion des individus est de plus en plus importante.

Qu’appelle-t-on un organisme ?

 

Notre objectif de recherche est d’essayer de repérer ce qui, malgré la dispersion actuelle dans le quartier, témoigne encore d’un organisme. Nous devons chercher les attaches encore existantes des gens.

L’objectif des actes des humains est toujours un objectif culturellement construit.

Qu’est-ce qui existe encore entre les individus malgré la destruction technico-économique du lien ? La technique offre en effet une efficacité fantastique mais unidimensionnelle. Notre objectif est d’étudier comment le lien existe encore, y compris de façon pathologique parfois.

 

De l’organisme de façon résiduelle existe encore au sein des communautés métèques par exemple, nous devons donc étudier comment les gens font dans ces communautés pour continuer à exister entre tradition, attaque et renouvellement de la tradition par rapport aux individus dispersés dans le reste de la société ? Où reste-t-il du lien organique ?

 

Miguel revient ensuite sur l’exemple des sourds qu’il avait précédemment cité, la question posée aux sourds est une question universelle : la technique qui me donne la capacité d’entendre va en même temps détruire ma culture. En tant que sourd, j’appartiens à une autre contrainte que ma contrainte individuelle, qui est culturelle. Si je n’étais qu’un individu je préfèrerai entendre, mais si j’appartiens à une culture, le fait d’accepter la technique dans ce cas risque de détruire ma propre culture.

Le néo-libéralisme efface cette double contrainte : la société n’existe pas, il n’existe que des individus isolés. Cette théorie correspond en philosophie au nominalisme.

Tout individu existe avec cette double contrainte, la nouvelle souffrance psychique contemporaine est alors un symptôme de la rupture avec cette deuxième contrainte qui nous liait à l’espèce, à la société, à la culture.

 

Nous sommes dans une époque dans laquelle la pensée organique est très marginale, Miguel prend l’exemple de la biologie en expliquant que notre monde est dans une dispersion telle que même ma biologie pense la vie comme une somme de particules isolées à partir desquelles la vie émerge.

Qu’est-ce qui fait pli dans notre société ? Comment pouvons-nous passer au qualitatif dans une société qui ne pense qu’au quantitatif ?

Nous devons chercher ces choses, ces structures, ces instances sociales qui existent toujours et qui tissent en profondeur les individus.

La double contrainte organique : une fourmi sans fourmilière n’existe pas, une fourmilière sans fourmis n’existe pas non plus. La fourmilière tisse en profondeur les fourmis.

 

Un pli correspond à une intentionnalité et à une intériorité.

Dans le totémisme, ce qui fait pli, ce qui agit correspond au totem. L’agir n’est pas humain, il correspond à un organisme qui englobe l’humain mais aussi la nature.

Dans l’animisme, ce qui agit peut correspondre à autre chose qu’à l’humain, il existe par exemple une intentionnalité et une intériorité dans la nature.

L’analogie : des choses s’associent pour faire une unité, des parties de nous participent à des unités. Il existe dans cette ontologie une unité car elle est analogue à l’ordre de l’univers.

Le naturalisme : (Descartes/Kant) l’univers est vide, le monde est désenchanté, on nie même des intentions aux animaux, l’intentionnalité étant propre à l’humain. C’est la première ontologie qui construit une frontière si nette entre la nature et la culture. Dans cette société de l’humanisme, l’homme est attaché à la promesse finale de la société, à cette évolution linéaire de l’histoire. Cette idée a pris la place du sacré, la sacralité qui dans les autres sociétés était située dans le divin est maintenant placée dans l’homme. L’homme croit être son propre messie dans un monde désenchanté. Nous sortons donc d’un siècle dans lequel on pensait que l’homme était seul dans l’univers et qu’il était entouré d’objets avec lesquels il entretenait des rapports purement mécaniques.

 

Le mythe du progrès qui donnait une unité organique aux hommes s’est effondré. L’homme en tant que projet trouve ses limites de tous les côtés. La limite de la connaissance est marquée par la première crise de rationalité. La définition de la rationalité humaine est la suivante : est rationnel tout ce qui est analytiquement prévisible, connaitre le monde implique des prévisions effectuées sur ce monde.

Dans les années 1900 une partie de ce socle de la rationalité humaine va se casser : la rationalité se rend compte qu’il existe du non-démontrable dans la rationalité. Cette rupture implique que la conception d’un être appelé homme, entouré de processus mécaniques et qui mesurait sa liberté par rapport à sa capacité à comprendre le monde autour de lui, cette conception de l’homme se brise. Le réel, le monde mécanique apparait avec des angles morts de toute part.

C’est à ce moment-là que l’idée d’un modèle réductionniste et nominaliste va émerger en défendant l’idée que la société n’existe pas, seuls les individus existent. Cette idéologie va pousser à un subjectivisme total. Si la seule chose qui existe ce sont les hommes isolés, tout principe de vérité qui crée de l’asymétrie est faux, les hommes ne sont soumis qu’au quantitatif : ce qui est vrai c’est ce que la majorité croit.

 

Dans une vision qualitative du monde : ce que j’étudie touche tout le monde même si il n’y a que deux ou trois personnes qui sont au courant de cette étude. Le jour où la première femme a réussit à obtenir son baccalauréat, nous voyons que la quantité n’a guerre d’importance, avec une seule personne la pensée qui disait que les femmes ne pouvaient pas obtenir leur baccalauréat s’effondre.

Ce qui intéresse tout le monde ne peut pas être travaillé avec tout le monde.

Nous existons à travers et dans des structures qui nous tissent et qui sont à des niveaux de réalité différents.

 

La post-modernité éclate toutes les formes, elle ne croit qu’en la quantité. Les structures restantes ne sont que des formes résiduelles dont tout le monde se méfie.

Notre hypothèse de travail est donc la suivante : si il existe une sorte de sérialisation externe des individus, si notre société ne peut plus penser de forme liante autour des individus alors nous ne sommes dans une vraie époque (aucun pli n’est créé, aucun paysage, pas de nouvel organisme). Nous sommes dans une transition dans laquelle ce qui est dominant correspond à la dispersion.

 

Nous devons chercher les traces d’organisme dans notre société, cet organique s’exprime en négatif, en positif ou en résiduel. Nous devons repérer dans ce que les gens vont nous dire les différentes formes d’organisme que nous pouvons relever.

Notre époque d’un point de vue anthropologique est interprétée comme une période de décadence d’une culture et non pas comme un modèle anthropologique.

Au début du 20ème siècle, les mathématiques qui sont au cœur de la modernité subissent un revers dans la mesure où l’un des principes fondamentaux des mathématiques est remis en cause et que les paradoxes font leur irruption. Au cœur des mathématiques un noyau de paradoxe va émerger et au fur et à mesure les scientifiques vont établir qu’il existe du non-connaissable ainsi que du non-planifiable.

 

La rupture des années 1900 est une mauvaise nouvelle pour les humains, ils n’évoluent plus dans un monde réel mécaniquement organisé. Cette rupture plonge les gens dans une incertitude totale : l’incertitude est alors scientifique alors qu’elle était précédemment marginale au savoir, l’incertitude arrive alors au cœur du savoir lui-même.

La déconstruction du lien n’est pas un accident, il existe des causes anthropologiques, structurelles et scientifiques qui expliquent cette destruction.

Nous devons chercher les formes d’organisation et de lien, qui commencent à émerger dans notre société et que nous pouvons reconnaitre.

 

Organisme : toute partie fonctionne pour et par l’autre. Le tout est contenu dans chacune des parties. La continuité de l’organisme n’est pas forcément contiguë. Une société dépend des continuités non contigües.

 

Agrégat : les seuls liens sont des liens de continuité et la continuité exige une contigüité.

 

Comment la rupture de ce monde s’exprime ? Comment pouvons-nous l’observer ? Comment trouver des formes d’organisme qui subsistent ou qui émergent ?

 

Carole Berrebi, chroniqueuse

 

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